‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 108 sur 126 · LE MARTIN-PÊCHEUR OU ALCYON · texte numérisé non relu

LE MARTIN-PÊCHEUR OU ALCYON

C'est le plus bel oiseau de nos climats^ et il u'y en a aucun en Europe qu'on puisse comparer au martin-pêcheur pour la netteté, la richesse et Téclat des couleurs; elles ont les nuancés de Tarc-en-ciel , le brillant de l'émail, le lustre de la soie; tout le milieu du dos, avec le dessus de la queue, est d'un bleu clair et brillant, qui, aux rayons du soleil, a le jeu du saphir et Tœil de la turquoîse^; le vert se mêle sur les ailes au bleu, et la plupart des plumes y sont terminées et ponctuées par une teinte d'aiguemarine; la tête et le dessus du cou sont pointillés de même de taches plus claires sur un fond d'azur. Gessner compare le jaune rouge ardent qui colore la poitrine au rouge enflammé d'un charbon.

Il senable que le martin-pêcheur se soit écbappé de ces climats où le soleil verse avec les ilôts d'une lumière plus pure tous les trésors des. plus riches couleurs.

Son Yol est rapide et filé ; il suit ordinairement les contours des ruissea^fx en casant I9 surface de l'eau. Il crie en volant Ai, ki, fci, ki, d'une voix perçante

el qui fait retentir les rivages; il a, dans le printemps, un autre chant , qu^on ne laisse pas d'entendre malgré le murmure des flots et le bruit des cascades. Il est très-sauvage et part de loin; il se tient sur une branche avancée de l'eau pour pêcher; il y reste immobile , et épie souvent deux heures entières le moment du passage d'un petit poisson ; il fond sur cette proie en se laissant tomber dans Tcau , où il reste pluisieurs aecondesr; il en sort avec le poissonv au bec , qu'il porte çnsuite sur la terre, contre laquelle il le bat pour le tuer avant de l'avaler. ^

Il est singulier qu'un oiseau qui vole avec tant de vitesse et de continuité n'ait pas les ailes amples :

elles sojpkt, an contraire, f^rt petites à projiortion de sa grosseur, d'où l'on ^eut juger de la fç^çce deis muscles qui les meuvent; car il n'y a peut-être point d'oiseau qui ait les mouvements aussi prompts et le vol aussi rapide; il part comme un trait d'arbalète;

s'il laisse tomber un poisson de la branche où il s'est perché, souvent il reprend sa proie avant qu'elle ait touché la terre. Comme il ne se pose guère que sur des branches sèches , on a dit qu'il faisait sécher le bois sur lequel il s'arrête.

On donne à cet oiseau dessécha la propriété de conserver les draps et autres étoffes de laine, et d'éloigner les teignes. Les marchands les suspendent à cet eflet dans leurs magasins. Son odeur de faux musc pourrait peut-être écarter ces insectes, mais pas plus que toute autre odeur pénétrante. Comme son corps se dessèche aisément, on a dit que sa chair n'était jamais attaquée de corruption j et ces vertus , quoique imaginaires, le cèdent encore aux merveilles qu'en ont racontées quelques auteurs en recueillant les idées superstitieuses des^ anciens sur l'alcyon : il a, disent-ils, la propriété de repousser la foudre, celle de faire augmenter un trésor enfoui, et, quoique mort, de renouveler son plumage à chaque saison de mue. Il communique, dit Kirannides, à qui le porte avec soi , la grâce et la beauté ; il donne la paix à la maison, le calme en mer, attire les poissons et rend la pêche abondante sur toutes les eaux. Ces fables flattent la crédulité ; mais malheureusement ce ne sont que des fables.

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