‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 69 sur 126 · LA GIRAFE · texte numérisé non relu

LA GIRAFE

La girafe est un des premiers, des plus beaux, des plus grands animaux , et qui , sans être nuisible , est en même temps Tun des plus inutiles. La dis* proportion énorme de ses jambes, dont celles de devant sont une fois plus longues que celles de derrière, fsiit obstacle à l'exercice de ses forces; son corps n'a point d'assiette, sa démarche est vacillante ; ses mouvenients sont lents et contraints ; elle ne peut ni fuir ses ennemis dans Tétat de liberté, ni servir ses maîtres dans l'état de domesticité : aussi l'espèce en est peu nombreuse, et a toujours été confinée dans les déserts de TÉthiopie et de quelques autres provinces de l'Afrique méridionale et des Indes.

Quoique le corps de ces animaux paraisse disproportionné dans plusieurs de ses parties, ils frappent cependant les regards et attirent l'attention par leur beauté lorsqu'ils sont debout et qu'ils relèvent leur tête. La douceur de leurs yeux annonce celle de leur naturel. Ils n'attaquent jamais les autres animaux, ne donnent point de coups de tète, comme les béliers ;

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Leur cbair, surtout celle des jeunes , est assez

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et ce n'est que quand ils sont aux abois qu'ils se défendent avec les pieds , dont ils frappent alors la terre atec violence.

Le pas de la girafe est un amble ; elle porte ensemble le pied de derrière et celui de devant du même côté ; et » dans sa démarche , le cdips parait toujours se balancer. Lorsqu'elle veut précipiter son mouvement, elle ne trotte pas, mais galope en s*appuyant sur les pieds de derrière; et alors, pour maintenir l'équilibre , le cou se porte en arrière lorsqu'elle élève ses pieds de devant» et en avant lorsqu'elle les pose à terre; mais, en général, les mouvements de cet animal ^ne sont pas très -vifs; cependant, comme ses jambes sont très -longues, qu'elle fait de très- grands pas, et qu'elle peut marcher de suite pendant très-longtemps, il est difficile de la suivre et de l'atteindre, même avec un bon cheval.

Ces animaux sont fort doux, et Ton peut croire qu'il est possible de les apprivoiser et de les rendre domestiques ; néanmoins ils ne le sont nulle part, et dans leur état de liberté ils se nourrissent des feuilles et des fruits des arbres, que, par la conformation de leur corps et la longueur de leur cou , ils saisissent avec plus de facilité que l'herbe qui est sous leurs pieds, et à laquelle ils ne peuvent atteindre qu'en pliant les genoux.

Leur chair, surtout celle des jeunes , est assez

bonne à manger, et leurs os sont remplis d'une tnoelle que les Hottentots trouvent exquise ; aussi vont-ils souvent à la chasse des girafes , qu'ils tuent avec leurs flècbes empoisonnées. Le cuir de ces animaux est épais d'un demi-pouce. Les Africains s'en servent à différents usages ; ils en font des vases où ils conservent de l'eau.

Les girafes habitent uniquement dans les plaines ; elles vont en petites troupes de cinq ou six» et quelquefois de dix ou douze ; cependant l'espèce n'est pas très- nombreuse. Quand elles se reposent , elles se couchent sur le ventre , ce qui leur donne des callosités au bas de la poitrine et aux jointures

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