‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 43 sur 126 · LE LOUP · texte numérisé non relu

LE LOUP

Lq loup est Tun da ces animaux dont i'appétit pour )a chair est ie plus yéhémeQt; et quoique avec ce goût il ait reçu de la nature les moyens de le satisfaire , qu*elle lui ait donné des armés , de la ruse, de ragilité, de la force, tout ce qui est nécessaire, en un mot, pour trouver, attaquer, vaincre, saisir

et dévorer sa proie , cependant il meurt souvent de faim, parce que T homme lui aya.nt déclaré la guerre, rayant même proscrit en mettant sa tète à prix , le force à fuir, à demeurer dans les bois, où il ne trouve que quelques animaux sauvages qui lui échappent par la vitesse de leur course, et qu'il ne peut surprendre que par hasard ou par patience, en

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les attendant loDgi;ç^)ps , et souvent en vain , dans les endroits où ils doivent passer. Il est naturelle*meot grossier et poltron ; mais il devient ingénÎQiix par besoin , et b^rdi par nécessité ; pressé par I9 famine , il brave le danger, vient attaquer les ani«^ maux. qui sont sous la garde de rhomme, eew surtout qu'il peut emporter aisément, eomma le» agneaux, les petits chiens, les chevreaux; et lorsqu» C^tte maraude lui réussit , il revient souvent à U charge, jusqu'à ce qu'ayant été blessé ou chassé , et maltraité par les hommes et les chiens , il se reeète pendant le jour dans son fort, n'en sort que la nuit, parcourt la campagne, rôde autour des habitations, ravit les animaux abandonnés, vient attaquer les bergeries, gratte et creuse la terre sous les portes, eptre furieux , met tout à mort ayant de choisir et d'emporter sa proie. Lorsque ces courses ne lui pro^ duisent rien, il retourne au fond des bois, se met en quête , cherche, suit à la piste , chasse , poursuit les a9imaux sauvages, dans l'espérance qu'un autre loup pourra les arrêter, les saisir dans leur fuite, et qy'ils en partageront la dépouille. Enfin , lorsque le bçsQÎn eçt extrême, il s'expose à tout, attaque les femmes et les enfants, sç jette même quelquefois sur les hommes , devient furieux par ces ej^cès, qui finissent ordinairement par la rage et la mort.

Le loup, tant h l'extérieur qu'à l'intérieur, res^semble $i fort au chien , qu'il parait être modelé sur

la même forme ; cependant il n'offre tout au plus que le revers de l'empreinte , et ne présente les mêmes caractères que sous une face entièrement opposée : si la forme^est semblable , ce q\û en résulte est bien contraire; le naturel est si diflPérent, que non-seulement ils sont incompatibles , mais antipathiques par nature, ennemis par instinct. Un jeune chien fFissonne au premier aspect du loup; il fuit à Todeûr seule, qui, quoique nouvelle, inconnue, lui répugné si fort , qu'il vient en tremblant se ranger entre les jambes de sotf maître : un mâtin qui connaît ses forces se hérisse , s'indigne, l'attaque avec courage , tâche de le mettre en fuite, et fait tous ses efforts pour se délivrer d'une présence qui lui est odieuse ; jamais ils ne se rencontrent èans se fuir bu saus combattre, et combattre. à outrance jusqu'à ce que la mort suive. Si le loup est le plus fort, il déchire , il dévore sa proie; le chien, au contraire» phis généreux, se contente de la victoire, et ne trouve pas que le corps d'un ennemi mort sente bon; il l'abandonne pour servir de pâtuçe aux corbeaux, et même aux autres loups; car ils s'entre-dévorent; et lorsqu'un loup est grièvement blessé , les autres le suivent au sang et s'attroupent pour l'achever.

