‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 117 sur 126 · U POULE D'EAU · texte numérisé non relu

U POULE D'EAU

La nature passe par nuances de la forme du râle à celle de la poule d'eau , qui a de même le corps comprimé par les côtés , le bec d'une figure semblable, mais plus raccourci, et plus approchant par là du bec des gallinacés. La poule d^eau a aussi le

front dénué de plumes et recouvert d'une membrane épaisse, caractère dont certaines espèces de râles présentent fôs vestiges. Elle vole aussi les pieds pendants ; enfin elle a les doigts allongés comme le râle, mais garnis dans toute leur longueur d'un bord membraneux, nuance par laquelle se marque le passage des oiseaux fissipèdes, dont les doigts sont

nus et séparés, aux oiseaux palmipèdes, qui les ont garnis et joints par une membrane tendue de Tun à l'autre doigt, passage dont nous avons déjà vu l'ébauche dans la plupart des oiseaux de rivage , qui ont ce rudiment de membrane tantôt entre les trois doigts, et tantôt entre deux seulement, l'extérieur et celui du milieu.

Les habitudes de la poule* d'eau répondent à sa conformation; elle va à l'eau plus que le râle» sans cependant y nager beaucoup , si ce n'est pour traverser d'un bord à l'autre ; cachée durant la plus grande partie du jour dans les roseaux , ou sous les racines des aunes, des saules et des osiers, ce n'est que sur le soir qu'on la voit se promener sur l'eau ; elle fréquente moins les marécages et les marais que les rivières et les étangs. Son nid, posé tout au bord de l'eau, est construit d'un assez gros amas de débris de roseaux et de joncs entrelacés; la mère quitte son nid tous les soirs et couvre ses œufs auparavant avec des brins de joncs et d'herbes : dès que les petits sont éclos, ils courent comme ceux du râle, et suivent de même leur mère, qui les mène à l'eau; c'est à cette faculté naturelle que se rapporte sans doute le soin de prévoyance que le père et la mère montrent en plaçant leur nid toujours très-près des eaux. Au reste, la mère conduit et cache si bien sa petite famille, qu'il est très-difficile de la lui enlever pendant le très-petit temps qu'elle

la soigne; car bientôt ces jeunes oiseaux, devenus assez forts pour se pourvoir d'eux-mêmes , laissent à leur mère féconde le temps de produire et d'élever une famille cadette , et même Ton assure qu'il y a souvent trois pontes dans un an.

Les poules d'eau quittent en octobre les pays froids et les montagnes y et passent tout l'hiver dan& nos provinces tempérées, où on les trouve près des sources et sur les eaux vives qui ne gèlent pas. Ainsi la poule d'eau n'est pas précisément un oiseau de passage, puisqu'on la voit toute l'année dans différentes contrées, et que tous ses voyages paraissent se borner des montagnes à la plaine, et de la plaine aux montagnes.

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