XA PERDRIX
Ces oiseaux se plaisent dans les pays à blé, et surtout dans ceux où les terres sont bien cultivées et marnées, sans doute parce qu'ils y trouvent uûe
nourriture plus abondante , soit en grains, soit en insectes, ou peut -être aussi parce que les sels de la marne, qui contribuent )si fort à la fécondité du sol, sont analogues à leur tempérament ou à leur goût. Les perdrix grises aiment la pleine campagne, et ne se réfugient dans les taillis et les vignes que lorsqu'elles sont poursuivies par le chasseur ou par Toiseau de proie ; mais jamais elles ne s'enfoncent dans les forêts, et l'on dit même assez communément qu'elles ne passent jamais la nuit dans les buissons ni dans les vignes.
En général, les perdrix grises font leurs nids sans beaucoup de soins etd'appréts. Un peu d'herbe et de paille grossièrement arrangées dans le pas d'un bœuf ou d'un cheval, quelquefois même celle qui s'y trouve naturellement, il ne leur en faut pas davantage : cependant on a remarqué que les femelles un peu âgées, et déjà instruites par l'expérience des pontes précédentes, apportaient plus de précaution que les toutes jeunes, soit pour garantir leur nid des eaux qui pourraient le submerger, soit pour le mettre en sûreté contre leurs ennemis, en choisissant un endroit un peu élevé et défendu naturellement par des l)rou8sailles.
Le mâle , qui n'a point pris part au soin de couver les œufs, partage avec la mère celui d'élever les petits ; ils les mènent en commun, les appellent sans cesse, leur montrent la nourriture qui leur convient.
et leur apprenDeot à se la procurer en grattant la terra avec leurs ongles.. Il n'est pas rare de les trouver accroupis l'un auprès de l'autre, et couvant de leurs ailes leurs poussins, dont les tètes sortent de tous côtés, avec des yeux fort vifs; dans ce cas, le père et la mère se déterminent dif&ciiement à partir^ et un chasseur qui aime la conservation du gibier se détermine encore plus difficilement à les troubler dans une fonction si intéressante ; mais enfin si un chien s'emporte, et qu'il les approche de trop près, c'est toujours le mâle qui part le premier, en poussant des cris particuliers , réservés pour cette seule circonstance ; il ne manque guère de se poser à trente ou quarante pas; et on en a vu plusieurs fois revenir sur le chien en battant des ailes, tant l'amour paternel inspire de courage aux animaux les plus timides ! Mais quelquefois il inspire encore à ceux-ci une sorte de prudence et des moyens combinés pour sauver leur couvée : on a vu le mâle, après s'être présenté, prendre la fuite, mais fuir pesamment et en traînant l'aile, comme pour attirer ^ennemi par l'espérance d'une proie facile, et fuyant toujours assez pour n'être point pris , mais pas assez pour décourager le chasseur, il l'écarté de plus en plus de la couvée : d'autre côté, la femelle, qui part un instant après le mâle, s'éloigne beaucoup plus et toujours dans une autre direction; à peine s'est -elle abattue, qu'elle revient sur-le-champ en courant le long des
sillons, et s'approche de ses petits, qui se sont blottis, chacun de son côté, dans les herbes et dans les feuilles; elle les rassemble promptement ; et, avant que le chien qui s'est emporté après le mâle ait eu le temps de revenir, elle les a déjà emmenés fort loin, sans que le chasseur ait entendu le moindre bruit.