‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 79 sur 210 · Petr. de Vall., tom. VI, pag · texte numérisé non relu

Petr. de Vall., tom. VI, pag

2. Conc» Lat., îv, r.an. 3 De hœret. Labb., tom. XI, part. 1. col, 147.

mœurs que l'Église condamnent aussi, mais encore beaucoup d'autres choses qu'elle approuvait, comme les cérémonies, sans néanmoins toucher aux sacrements : car Pylicdorf, qui a très-bien remarqué et l'ancien esprit et tout le progrès de la secte, remarque qu'ils détruisoient toutes les choses dont on se servoit dans l'Église pour édifier les fidèles, « à la réserve, dit-il1, des sacrements seuls; » ce qui montre qu'ils les laissèrent en leur entier. Le môme auteur raconte encore 2 que « ce ne fut qu'après un long temps qu'ils commencèrent étant laïques à entendre les confessions, à enjoindre des pénitences et à donner l'absolution. Et depuis peu, continue-t-il, on a remarqué qu'un de ces hérétiques, pur laïque, a fait, selon sa pensée, le corps de Notre-Seigneur, et s'est communié lui-même avec ses complices, encore qu'il en ait été un peu repris par les autres. »

Voilà comme l'audace croissoit peu à peu. Les sectateurs de Valdo, scandalisés de la vie de beaucoup de prêtres, « croyoient, dit encore Pylicdorf3, être mieux absous par leurs gens, qui leur paroissoient plus vertueux, que par les ministres de l'Église : » ce qui venoit de l'opinion dans laquelle consistoit principalement l'erreur desvaudois, que le mérite des personnes agiscoit dans les sacrements plus que l'ordre et le caractère.

Mais les vaudois poussèrent ce mérite nécessaire aux ministres de l'Église jusqu'à n'avoir rien de propre; et c'étoit un de leurs dogmes, que pour consacrer l'eucharistie il falloit être pauvre à leur manière : tellement que <* les prêtres catholiques n'étoient pas de véritables et légitimes successeurs des disciples de Jésus-Christ, à cause qu'ils possédoient du bien en propre4, » ce qu'ils prétendoient que Jésus-Christ avoit défendu à ses apôtres.

Jusques ici toute l'erreur que l'on voit sur les sacrements ne regardoit que les personnes qui les pouvoient administrer : le reste étoit en son entier, comme dit expressément Pylicdorf. Ainsi on ne doutoit en aucune sorte, ni de la présence réelle, ni de la transsubstantiation; et au contraire cet auteur vient de nous dire que ce laïque, qui s'étoit mêlé de donner la communication, croyoit « avoir fait le corps de Jésus- Christ. » Enfin de la manière dont nous avons vu commencer cette hérésie, il semble que Valdo ait eu d'abord un bon dessein; que la gloire de la pauvreté, dont il se vantoit, ait séduit et lui et ses sectateurs; que dans l'opinion qu'ils avoient de leur sainte vie, ils se soient remplis d'un zèle amer contre le clergé et contre toute l'Église catholique; qu'irrités de la défense qu'on leur fit de prêcher, ils soient tombés dans le schisme, et, comme dit Gui le Carme, « du schisme dans •'hérésie5. »

Par ce fidèle récit et les preuves incontestables dont on le voit soutenu, il est aisé de juger combien les historiens protestants ont abusé de la foi publique, dans le récit qu'ils ont fait de l'origine des vaudois,

1. Petr. Pylicd. cont. Vald., c. 1, tora. IV. Bib. PP., 2 part., p&£. 780.

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