‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 84 sur 126 · LE PIGEON · texte numérisé non relu

LE PIGEON

Il était aisé de rendre domestiques des oiseaux pesants, tels que les coqs, les dindons et les paons; mais ceux qui sont légers et dont le vol est rapide demandaient plus d'art pour être subjugués. Une chaumière basse dans un terrain clos suffit pour contenir, élever et faire multiplier nos volailles : il

faut des tours, des bâtiments élevés, faits exprès, bien enduits en dehors, et garnis en dedans de

nombreuses cellules , pour attirer, retenir et loger les pigeons. Ils ne sont réellement ni domestiques comme les chiens et les chevaux, ni prisonniers comme les poules ; ce sont plutôt des captifs volontaires , des hôtes fugitifs, qui ne se tiennent dans le logementqu'on leur offre qu'autant qu'ils s'y plaisent, autant qu'ils y trouvent la nourriture abondante , le gtte agréable, et toutes les commodités, toutes les aisances nécessaires à la vie. Pour peu que quelque chose leur manque ou leur déplaise^ ils quittent et se dispersent pour aller ailleurs ; il y en a même qui préfèrent constamment les trous poudreux des vieilles murailles aux boulins les plus propres de nos colombiers ; d'autres qui se gitent dans des fentes et des creux d'arbre; d'autres qui semblent fuir nos habitations, et que rien ne peut y attirer; tandis qu'on en voit^ au contraire, qui n'osent les quitter, et qu'il faut nourrir autour de leur volière , qu'ils n'abandonnent jamais.

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