LES HIRONDELLES
Le vol de l'hirondelle diffère en deux points principaux de celui de Vetngoulevent. Il n'est pas accompagné d'un bourdoninanient sourd, et cela résulte de ce qu'elle ne vole point comme lui le bec ouvert. En, second lieu, quoiqu'elle ne paraisse pas avoir les ailes beaucoup plus longues ou plus fortes, ni par conséquent beaucoup plus habiles au mouvement, son vol est néanmoins beaucoup plus hardi, plus léger, plus soutenu, parce qu'elle a la vue bien meilleure, et que cela lui donne un grand avantage pour employer
toute la force de ses ailes : aussi le vol est -il son état naturelle dirais presque son état nécessaire; elle mange en volant, elle boit en volant ^ se baigne en volant, et quelquefois donne à mangera ses petits en volant. Sa marche est peut-être moins rapide que celle du faucon, mais elle est plus facile et plus libre; Tun se précipite avec eflFori, l'autre coule dans Tair avec aisance : elle sent que l'air est son domaine : elle en parcourt toutes les dimensions et dans tous les sens , comme pour en jouir dans tous les détails, et le plaisir de cette jouissance se marque par de petits cris de gaieté. Tantôt elle donne lâchasse aux insectes voltigeants , et suit avec une agilité souple leur trace oblique et tortueuse : ou bien quitte l'un pour courir à l'autre, et happe en passant un troisième : tantôt elle rase légèrement la surface de la terre et des eaux pour saisir ceux que la pluie ou la fraîcheur y rassemble; tantôt elle échappe elle-même à l'impétuosité de l'oiseau de proie par la flexibilité preste de ses mouvements; toujours maîtresse de son vol dans sa plus grande vitesse , elle en change à tout instant la direction ; elle semble décrire au milieu des airs un dédale mobile et fugitif dont les routes se croisent,. s' entrelacent, se fuient, se rapprochent, se heurtent, se roulent, montent, descendent, se perdent et reparaissent pour se croiser, se rebrouiller encore en mille manières, et dont le plan , trop compliqué pour être présenté aux yeux
par l'art du dessin, peut à peine être indiqué à l'imagination par le pinceau de la parole.