Ren., ibid., pag. 750; Ibid., err
7. Ibid., pag. 752; lud. err., ibid., 831, 923. — 8. Rom. xn, 19. 9. Matth. xiil. 30.
10. Pylicd. vont. Vald., tom. IV. Bibl. PP., 2 part., pag. 778 etseq., an. 1395; ibid., c. 20, pag. 893. — il. Ibid.,c. 1.
mot il ne remarque dans ces hérétiques aucune erreur sur ce sacre* ment, si ce n'est que les mauvais prêtres ne le faisoient pas, « non plus que les autres sacrements f. »
Enfin dans tout le dénombrement que nous avons de leurs erreurs, ou dans la bibliothèque des Pères, ou dans l'inquisiteur Émeric2, on ne trouve rien contre la présence réelle ; encore qu'on y remarque jusqu'aux moindres différences de ces hérétiques d'avec nous, et jusqu'aux moindres articles sur lesquels il les faut interroger : au contraire, l'inquisiteur Émeric rapporte ainsi leur erreur sur l'eucharistie : « Ils veulent que le pain ne soit point transsubstantié au corps de Jésus- Christ, si le prêtre est un pécheur. » Ce qui démontre deux choses : l'une, qu'ils croyoient la transsubstantiation; l'autre, qu'ils croyoieRt que les sacrements dépendoient de la sainteté des ministres.
On trouve dans le même dénombrement toutes les erreurs des vaudois que nous avons remarquées. Les erreurs des nouveaux manichéens, qu'on a fait voir être les mêmes que les albigeois, sont aussi rapportées à part dans le même livre3. On voit par là que ce sont deux sectes entièrement distinguées; et parmi les erreurs des vaudois il n'y a rien qui ressente le manichéisme, dont l'autre dénombrement est tout rempli.
Mais, pour revenir à la transsubstantiation, d'où pourroit venir que les catholiques eussent épargné les vaudois sur une matière aussi essentielle, eux qui relevoient avec tant de soin jusqu'aux moindres de leurs erreurs? Est-ce peut-être que ces matières, et surtout celle de l'eucharistie, n'étoient pas assez importantes, ou n'étoient pas assez connues après la condamnation de Bérenger par tant de conciles? Estce qu'on vouloit cacher au peuple que ce mystère étoit attaqué? Mais on ne craignoit point de rappeler les blasphèmes bien plus étranges des albigeois, et même contre ce mystère. On ne taisoit pas au peuple ce que les vaudois disoient de plus atroce contre l'Église romaine, comme qu'elle étoit l'impudique marquée dans l'Apocalypse, son pape le chef des errants, ses prélats et ses religieux des scribes et des pharisiens4. On avoit pitié de leurs excès; mais on ne les cachoit pas : et s'ils avoient rejeté la foi de l'Église sur l'eucharistie, on leur en auroit fait le reproche.
Encore un siècle passé, en 1517, Claude Seyssel, célèbre par son savoir et par ses emplois sous Louis XII et François Ier, et élevé pour son mérite à l'archevêché de Turin; dans la recherche qu'il fit de ces hérétiques cachés dans les vallées de son diocèse, afin de les réunira son troupeau, raconte dans un grand détail toutes leurs erreurs5, comme un fidèle pasteur qui vouloit connoître à fond le mal de ses brebis pour les guérir , et nous en lisons dans son écrit tout ce que les autres auteurs nous en racontent, ni plus ni moins. Il remarqua
1. Pylicd. cont. Vald., t. IV. Bibl. P. P. 2 part. 1, pag. 778, c. 16, 18.
2. Bib. PP., tom. IV, 2 part., pag. 820, 832, 836; Director., part. 2, q. xiv, pag. 279.
3. Ibid., q. xui, pag. 273. — 4. lien., c. iv; ibid., 750; Emeric, ibid. 5. Adv. error. Vald., part., an. 1520, fol. 1 et seq.
principalement avec eux comme la source de leur égarement, qu'ils a faisoient dépendre l'autorité du ministère ecclésiastique du mérite des personnes1 ; » d'où ils concluoient, qu'il ne falloit a point obéir au pape, ni aux prélats, à cause qu'étant mauvais, et n'imitant pas la vie des apôtres, ils n'ont de Dieu aucune autorité, ni pour consacrer ni pour absoudre; » que « pour eux, ils avoient seuls ce pouvoir, parce qu'ils observoient la loi de Jésus-Christ; » que « l'Église n'étoit que parmi eux, et que «le Siège romain étoit cette prostituée de l'Apocalypse, et la source de toutes les erreurs. » Voilà ce que ce grand archevêque dit des vaudois de son siège. Le ministre Aubertin s'étonne de ce que, dans un si exact dénombrement qu'il nous feit de leurs erreurs, on ne trouve point qu'ils rejetassent ni la présence réelle ni la transsubstantiation 2 ; et ce ministre n'y trouve point d'autre réponse, si ce n'est que ce prélat, qui les avoit si vivement réfutés dans les autres points, s'étoit senti ici trop foible pour leur résister3 : comme si un si savant homme et si éloquent n'avoit pas pu du moins copier ce que tant de doctes catholiques avoient écrit sur cette matière. Au lieu donc d'une si vaine défaite, Aubertin devoit reconnoltre que si un homme si exact et si éclairé ne reprochoit point cette erreur aux vaudois, c'est qu'en effet il ne l'avoit pas reconnue parmi eux : en quoi il n'y a rien de particulier à Seyssel, puisque tous les autres auteurs ne les en ont non plus accusés que cet archevêque.
