‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 21 sur 126 · AMITIÉ DANS L'HOMME · texte numérisé non relu

AMITIÉ DANS L'HOMME

COMPARÉE A l'attachement DANS LES ANIMAUX

L'amitié suppose la puissance de réfléchir : c'est de tous les attachements le plus digne de l'homme et le seul qui ne le dégrade point ; l'amitié n'émane

que de la raison , Timpression des sens n'y fait rien ; c'est l'âme de son ami qu'on aime, et pour aimer une âme il faut en avoir une, il faut en avoir fait usage , l'avoir connue , l'avoir comparée et trouvée de niveau à ce que l'on peut connaître de celle d'un autre : l'amitié suppose donc non-seulement le principe de la connaissance , mais l'exercice actuel et réfléchi de ce principe.

Ainsi l'amitié n'appartient qu'à l'homme, et l'attachement peut appartenir aux animaux : le sentiment seul suffit pour qu'ils s'attachent aux gens qu'ils voient souvent, à ceux qui les soignent, qui les nourrissent, etc.; le seul sentiment suffit encore pour qu'ils s'attachent aux objets dont ils sont forcés de s'occuper. L'attachement des mères pour leurs petits ne vient que de ce qu'elles ont été fort occupées à les porter, à les produire, et qu'elles le sont encore à les allaiter ; et si dans les oiseaux les pères semblent avoir quelque attachement pour leurs petits, et paraissent en prendre soin comme les mères , c'est qu'ils se sont occupés comme elles de la construction du nid , c'est qu'ils l'ont habité avec leurs femelles ; au lieu que dans les autres espèces d'animaux où il n'y a point de nid, point d'ouvrages à faire en conamun, les pères ne sont pères que comme on l'était à Sparte, ils n'ont aucun souci de leur postérité.

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