‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 122 sur 126 · LE CANARD · texte numérisé non relu

LE CANARD

Le canard nous fuit constamment, se tient sur les eaux, ne fait, pour ainsi dire, que passer et repasser en hiver dans nos centrées, et &*enfonce au printemps dans les régions du Nord pour y nicher sur les terres les plus éloignées de l'empire de l'homme. C'est vers le 15 d'octobre que paraissent en France les premiers canards; leurs bandes, d'abord petites et peu fréquentes, sont suivies, en novembre , par d'autres plus nombreuses. On reconnaît ces oiseaux dans leur vol élevé, aux lignes inclinées et aux triangles réguliers que leur troupe trace par sa disposition en Tair; et lorsqu'ils sont tous arrivés des régions du Nord, on les voit continuelleiîient voler et se porter d'un étang, d'une rivière à une autre. C'est alors que les chasseurs en font de nombreuses captures, soit à la quête du jour ou à l'embuscade du soir, soit aux différents pièges et aux grands filets. Mais toutes ces chasses supposent beaucoup de finesse dans les moyens employés pour surprendre, attirer ou tromper ces oiseaux, qui sont très-défiants. Jamais ils ne se

posent qu'après avoir fait plusieurs circonvolutions sur le lieu où ils voudraient s'abattre, comme pour l'examiner, le reconnaître, et s'assurer s'il ne recèle aucun ennemi : et lorsqu'enfin ils s'abaissent, c'est toujours avec précaution; ils fléchissent leur vol, et s'élancent obliquement sur la surface de l'eau qu'ils effleurent et sillonnent; ensuite ils nagent au large et se tiennent toujours éloignés du rivage; en même temps quelques-uns d'entre eux veillent à la sûreté publique, et donnent l'alarme dès qu'il y a péril , de sorte que le chasseur se trouve souvent déçu, et les voit partir avant qu'il soit à portée de les tirer : cependant, lorsqu'il juge le coup possible, il ne doit pas le précipiter; car le canard sauvage, au départ s'élevant verticalement, né s'éloigne pas dans la même proportion d'un oiseau qui file droit , et on a tout autant de temps pour ajuster un canard qui part à soixante pas de distance, qu'une perdrix qui partirait à trente.

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