‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 99 sur 210 · HISTOIRE DE JEAN HUS ET DE SES DISCIPLES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE JEAN HUS ET DE SES DISCIPLES

Ce qui a donné à Viclef un si grand rang parmi les prédécesseurs de nos réformés, c'est d'avoir dit que le pape étoit l'Antéchrist, et que depuis l'an mil de Notre-Seigneur, où Satan devoit être déchaîné selon la prophétie de saint Jean, l'Église romaine étoit devenue la prostituée et la Babylone8. Jean Hus, disciple de Viclef, a mérité les mêmes honneurs, puisqu'il a si bien suivi son maître dans cette même doctiine.

Il l'avoit abandonné dans d'autres chefs. Autrefois on a disputé de ses sentiments sur l'eucharistie : mais la question est jugée du consentement des adversaires, depuis que M. de La Roque, dans son Histoire

i. Lib. IV, C. 36, 37, 38. — 2. La Roque, Ibid., 70. 3. Ibid., pag. 81, 85, 88, 89, 98. — 4. Ibid. 5. Praef. ad Mycon. , Hosp., 2 part, ad an. 1550, fol. US. «. Vie, liv. IV, c. 1, etc.

de l'Eucharistie1 a fait voir par les auteurs du temps, par le témoignage des premiers disciples de Hus, et par ses propres écrits qu'on a encore, qu'il a cru la transsubstantiation et tous les autres articles de la croyance romaine, sans en excepter un seul, si ce n'est la communion sous les deux espèces; et qu'il a persisté dans ce sentiment jusqu'à la mort. Le même ministre démontre la même chose de Jérôme de Prague, disciple de Jean Hus : et le fait est incontestable.

Ce qui faisoit douter de Jean Hus étoit quelques paroles qu'il avoit inconsidérément proférées, et qu'on avoit mal entendues, ou qu'il avoil réfractées. Mais ce qui le fit plus que tout le reste tenir pour suspecl en cette matière, c'étoit les louanges excessives qu'il donnoit à Viciai ennemi de la transsubstantiation. Viclef étoit en effet le grand docteur de Jean Hus, aussi bien que de tout le parti des hussites : mais il est constant qu'ils n'en suivoient pas la doctrine toute crue, et qu'ils tâchoient de l'expliquer, comme faisoit aussi Jean Hus, à qui Rudiger donne la louange « d'avoir adroitement expliqué et courageusement défendu les sentiments de Viclef2. » On demeuroit donc d'accord dans le parti, que Viclef, qui, à vrai dire, en étoit le chef, avoit bien outré les matières, et avoit grand besoin d'être expliqué. Mais, quoi qu'il en soit, il est bien constant que Jean Hus s'est glorifié de son sacerdoce jusqu'à la fin, et n'a jamais discontinué de dire la messe tant qu'il a pu.

M. de La Roque le jeune soutient fortement les sentiments de son père, et il est môme assez sincère pour avouer qu'ils « déplaisent à bien des gens du parti; et surtout au fameux M..., qui n'aimoit pas d'ordinaire les vérités qui avaient échappé à ses lumières3. » Tout le monde sait que c'est M. Claude, dont il supprime le nom. Mais ce jeune auteur pousse ses recherches plus avant que n'avoit fait encore aucun protestant. Personne ne peut plus douter, après les preuves qu'il rapporte4, que Jean Hus n'ai prié les saints, honoré leurs images, reconnu le mérite des œuvres, les sept sacrements, la confession sacramentale et le purgatoire. La dispute rouloit principalement sur la communion sous les deux espèces; et ce qui étoit le plus important, sur cette damnable doctrine de Viclef, que l'autorité et surtout l'autorité ecclésiastique se perdoit par le péché5 : car Jean Hus soutenoit dans cet article des choses aussi outrées que celles que Viclef avoit avancées; et c'est de là qu'il tiroit ses pernicieuses conséquences.

Si avec une semblable doctrine, et encore en disant la messe tous les jours jusqu'à la fin de sa vie, on peut être non-seulement vrai fidèle, niais encore un saint et un martyr, comme tous les prolestants le publient de Jean Hus, aussi bien que de son disciple Jérôme de Prague, il ne faut plus disputer des articles fondamentaux : le seul article fondamental est de crier contre le pape et l'Église romaine : mais surtout si l'on s'emporte avec Viclef et Jean Hus jusqu'à appeler cette Église

i. 2 Part.,c. 19, pag. Ii84. — 2. Rudig. narr., pag. 153.

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