DES ANIMAUX NUISIBLES
Lorsqu'oQ réfléchit sur la fécondité sans bornes donnée à chaque espèce^ sur le produit innombrable qui doit en résulter, sur la prompte et prodigieuse multiplication de certaijis animaux qui pullulent tout à coup, et viennent par milliers, désoler les campagnes et ravager la terre , on est étonné qu'Us n'envahissent pas là nature, on craint qu'ils ne l'oppriment par le nombre , et qu'après avoir dévoré sa sub->tance ils ne périssent eux-mêmes qu'avec elle.
L'on voit, en effet , avjec effroi arriver ces nuages épaii^ , ces phalanges ailées d'insectes affamés qui semblent menacer le globe entier, et qui, se rabattant sur les plaines fécondes de l'JÊgypte, de la Pologne ou de l'Inde , détruisent en un instant les travaux , les espérances de tout un peuple , et n'épargnant ni les grains, ni les fruits, ni les berbes, ni les racines , ni les feuilles , dépouilleat la terre de sa verdure, et changent ^n un désert aride les plus riches contrées. L'on voit descendre des montagnes du Nord des rats en multitude innombrable , qui , comme un déluge, ou plutôt un débordement de substance vivante, viennent inonder les plaines,
se répandent jusque dans les provinces du Midi, ôt après avoir détruit sur leur passage tobt ce qui vit ou végète, finissent par infecter la terre et l'air de leurs cadavres. L'on voit datis les pays méridionaux sortir tout à coup du désert des myriades de fourmis , lesquelles , comme un torrent dont la source serait intarissable, arrivent en colonnes pressées, se succèdent, se renouvellent sans cesse, s'emparent de tous les lieux habités , en chassent les animaux et les hommes, et ne se retirent qu'après une dévastation générale; et dans le temps où l'homme, encore à demi sauvage, était comme les animaux sujet à toutes les lois , et même aux excèià de la nature, n'a-^t-on pas vu de ces débordements de l'espèce humaine, des Normands, des Alains, des Huns, des Goths, des peuples, ou plutôt des peuplades d'animaux à face hun!kaine, i»ans domicile ôt sans nom , sortir tout à coup de leurs antres, marcher par troupeaux effrénés, tout opprimer sans autre force que le nombre, ravager les cités, renverser \ès empireis, et, après avoir détruit les nations et dévasté la terre, finir par la repeupler d*hômiiies aussi nouveaux et plus barbares qu'eux?
Ces grands événements, ces époques si marquées dans l'histoire du genre humain, ne sont cependant que dcT légères vicissitudes dans le cours ordinaire de la nature vivante ; il est en général toujours constant, toujours le même; son mouvement, toujours
régM, roule s»r 46mx piyols jaébranlpbleB : r«n, la fécppdifé paqp boroe? do^pé^ à toutes Iw -^^pèof^ ; L'autre, )e$ obstacles san^ ngint^re qui réduisent )a proçîuH 4^ celtç fécondité à unie ine^urç déterminé^ , et m laissent ep tout teipp^ qq'à ]:^u prè$ U m^èioe qi^^ptité d'ipdividu^ danj$ chaque espèce; elcomm^ ce? animaux en pultitude innombrable ^ qui p^r^i^^^Qt tout à çpup, di^ppr^Ui^nt de même, et que 1b fpu^g dç p§ç e^pèçpg n'en e§t point augmenté , cglui 4^ ^^$pèç^ hiJimAiaç demeure aussi toujours le mêfRg ; l«s ypnatiops en wpt seulement un pe^i plyjs I$i9tp9i parce qu§ I4 vie de Thomme étant plm JongpQ qu^ ca)l|B dp K^^s petits animaux , il est né^ cfisjwijf^ qujQ les altgrnstive^ d'augmentation et de djfpinmtipij ^ prép^ri^pt de plus loin, (çt m s'achèvenlt qu'içj) plus de temps , et ce tempç môme p'esf qu'un ipstant daps la durée , up moment Mm \^ ^ite d?S siÔQlesy qui nous frappe plus que i^ *HtFi?9, parqa qu'il la été acccmipagné d^borreur ^t dg d^Ptructiop : car, à prendre la terre entières! Tes-* p^q^ hufU^ini» ep général, la quantité des hqmmes doU > camme celle des animaux, être en tout temp9 à très -peu près la méiHe, puisqu'elle dépend -Ab l'équilibre d^is cwpes physiques , équilibre auquel touMst p^rvwu depuis longtemps, ^t que les çffjor(3 dçs bPmmes 1 non plua que toutes les oirçopstances Ujor?Ifi3i n^ peuvent rompre, ces pîrçpnM^ucei^ dé»pçpdant ellçs-^mêroe^ dç ces causes physiques, dont
