LE PERROQUET
Les animaux que l'homme a le plus admirés sont ceux qui lui ont paru participer à sa nature; il s'est émerveillé toutes lés fois qu'il en a vu quelques-uns faire ou contrefaire des actions humaines : le singe .par la ressemblance des formes extérieures, et le perroquet par l'imitation de la parole j lui ont paru des êtres privilégiés, intermédiaires entre l'homme et la brute : faux jugement produit par la première apparence y mais bientôt détruit par l'examen de la réflexion. Les sauvages, très- insensibles au grand spectacle de la nature , très-indifiTérents pour toutes ses merveilles, n'ont été saisis d'étonnement qu'à la vue des perroquets et des singes; ce sont les seuls animaux qui aient fixé leur stupide attention. Ils arrêtent leurs canots pendant des heures entières pour considérer les cabrioles des sapajous, et les perroquets sont les seuls oiseaux qu'ils se fassent un plaisir de nourrir, d'élever, et qu'ils aient pris la
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peine de chercher à perfectionner; car ils ont trouvé le petit art, encore inconnu parmi nous, de varier et de rendre plus riches les belles couleurs qui parent le plumage de ces oiseaux.
L'espèce de société que le perroquet contracte avec nous par son langage est plus étroite et plus douce que celle à laquelle le singe peut prétendre par son imitation capricieuse de nos mouvements et de nos gestes. Si celle du chien, du cheval ou de Téléphant est plus intéressante par le sentiment et par l'utifité, la société de l'oiseau parleur est quelquefois plus atta-
chante par l'agrément : il récrée, il distrait, il amusé; dans la solitude il est con^pagnie, dans la conversation il est interlocuteur ; il répond, il appelle, il accueille, il jette l'éclat des ris, il exprime l'accent de Taffection, il joue la gravité de la sentence ; ses petits mots tombés au hasard égaient par les disparates, ou quelquefois surprennent par la justesse. Ce jeu d'un langage sans idée a je ne sais quoi de bizarre et de grotesque, et, sans être plus vide que tant d'autres
propos y il est toujours plus amusant. Avec imitation de nos paroles , lè perroquet semble prendre quelque cboee dé nos inclinations et de nos mœurs : il aime,. et il hait; il a des attachements, des jialousieSy des. préCérence», des caprices; il s'admire, s'applaudit, s'encourage; iii se réjouit et s'attriste; il semble s'émouvoir et s'attendrir aux caresses; il donne des b^s^rs affectueux; dans une maison de deuil il appirend à» gémic : et souvent , accoutumé à répéter le nom chiéri d'une personne regrettée, il rappelle à des cœurs sensibles et leurs plaisirs et leurs chagrins.