LE COCHON ET LE SANGLIER
Ces animaux sont singuliers; Pespèce en est^ pour ainsi dire, unique; elle est isolée; elle semble exister plus solitairement qu'aucune autre; elle n'est voisine d'aucune espèce qu'on puisse regarder comme principale, ni comme accessoire , telle que l'espèce du cheval relativement à celle de l'âne , ou Tespèce de la chèvre relativement à la brebis : elle n'est pas sujette à une grande variété de races, comme celle du chien; elle participe de plusieurs espèces y et cependant elle difière essentiellement de toutes.
De tous les quadrupèdes , le cochon parait être l'animal le plus brute; les imperfections de la forme semblent influer sur le naturel : toutes ses habitudes sont grossières y tous ses goûts sont immondes ^ toutes ses sensations se réduisent à une luxure furieuse et à uae gourmandise brutale ^ qui lui fait dévorer indistinctement tout ce qui se présente, et même sa progéniture au moment qu'elle vient de naître. Sa voracité dépend apparemment du besoin continuel qu'il a de remplir la grande capacité de
son estomac ; et la grossièreté de ses appétits , Thébétation des sens du goût et du toucher, la rudesse du poil y la dureté de la peau, Tépaisseur de la graisse y rendent ces animaux peu sensibles aux coups. L'on a vu des souris se loger sur leur dos et leur manger le lard et la peau sans qu'ils parussent le sentir; ils ont donc le toucher fort obtus , et le goût aussi grossier que le toucher : leurs autres sens sont bons. Les chasseurs n'ignorent pas que les sangliers voient^ entendent et sentent de fort loin , puisqu'ils sont obligés, pour les surprendre , de les attendre en silence pendant la nuit, et de se placer au-dessous du vent pour dérober à leur odorat les émanations qui les frappent de loin, et toujours assez vivement pour leur faire sur-le-champ rebrousser chemin.