OISEAUX AQUATIQUES
Les mseaux d'eau sont les seuls qui réunissent à la jouissance de T^ir et de la terre la possession de la mer; de nombreuses espèces, toutes très-multipliées, en peuplent les rivages et les plaines; ils voguent sur les flots avec autant d'aisance et plus de sécurité qu'ils ne volent dans leur élément naturel ; partout Us y trouvent une subsistance abondante, une proie qui ne peut les fuir ; et pour la saisir les uns fendent les ondes et s'y plongent , d'autres ne font que les effleurer en rasant leur surface par un vol rapide, ou mesuré sur la distance et la quantité des victimes. Tous s'établissent sur cet élément mobile comme dans un domicile fixe; ils s'y rassemblent en grande société, et vivent tranquillement au milieu des orages; ils semblent même se jouer avec les vagues, lutter contre les vents, et s'exposer aux tempêtes sans les redouter ni subir de naufrage.
Us ne quittent qu'avec peine ce domicile de choix.
et seulement dans le temps que le soin de leur progéniture, en les attachant au rivage , ne leur permet plus de fréquenter la mer que par instants; car, dès que les petits sont éclos, ils les conduisent à ce séjour chéri, que ceux-ci chériront bientôt euxmêmes comme plus convenable à leur nature que celui de la terre. En effet, ils peuvent y rester autant qu'il leur plaît, sans être pénétrés de l'humidité, et sans rien perdre de leur agilité, puisque leur corps , mollement porté, se repose même en nageant, et reprend bientôt les forces épuisées par le vol. La longue obscurité des nuits, ou la continuité des tourmentes, sont les seules contrariétés qu*ils éprouvent, et qui les obligent à quitter la mer par intervalle&.
La forme du corps et des membres de ces oiseaux indique assez qu'ils sont navigateurs-nés , et habitants naturels de l'élément liquida; leur corps est arqué et bombé comme la carèoe d'un vaisseau , et c'est peut-être sur cette figure que l'homme a tracé ses premiers navires; leur cou relevé sur «une poir trine saillante en représente assez bien la proue; leur queue courte et toute rassemblée ea un faisceau sert de gouvernail ; leurs pieds larges et palmés font l'office de véritables rames; le duvet épais et lustré d'huile qui revêt tout le eorps est un gpud^^n naturel qui le rend impénétrable à l'hiunaidité, en même temps qu'il le fait flotter plus légèrement à la surface
des eaux. Et ceci D'est encore qu'un aperçu des facultés que la nature a données à ces oiseaux pour la navigation; leurs habitudes naturelles sont conformes à ces facultés; leurs mœurs y sont assorties : ils ne se plaisent nulle part autant. que sur l'eau; ils semblent craindre de se poser à terre; la moindre aspérité du sol blesse leurs pieds, ramollis par l'habitude de ne presser qu'une surface humide : enfin Teau est pour eux un lieu de repos et de plaisirs > où tous leurs mouvements s'exécutent avec feoilité, où toutes leurs fonctions se font avec aisance, où leurs différentes évolutions se tracent avec grâce. Voyez ces cygnes nager avec mollesse ou cingler sur l'onde avec majesté; ils s'y jouent, s'ébattent , y plongent et reparaissent avec les mouvements les plus agréables et les plus douces ondulations ; aussi le cygne est-il l'emblème de la grâce, premier trait qui nous frappe, même avant ceux de la beauté.
La vie de l'oiseau aquatique est donc plus paisible et moins pénible que celle de la plupart des autres oiseaux ; il emploie beaucoup moins de forces pour nager que les autres n'en dépensent pour voler. L'élément qu'il habite lui offre à chaque instant sa subsistance : il la rencontre plus qu'il ne la cherche, et souvent le mouvement de l'onde l'amène à sa portée; il la prend sans fatigue, comme il l'a trouvée sans peine ni travail : et cette vie plus douce lui donne en même temps des mœurs plus innocentes
et des habitudes pacifiques. Chaque espèce se rassemble par le sentiment d'un amour mutuel; nul des oiseaux d'eau n'attaque son semblable, nul ne fait sa victime d'aucun autre oiseau; et dans cette grande et tranquille nation on ne voit point le plus fort inquiéter le plus faible; bien différent de ces tyrans de l'air et de la terre qui ne parcourent leur empire que pour le dévaster, et qui, toujours en guerre avec leurs semblables, ne cherchent qu'à les détruire, le peuple ailé des eaux, partout en paix avec lui-même, ne s'est jamais souillé du sang de son espèce ; respectant même le genre entier des oiseaux, il se contente d'une chair moins noble, et n'emploie sa force et ses armes que contre le genre abject des reptiles, et le genre muet des poissons.