Aubertin triomphe pourtant d'un passage du même Seyssel, où il dit, qu'il n'a « pas trouvé à propos de rapporter que quelques-uns de cette secte, pour se montrer plus savants que les autres, babilloient, ou railloient plutôt qu'ils ne discouroient sur la substance et la vérité du sacrement de l'eucharistie; parce que ce qu'ils en disoient, comme un secret, étoit si haut, que les plus habiles théologiens peuvent à peine le comprendre4. » Mais loin que ces paroles de Seyssel fassent voir que la présence réelle fût niée par les vaudois, j'en conclurois au contraire, qu'il y en avoit parmi eux qui prétendoient raffiner en l'expliquant; etquandon voudroit penser, gratuitement toutefois et sans aucune raison, puisque Seyssel n'en dit mot, que ces hauteurs de l'eucharistie où les vaudois se jeioient, regardoient l'absence réelle, c'està-dire la chose du monde la moins haute et la plus conforme au sens de la chair; appès tout, il parolt toujours que Seyssel nous raconte ici, non la croyance de tous, mais le babil et le vain discours de a quelques-uns : » de sorte que de tous côtés il n'y a rien de plus certain que ce que j'ai avancé : qu'on n'a jamais reproché aux vaudois d'avoir rejeté la transsubstantiation; au contraire, qu'on a toujours supposé qu'ils la croyoient.
En effet, le même Seyssel en faisant dire à un vaudois toutes ses raisons, lui met ce discours à la bouche contre un mauvais évêque et un mauvais prêtre5 : « Comment l'évêque et le prêtre qui est ennemi
i. Adv. error., Vald.Jol. 10, il.
2. Lib. III, De sacr. ettc/i., pag. 986, col. 2. — 3. Ibid., 987.
4. Adv. error. Vald., part., an. 1520, fol. 55. 56. — 5. Ibid., fol. 13o
de Dieu pourra-t-il rendre Dieu propice envers les autres? Celui qui est banni du royaume des cieux, comment pourra-t-il en avoir les clefs? Enfin puisque sa prière et ses autres actions n'ont aucune utilité, comment Jésus-Christ à sa parole se transformera-t-il sous les espèces du pain et du vin, et se laissera-t-il manier par celui qu'il a entièrement rejeté?» On voit donc toujours que l'erreur consiste dans le donatisme, et qu'il ne tient qu'à la bonne vie du prêtre que le pain et le vin ne soient changés au corps et au sang de Jésus-Christ.
Et co qui ne laisse aucun doute dans cette matière, c'est ce qu'on voit encore aujourd'hui parmi les manuscrits de M. de Thou, présentement ramassés dans la riche bibliothèque de M. le marquis de Seignelai; on y voit, dis-je, les enquêtes en original faites iuridiquement contre les vaudois de Pragelas et des autres vallées en 1495, recueillies en deux grands volumes1, où se trouve l'interrogatoire d'un nommé Thomas Quoti de Pragelas : lequel interrogé si les barbes leur apprenoient à croire au sacrement de l'autel, répond que « les barbes prêchent et enseignent que lorsqu'un chapelain qui est dans les ordres profère les paroles de la consécration sur l'autel, il consacre le corps de Jésus-Christ, et qu'il se fait un vrai changement du pain au vrai corps ; » et dit en outre que « la prière faite à la maison ou dans le chemin est aussi bonne que dans l'église. » Conformément à cette doctrine, le même Quoti répond par deux fois : qu'il recevoit tous les ans à Pâques le corps de Jésus-Christ-; et que les barbes leur enseignoient que pour le recevoir il falloit être bien confessé, et plutôt par les barbes que par les chapelains. C'est ainsi qu'ils appeloient les prêtres.
La raison de la préférence est tirée des principes des vaudois si souvent répétés; et c'est en conformité de ces principes que le même homme répond que « messieurs les ecclésiastiques menoient une vie trop large, et que les barbes menoient une vie sainte et juste. » Et dans une autre réponse, que « les barbes menoient la vie de saint Pierre, et avoient puissance d'absoudre des péchés, et qu'il le croyoit ainsi; et que si le pape ne menoit une sainte vie, il n'avoit pas pouvoir d'absoudre. » C'est pourquoi le même Quoti dit encore en un autre endroit, qu'il « avoit ajouté foi sans aucun doute aux discours des barbes plutôt qu'à ceux des chapelains ; parce qu'en ce temps nul ecclésiastique, nul cardinal, nul évêque ou prêtre ne menoit la vie des apôtres : c'est pourquoi il valoit mieux croire aux barbes qui étoient bons, qu'à un ecclésiastique qui ne l'étoit pas. »
Il seroit superflu de raconter les autres interrogatoires, puisqu'on y entend partout le même langage, tant sur la présence réelle que sur le reste ; et surtout on y répète sans cesse « que les barbes alloient dans le monde comme imitateurs de Jésus-Christ et des apôtres et qu'ils avoient plus de puissance que les prêtres de l'Église romaine, qui menoient une vie trop large. »
Rien n'y est tant répété que ces dogmes, qu'il falloit confesser ses