‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 80 sur 210 · Guid. Carm., De hœres in hœres.Vald. init · texte numérisé non relu

Guid. Carm., De hœres in hœres.Vald. init

Paul Perrin, qui en a écrit l'histoire, imprimée à Genève, dit qu'en l'an 1160, lorsque la peine de mort «fut apposée » à quiconque ne croiroit pas à la présence réelle, « Pierre Valdo, citoyen de Lyon, fut des plus courageux pour s'opposer à telle invention '. » Mais il n'y a rien de plus faux : l'article de la présence réelle avoit été défini cent ans auparavant contre Bérenger; on n'avoit rien fait de nouveau sur cet article ; et loin que Valdo s'y soit opposé , on a vu cinquante ans durant et lui et tous ses disciples dans la commune croyance.

M. de la Roque, plus savant que Perrin, n'est pas plus sincère, lorsqu'il dit que « Pierre Valdo ayant trouvé des peuples entiers séparés de la communion de l'Église latine, il se joignit à eux avec ceux qui le suivoient, pour ne faire qu'un même corps et une même société par l'unité d'une même doctrine2. » Mais nous avons vu au contraire : 1° que tous les auteurs du temps (car nous n'en avons omis aucun) nous ont montré les vaudois et les albigeois comme deux sectes séparées; 2° que tous ces auteurs nous font voir ces albigeois comme manichéens; et je défie tous les protestants qui sont au monde, de me montrer qu'il y eût dans toute l'Europe, lorsque Valdo s'éleva, aucune secte séparée de Rome, qui ne fût ou la secte même, ou quelque branche et subdivision du manichéisme. Aussi on ne pourroit faire le procès à Valdo d'une manière plus convaincante qu'en accordant à ses défenseurs ce qu'ils demandent pour lui, c'est-à-dire qu'il se « soit joint en unité de doctrine » aux albigeois, ou à ces peuples séparés alors de la communion romaine. Enfin quand Valdo se seroit uni à des Églises innocentes, ses erreurs particulières n'auroient pas permis qu'on tirât avantage de cette union; puisque ces erreurs sont détestées non-seulement parles catholiques, mais encore par les protestants.

Mais continuons l'histoire des vaudois, et voyons si nos protestants y trouveront quelque chose de plus favorable depuis que ces hérétiques ne gardèrent plus aucune mesure avec l'Église. Le premier acte que nous trouvons contre les vaudois après le grand concile de Latran, est un canon du concile de Tarragone, qui désigne les insabbatés comme gens a qui défendoient de jurer et d'obéir aux puissances ecclésiastiques et séculières, et encore de punir les malfaiteurs, et autres choses semblables3, » sans qu'il paroisse le moindre mot sur la présence réelle, qu'on auroit non-seulement exprimée, mais encore mise à la tête, s'ils l'avoient niée.

Dans le même temps et vers l'an 1250, Renier tant de fois cité, qui distingue si soigneusement les vaudois, ou les léonistes et les pauvres de Lyon d'avec les albigeois, en marque aussi toutes les .erreurs, et les réduit à ces trois chefs : contre l'Église, contre les sacrements et les saints, et contre les cérémonies ecclésiastiques4. Mais loin qu'il y ait rien dans tous ces articles contre la transsubstantiation, on y trouve précisément, parmi leurs erreurs, que la transsubstantiation se devoit

i. Hist. des vaudois, cl. — 2. Hist. de Veitch., 2 part., ch. xvin, pag. 454.

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