Le chien, même sauvage, n'est pas d'un naturel farouche ; il s'apprivoise aisément, s'attache, et demeure fidèle à son maître. Le loup pris jeune se prive, mais ne s'attache point; la nature est plus

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forte que Téducation ; il reprend avec l'âge son caractère féroce^ et retourne, dès qu'il le peut, à son état sauyage. Les chiens, même les plus grossiers,, cherchent la compagie des autres animaux; ils sont naturellement portés à les suivre , à les accompagner^ et c'est par instinct seul, et non par éducation, qu'ils, savent conduire ^t garder les troupeaux. Le loup est, au contraire, Tennemi de toute société; il ne fait pas même compagnie à ceux de son espèce : lorsqu'on les voit plusieurs ensemble , ce n'est point une société de paix , c'est un attroupement de guerre, qui se fait à grand bruit avec des hurlements affreux, et qui dénote up projet d'attaquer quelque gros antinal, comme un cerf , un bœuf, ou de se défaire de quelque redoutable mâtin. Dès que leur expédition militaire est consommée, ils se séparent et retournent en silence à leur solitude.

Le loup a beaucoup de force, surtout dans les parties antérieures du corps, dans les muscles du col et de la mâchoire. Il porte avec sa gueule un mouton , sans leJaisser toucher à terre , et court en même temps^plus vite que les bergers, en sorte qu'il n'y a que les chiens qui puissent l'atteindre et lui faire lâcher prise. Il mord cruellement^, et toujours avec d'autant plus d'acharnement qu'on lui résiste moins; car il prend des précautions avec les animaux qui peuvent se défendre. Il craint pour lui , et ne se bat que par nécessité, et jamais par un mouvement de

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c(Drurfi[ge : lorsqu'on lé lire et que la balle lui câs^é qiitîlquë m^mbt^, il erie ; et cependarit, Icrrsqtl'ôtt rsEÔhèVeà cOûps de hktôn, il tiù sef plaint pas<îOîmtte le chien ; il é^t plaâ dtfr, tftottiâ sensible , plus robuste : il mâfbbe, doùrt, rôde des jours entiers et des niiitB J il est infatigable, et c est peut-êlre de tous les animati^s le plus diffietle à forcera la course. Le chien est doux et coufagetx:; le loup, quoique féroce, ê^t timide. Lorsqu'il tombe daris Uii piège, il est dî fort et si longtemps épouvanté, qu'on peut ou le tuer sans qu'il se défemde, Ou le pTefndre vivant safls' qu'il ré&iste : on peut lui mettre un collier, 1 ehchaînef^ le musêter, le coûduiré enduite partout où YùH Veut, sans qa'il ose donner le moindre signe de colère od mènie de mécoûtentement. Le loup a les sens trèsboiis, l'œil, Toreille, et surtout l'odorat; ïl sent souvent de plus loin qu'il ne voit ; l'odeur du carùagé l'attire de plus d'une lieue ; ils sent aussi de loin tes animaux vivantâ, il lés chasse même assez longfenïps en les suivant aux portées. Lorsqu'il veut sortir du bois , jamais il ne manque de prendre le vent 1 il s'arrête sur la lisière, évente de tous côtés, et reçoit ainsi les émanations des corps morts ou vivants que le vent lui apporté de loin. Il préfère la chair vivante à la chair morle , et cependant il dévore le^ voiries les plus iûfectes. Il aime la chair humaine, et peut-être, s'il élait le plus fort, n'en mangerâit-il pfts d'autre. On a vu des loups snivré les armées,

arriver en nombre à des champs de bataille où Ton n'avait enterré que négligemment les corps , les dé* couvrir, les dévorer avec une insatiable avidité , et ces mêmes loups, accoutumés à la chair humaine , se jeter ensuite suf leÉ homdfie», attaquer le berger plutôt que le Iroupeau, dévorer des femmes, emporter des enfants, etc. L'on a appelé ces mauvais loup» loup$ garons^ c'est-'à'^dire loups dont il faat se gftrcr.

Désagréable ea tout ^ la imiie basse ^ Taspect saitvage, U voix effrayaote, Todedr îostipportable^ le natuf^t pertefS^ Im moBors fétfoee*, le loup Mt odieux, ouMiible de sod vivacd, itiiitile après ta mott.

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