LE RALE
Dans les prairies liumides , dès que Therbe est haute, et jusqu'au temps de la récolte, il sort des endroits les plus touffus de l'herbage une voix rauque, ou plutôt un cri bref, aigre et sec, crë/c, crèk, crèk, assez semblable au bruit que Ton exciterait eu passant et appuyant fortement le doigt sur les dents ^d'un gros peigne; et lorsqu'on s'avance vers cette voix, elle s'éloigne, et on l'entend venir
de cinquante pas plus loin : c'est le râle de terre qui jette ce cri, qu'on prendrait pour le coassement d un reptile. Cet oiseau fuit rarement au vol , mais presque toujours en marchant avec vitesse ; et passant à travers le plus touffu des herbes, il y laisse
une trace remarquable. On commence à l'entendre vers le 10 ou le 12 de mai, dans le même temps que les cailles , qu'il semble accompagner en tout temps, car il arrive et repart avec elles. Cette circonstance, jointe à ce que le râle et les cailles habitent également les prairies, qu'il y vit seul, et qu'il est beaucoup moins commun et un peu plus gros que la caille, a fait imaginer qu'il se mettait à la tête de leurs bandes, comme chef ou conducteur de leur voyage; et c'est ce qui lui a fait donner le • nom de roi des cailles : mais il diffère de ces oiseaux par les caractères de conformation, qui tous lui sont communs avec les autres râles, et, en général, avec les oiseaux de marais , comme Aristote Ta fort bien remarqué. Lorsqu'un chien rencontre un râle, on peut le reconnaître à la vivacité de sa quête, au nombre de faux arrêts, à l'opiniâtreté avec laquelle l'oiseau tient et se laisse serrer de si près, qu'il se fait prendre : souvent il s'arrête dans sa fuite, et se blottit, de sorte que le chien, emporté par son ardeur, passe par -dessus et perd sa trace; le râle, dit- on, profite de cet instant d'erreur de l'ennemi pour revenir sur sa voie et donner le change. Il ne part qu'à la dernière extrémité et s'élève assez haut avant de filer. Il vole pesamment, e| ne va jamais loin. On en voit ordinairement la remise; mais c'est inutilement qu'on va le chercher, car l'oiseau a déjà pielté plus de cent pas lorsque le chasseur y
arrive. Il sait donc suppléer par la rapidité de sa marche à la lenteur de son vol : aussi se sert -il beaucoup plus de ses pieds que de ses ailes; et, toujours couvert sous les herbes, il exécute à la course tous ses petits voyages, et ses croisières multipliées dans les prés et dans les champs. Mais quand arrive le temps du grand voyage, il trouve , comme la caille, des forces inconnues pour fournir au mouvement de sa longue traversée : il prend son essor la nuit; et, secondé d'un vent propice, il se porte dans nos provinces méridionales, d'où il tente le passage de la Méditerranée. Plusieurs périssent sans doute dans cette première traite, ainsi que dans la seconde pour le retour, où Ton a remarqué que ces oiseaux sont moins nombreux qu'à leur départ.