elle» ne sont que des effets particulbrs. Quelque soîd qaa rhoinme paiisse prendre de son espèce , il ne la nmdra jamais plus abondante en un lieu , que pour la détruire ou la diminuer dans un autre. Lorsqu'une portion de la terre est surchargée d'hommes» ils se dispersent» ils se répandent, ils se détruisent, et il s'établit en même temps des lois et des usages qui souvent ne préviennent que trop cet exeàs da multiplication. Dans les climats excessivement fé* couds» comme à la Chine, en Egypte, en Guinée, on relègue, on mutile, on vend, on noie les enrants; ici on les condamne à un célibat perpétuel. Ceux qui existent s arrogent aisément des droits sur ceux qui n'existent pas; comme êtres nécessaires, ils anéantissent les êtres contingents, ils suppriment pour leur aisance, pour leur commodité, les géué^ rations futures. Il se fait sur les hommes, sans qu ou s'en aperçoive y ce qui se fait sur les animaux : on les soigne, on les multiplie f on les néglige , on les détruit, selon le besoin, les avantages, Tineommo* dite , les désagréments qui en résultent ; et comme tous ces effets moraux dépendent eux-mêmes des causes physiques , qui , depuis que la terre ^a pris sa eonsistanee, sont dans un état fixe et dans un équilibre permanent, il parait que, pour Thomme comme pour les animaux, le nombre d'individus dans Tespène ne peut qu'être constant. Au reste, cet état fixe et œ nombre constant né sont pas des
m OEUVRES CHOISIES
quantités, absolues; toutes les causes physiques et morales, tous les effets qui en résultent, sont compris et balance;>t entre certaines limites plus ou moins étendues^ n^ais jamais assez grandes pour que l'équilibre se rompe. Gomme tout est en mouyement dans Tunivers, et que toutes les forces répandues dans la matière agissent les unes contre les autres, et se contre- balancent, tout se fait par des espèces d'oscillations dont les^ points milieux sont ceux auxquels nous rapportons le cours ordinaire de la nature » et dont les points extrêmes en sont les périodes les plus éloignées. En effet,. tant dans les animaux que dans les végétaux, l'excès de la multiplication est ordinairement suivi de la stérilité ; l'abondance et la disette se présentent tour à tour, et souvent 9e suivent de si près, que Ton pourrait juger de la production d'une aunée par le [«•oduit de celle qui la précède. Les pommiers, les pruniers, les chênes, les hêtres, et la plupart dés autres arbres fruitiers et -forestiers, ne portent abondamment que de deux années l'une; les chenilles, les hannetons , les mulots, et plusieurs autres animaux , qui dans de certaines années se multiplient à l'excès, ne paraissent qu'en petit nombre l'année suivante. Que deviendraient, en effet, tous les bièûs de la terre, que deviendraient les animaux utiles, et l'homme lui-même, si dans ces années excessives chacun de ces insectes se reproduisait pour
l'année suivante par une génération proportionnelle à leur nombre? Mais non, les causes de destruction^ d*anédntissement et de stérilité suivent immédiatement celle de la trop grande multiplication ; et indépendamment de la contagion y suite nécessaire de trop grands amas de toute matière vivante dans un même lieu, il y à dans chaque espèce des causes particulières de mort et de destruction , qui seules suffisent pour compenser tes excès des générations précédentes. -