‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 30 sur 126 · LE BŒUF · texte numérisé non relu

LE BŒUF

Le bœuf, le mouton, et les autres animaux qui paissent Therbe , non-seulement sont les meilleurs, les plus utiles, les plus précieux pour Thomme, puisqu'ils le nourrissent, mais sont encore ceux qui consomment et dépensent le moins; le bœuf

surtout est à cet égard Tanimal par excellence; car il rend à la terre tout autant qu'il en tire, et même il améliore le fonds sur lequel il vit ; il engraisse son pâturage , au lieu que le cheval et la plupart des animaux amaigrissent en peu d'années les meilleures prairies.

Mais ce ne sont pas là les seuls avantages que le

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bétail procure à l'homme ; sans le bœuf les pauvres et les riches auraient beaucoup de peine à vivre, la tçrre demeurerait inculte , les champs et même les . jardins seraient secs et stériles. C'est sur lui que' roulent tous les travaux de la campagne ; il est le * domestique le plus utile de la ferme, le soutien du ménage champêtre; il fait toute la force de Tagriculture; autrefois il faisait toute la richesse des hommes, et aujourd'hui il est encore la base de l'opulence des États, qui ue peuvent se soutenir et fleurir que par la culture des terres et par l'abondance du bétail, puisque ce sont les seuls biens réels, tous les autres, et même l'or et l'argent, n'étant que des biens arbitraires, des représentations, des monnaies de crédit, qui n'ont de valeur qu'autant que le produit de la terre leur en donne.

Le bœuf ne conyient pas autant que le cheval, l'âne, le chameau, etc., pour porter des fardeaux, la forme de son dos et de ses reins le démontre ; mais la grosseur de son cou et la largeur de ses épaules indiquent assez qu'il est propre à tirer et à porter le joug : c'est aussi de cette manière qu'il tire le plus avantageusement ; et il est singulier que cet usage ne soit pas général , et que dans des provinces entières on l'oblige à tirer par les cornes; la seule raison qu'on ait pu m'en donner, c'est que, quand il est attelé par les cornes , on le conduit plus aisément : il a la tète très-forte , et il ne laisse pas de

tirer assez bien de cette façon, mais avec beaucoup moins d'avantage que quand il tire par les épaules. Il semble avoir été fait exprès pour la charrue : la masse de son corps , la lenteur de ses mouvements , le peu de hauteur de ses jambes , tout , jusqu'à sa tranquillité et sa patience dans le travail, semble concourir à le rendre propre à la culture des champs, et plus capable qu'aucun autre de vaincl^ la résistance constante et toujours nouvelle que la terre oppose à ses eflForts. Le cheval , quoique peut-être aussi fort que le bœuf, est moins propre à cet ouvrage : il est trop élevé sur ses jambes , ses mouvements sont trop grands, trop brusques, et d'ailleurs il s'impatiente et se rebute trop aisément ; on lui ôte même toute la légèreté, toute la souplesse de ses mouvements , toute la grâce de son attitude et de sa démarche, lorsqu'on le réduit à ce travail pesant, pour lequel il faut plus de constance que d'ardeur, plus de masse que de vitesse , et plus de poids que de ressorts.

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