‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 41 sur 210 · Burn., loc. mox cit., pag · texte numérisé non relu

Burn., loc. mox cit., pag

rite ecclésiastique, finissent d'une manière digne d'un tel commencement, lorsque ayant expliqué leur foi dans tous les articles précédents, au nombre de xxxix, ils en font un dernier où ils déclarent que « ces articles, autorisés par l'approbation et le consentement, a per ascen- « sum et consensum, » de la reine Elisabeth, doivent être reçus e* exécutés par tout le royaume d'Angleterre. » Où nous voyons l'approbation de la reine, et non-seulement « son consentement » par soumission, mais encore a son assentiment, » pour ainsi parler, par expresse délibération, mentionné dans l'acte comme une condition qui le rend valable; en sorte que les décrets des évêques sur les matières les plus attachées à leur ministère reçoivent leur dernière forme et leur validité dans le même style que les actes du parlement par l'approbation de la reine, sans que ces foibles évêques aient osé témoigner, à l'exemple de tous les siècles précédents, que leurs décrets, valables par eux-mêmes et par l'autorité sainte que Jésus-Christ avoit attachée à leur caractère, n'attendoient de la puissance royale qu'une entière soumission et une protection extérieure. C'est ainsi qu'en oubliant avec les anciennes institutions de leur Église le chef que Jésus-Christ leur avoit donné, et se donnant eux-mêmes pour chefs leurs princes, que Jésus-Christ n'avoit pas établis pour cette fin, ils se sont de telle sorte ravilis, que nul acte ecclésiastique, pas même ceux qui regardent la prédication, les censures, la liturgie, les sacrements et la foi même, n'a de force en Angleterre qu'autant qu'il est approuvé et validé par les rois, ce qui au fond donne aux rois plus que la parole, et plus que l'administration des sacrements, puisqu'il les rend souverains arbitres de l'un et de l'autre.

C'est par la même raison que nous voyons la première Confession de l'Ecosse, depuis qu'elle est protestante, publiée au nom des États et du parlement1, et une seconde Confession du même royaume, qui porte pour titre : Générale Confession de la vraie foi chrétienne, selon la parole de Dieu, et les actes de nos parlements7. »

Il a fallu une infinité de déclarations différentes pour expliquer que ces actes n'attribuoient pas la juridiction épiscopale à la royauté : mais tout cela n'est que des paroles; puisqu'au fond il demeure toujours pour certain , que nul acte ecclésiastique n'a de force dans ce royaume-là, non plus qu'en celu: d'Angletere, si le roi et le parlement ne les autorisent.

J'avoue que nos calvinistes paroissent bien éloignés de cette doctrine; et je trouve non-seulement dans Calvin, comme je l'ai déjà dit, mais encore dans les synodes nationaux, des condamnations expresses de ceux qui confondent le gouvernement civil avec le gouvernement ecclésiastique, <x en faisant le magistrat chef de l'Église, ou en soumettant au peuple le gouvernement ecclésiastique8. » Mais il n'y a rien parmi ces messieurs qui ne s'accommode, pourvu qu'on soit ennemi du pape et de Rome : tellement qu'à force d'explications et d'é-

i. Synt. Gen., 1 part., pag. 109. — 2. Ibid., pag. 12b. 3. Syn. de Paris, 1565; Syn. de la Rochelle, 1571.

guivoques les calvinistes ont été gagnés, et on les a fait venir en Angleterre jusqu'à souscrire la suprématie.

On voit, par toute la suite desactes que nous avons rapportés, que c'est en vain qu'on nous veut persuader que sous le règne d'Elisabeth cette suprématie ait été réduite à des termes plus raisonnables que sous les règnes précédents1, puisqu'on n'y voit au contraire aucun adoucissement dans le fond. Un des fruits de la primauté fut que la reine envahit les restes des biens de l'Église, sous prétextes d'échanges désavantageux, même ceux des évêchés, qui seuls jusqu'alors étoient demeurés sacrés et inviolables2. A Fexemple du roi son père, pour engager sa noblesse dans les intérêts de la primauté et de la réforme , leur fit don d'une partie de ces biens sacrés : et cet état de l'Église, mise sous le joug dans son spirituel et dans son temporel tout ensemble, s'appelle la réformaHon de l'Église, et le rétablissement de la pureté évangélique.

Cependant, si on doit juger, selon la règle de l'Évangile, de cette réformation par ses fruits, il n'y a jamais eu rien de plus déplorable; puisque l'effet qu'a produit ce misérable asservissement du clergé, c'est que la religion n'y a plus été qu'une politique : on y a fait tout ce qu'ont voulu les rois. La réformation d'Edouard, où l'on avoit changé toute celle de Henri VIII, a changé elle-même en un moment sous Marie, et Elisabeth a détruit en deux ans tout ce que Marie avoit fait.

Les évêques, réduits à quatorze, demeurèrent fermes avec cinquante ou soixante ecclésiastiques3 : mais à la réserve d'un si petit nombre, dans un si grand royaume, tout le reste fut entraîné par les décisions d'Elisabeth avec si peu d'attachement à la doctrine nouvelle qu'on leur faisoit embrasser, « qu'il y a même de l'apparence, de l'aveu de M. Burnet4, que si le règne d'Elisabeth eût été court, et si un prince de la communion romaine eût pu parvenir à la couronne avant la mort de tous ceux de cette génération, on les auroit vus changer avec autant de facilité qu'ils avoient fait sous l'autorité de Marie. »

Dans cette même Confession de foi, confirmée sous Elisabeth en 1562, il y a deux points importants sur la Justification. Dans l'un on rejette assez clairement l'inamissibilité de la justice, en déclarant a qu'après avoir reçu le Saint-Esprit nous pouvons nous éloigner de la grâce donnée, et ensuite nous relever et nous corriger5. » Dans l'autre, la certitude de la prédestination semble tout à fait exclue; lorsque après avoir dit que a la doctrine de la prédestination est pleine de consolation pour les vrais fidèles, en confirmant la foi que nous avons d'obtenir le salut par Jésus-Christ, » on ajoute, « qu'elle précipite les hommes charnels ou dans le désespoir, ou dans une pernicieuse sécurité malgré leur mauvaise vie. » Et on conclut « qu'il faut embrasser les promesses divines comme elles nous sont proposées en termes généraux dans l'Écriture, et suivre dans nos actions la volonté de Dieu, comme elle est

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