Matth. xii, 29; Luc. xi
8. Acta Conc. Aurel. Svicit tom. II; Conc. Labb., tom. IX, col. 836 ; Glab.t lib. III, cap. vin.
Une femme italienne avoit apporté en France cette damnable hérésie. Deux chanoines d'Orléans, l'un nommé Etienne ou Héribert, et l'autre nommé Lisoïus, qui étoient en réputation, furent les premiers séduits. On eut beaucoup de peine à découvrir leur secret. Mais enfik un Arifaste, qui soupçonna ce que c'étoit, s'étant introduit dans leur familiarité, ces hérétiques et leurs sectateurs confessèrent avec beaucoup de peine qu'ils nioient la chair humaine en Jésus-Christ; qu'ils ne croyoient pas que la rémission des péchés fût donnée dans ie baptême, ni que le pain et le vin pussent être changés au corps et au sang de Jésus-Christ1. On découvrit qu'ils avoient une eucharistie particulière, qu'ils appeloient la viande céleste. Elle étoit cruelle et abominable, et tout à fait du génie des manichéens, quoiqu'on ne la trouve pas dans les anciens. Mais outre ce qu'on en vit à Orléans, Gui de Nogent la remarque encore en d'autres pays 2. Il ne faut pas s'étonner qu'on trouve de nouveaux prodiges dans une secte si cachée, soit qu'elle les invente, ou qu'on les y découvre de nouveau.
Voilà de vrais caractères de manichéisme. On a vu que ces hérétiques rejetoient l'incarnation. Pour le baptême, saint Augustin dit expressément que les manichéens a ne le donnoient pas, et le croyoient inutile3. » Pierre de Sicile, et après lui Cédrénus, nous apprennent la même chose des pauliciens4 : tous ensemble nous font voir que les manichéens avoient une autre eucharistie que la nôtre. Ce que disoient les hérétiques d'Orléans, qu'il ne falloit pas implorer le secours des saints, étoit encore de même caractère et venoit, comme on a vu, de l'ancienne source de cette secte.
Ils ne dirent rien ouvertement des deux principes : mais ils parlèrent avec mépris de la création, et des livres où elle étoit écrite. Cela regardoit l'Ancien Testament; et ils confessèrent dans le supplice, qu'ils avoient eu de mauvais sentiments « sur le Seigneur de l'univers5. » Le lecteur se souvient bien que c'est celui que les manichéens croyoient mauvais. Ils allèrent au feu avec joie, dans l'espérance d'en être miraculeusement délivrés; tant l'esprit de séduction agissoit en eux. Au reste, c'est ici le premier exemple d'une semblable condamnation.. On sait que les lois romaines condamnoient à mort les manichéens6 : le saint roi Robert les jugea dignes du feu.
En même temps la même hérésie se trouva en Aquitaine et à Toulouse, comme il paroît par l'histoire d'Adémar de Chabanes, moine de l'abbaye de Saint-Cibart d'Angoulème . contemporain de ces hérétiques '. Un ancien auteur de l'histoire d'Aquitaine, que le célèbre Pierre Pithou a donnée au public, nous apprend qu'on découvrit en cette province, dont ie Périgord faisoit partie, des « manichéens qui rejetoient le baptême, le signe de la sainte croix, l'Église, et le Rédempteur lui-même, » dont ils nioient l'incarnation et la passion, « l'honneur
i. Glab., ibid.; Acla Conc, Aurel Conc. Labb., ibid.