‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 83 sur 210 · Deux volumes cotés · texte numérisé non relu

Deux volumes cotés

péchés; qu'ils les confessoient aux barbes qui avoient pouvoir de les absoudre; qu'ils se confessoient à genoux; qu'à chaque confession ils donnoient un quart (c'étoit une pièce de monnoie) ; que les barbes leur imposoient des pénitences qui n'étoient ordinairement qu'un « Pater t et un « Credo, » et jamais « l'Ave, Maria; » qu'ils leur défendoienttout serment, et leur enseignoient qu'il ne falloit ni emplurer le secours des saints, ni prier pour les morts. C'en est assez pour reconnoître les principaux dogmes et le génie de la secte; o'ar, au reste, de s'imaginer dans des opinions si bizarres, de la règle et une forme constante dans tous les temps et dans tous les lieux, c'est une erreur.

Je ne vois pas qu'on les interroge sur les sacrements administrés par le commun des laïques, soit que les inquisiteurs ne fussent pas informés de cette coutume, ou que les vaudois à la fin l'eussent changée. Aussi avons-nous vu que ce ne fut pas sans peine et sans contradiction qu'elle s'introduisit parmi eux à l'égard de l'eucharistie1. Mais pour la confession, il n'y a rien de plus établi dans cette secte que le droit des laïques gens de bien : « Un bon laïque, disoient-ils, avoit pouvoir d'absoudre : » ils se glorifioient tous « de remettre les péchés par l'imposition des mains : ils entendoient les confessions; ils enjoignoient des pénitences : de peur qu'on ne découvrît une pratique si extraordinaire, ils écoutoient très-secrètement les confessions, et recevoient même celles des femmes dans les caves, dans des cavernes, et dans d'autres lieux retirés : ils prêchoient en secret dans les coins des maisons, et souvent pendant la nuit2. »

Mais ce qu'on ne peut assez remarquer, c'est qu'encore qu'ils eussent de nous l'opinion que nous avons vue, ils assistaient à nos assemblées. « Ils'y offrent, dit Renier3, ils s'y confessent, ils y communient, mais avec feinte. » C'est qu'enfin, quoi qu'ils pussent dire, « il leur restoit quelque défiance de la communion qui se faisoit parmi eux4. » Ainsi « ils venoient communier dans l'église aux jours qu'il y avoit le plus de presse, de peur qu'on ne les connût. Plusieurs aussi demeuroient jusqu'à quatre et jusqu'à six ans sans communier, se cachant ou dans les villages ou dans les villes, au temps de Pâques, de peur d'être remarqués. On conseilioit aussi parmi eux de communier dans l'église; mais seulement à Pâques : et ils passoient pour chrétiens sous cette apparence5. » C'est ce qu'en disent les anciens auteurs6, et c'est aussi ce qu'on voit très-souvent dans ces interrogatoires dont nous avons parlé7. » Interrogé s'il se confessoif à son curé, et s'il lui découvroit la secte, a répondu qu'il s'y confessoit tous les ans, mais qu'il ne lui disoit pas qu'il fût vaudois; et que les barbes défendoient de le découvrir. r> Ils répondent aussi, comme on a vu, que «tous les ans ils communioient à Pâques, et recevoient le corps de Jésus-Christ, » et que

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