‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 96 sur 210 · Lib. III. c · texte numérisé non relu

Lib. III. c

n'ose pas assurer tout à fait cette opinion, ni pousser les hommes à pécher, en enseignant qu'il est agréable à Dieu qu'ils pèchent ainsi, et que Dieu leur donne cela comme une récompense : qu'il voit bien que les méchants pourroient prendre occasion de cette doctrine de commettre de grands crimes, et que s'ils le peuvent ils le font; mais que si on n'a point de meilleures raisons à lui dire que celles dont on se sert, il demeurera confirmé dans son sentiment sans en dire un mot'. »

On voit par là qu'il ressent une horreur secrète des blasphèmes qu'il profère : mais il y est entraîné par l'esprit d'orgueil et de singularité auquel il s'est livré lui-même ; et il ne peut retenir sa plume emportée. Voila un extrait fidèle de ses blasphèmes ; ils se réduisent à deux chefs, à faire un Dieu dominé par la nécessité, et, ce qui en est une suite, un Dieu auteur et approbateur de tous les crimes, c'est-à-dire un Dieu que les athées auroient raison de nier : de sorte que la religion d'un si grand réformateur est pire que l'athéisme.

On voit en même temps combien de ses dogmes ont été suivis par Luther. Pour Calvin et les calvinistes, on le verra dans la suite; et en ce sens ce n'est pas en vain qu'ils auront compté cet impie parmi leurs prédécesseurs.

Au milieu de tous ces blasphèmes il affectoit d'imiter la fausse piété des vaudois, en attribuant l'effet des sacrements au mérite des personnes : « en disant que les clefs n'opèrent que dans ceux qui sont saints; et que ceux qui n'imitent pas Jésus-Christ n'en peuvent avoir ja puissance : que cette puissance pour cela n'est pas perdue dans l'Église, qu'-elle subsiste dans des personnes humbles et inconnues : que des laïques peuvent consacrer et administrer les sacrements 2 : que c'est un grand crime aux ecclésiastiques de posséder des biens temporels; un grand crime aux princes de leur en avoir donné, et de ne pas employer leur autorité aies en priver3. » Me permettra-t-on de le dire? Voilà dans un Anglois le premier modèle de la réformation anglicane et de la déprédation des Églises. On dira que nous combattons pour nos biens : non : nous découvrons la malignité des esprits. outrés, qui sont, comme on voit, capables de tous excès.

M. de La Roque prétend qu'on a calomnié Viclef dans le concile de Constance 4, et qu'on lui a imputé des propositions qu'il ne croyoit pas; entre autres celle-ci : « Dieu est obligé d'obéir au diable5. » Mais si nous trouvons tant de blasphèmes dans un seul ouvrage qui nous reste de Viclef, on peut bien croire qu'il y en avoit beaucoup d'autres dans ses livres qu'on avoit alors en si grand nombre : et en particulier celui-ci est une suite manifeste de la doctrine qu'on vient de voir; puisque • Dieu, qui en toutes choses agissoit par nécessité, étoit entraîné par la volonté du diable à faire certaines choses lorsqu'il y falloit nécessairement concourir.

On ne trouve non plus dans le Trialogu-J la proposition imputée à

i. Ibid., V, c. 4, 8. — 2. Lib. IV, cap. 10, 14, 23, 25, 32.

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