LA PIE
La pie a le bec, les pieds, les yeux et la forme totale des corneilles et des choucas; elle a encore avec eux beaucoup d'autres rapports plus intimes dans l'instinct, les mœu^s et les habitudes naturelles ; car elle est omnivore comme eux , vivant de toutes sortes de fruits, allant sur les charognes, faisant sa proie des œufs et des petits des oiseaux faibles , quelquefois même des père et mère , soit qu'elle les trouve engagés dans les pièges , soit qu'elle les attaque à force ouverte ; on en a vu une se jeter sur un merle pour le dévorer; une autre enlever une écrevisse, qui la prévint en l'étranglant avec ses pinces, etc.
L'hiver elle vole par troupes, et s'approche d'autant plus des lieux habités qu'elle y trouve plus de
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ressources pour Vivre, et que la rigueur de la saison lui rend ces ressources plus nécessaires. Elle s'accoutume aisément à la vue de l'homme, elle devient bientôt familière dans la maison et finit par se rendre la maîtresse. J'en connais une qui passe les jours et les nuits au milieu d'une troupe de chats et qui sait leur imposer.
Margot est le nom qu'on a coutume de lui donner, parce que c'est celui qu'elle prononce le plus volontiers ou le plus facilement ; et Pline assure que cet oiseau se plaît beaucoup à ce genre d'imitation , qu'il s'attache à bien articuler les mots qu'il a appris , qu'il cherche longtemps ceux qui lui ont échappé, qu'il fait éclater sa joie lorsqu'il les a retrouvés, et qu'il se laisse quelquefois mourir de dépit lorsque sa recherche est vaine , ou que sa langue se refuse à la prononciation de quelque mot nouveau.
En général^ elle montre plus d'inquiétude et d'activité que les corneilles, plus de malice et de penchant à une sorte de moquerie. Elle m6t aussi plus de combinaison et plus d'art dans la construction de son nid^ elle multiplie les précautions en raison de sa tendresse et des dangers de ce qu'elle aime :.elie place son nid au haut des plus grands arbres ^ eu du moins sur de hauts buissons, et n'oublie rie» pour le rendre solide et sûr; aidée de son mâle, elle le fortifie extérieurement avec des bûchettes flexibles
et du mortier de terre gâchée , et elle le recouvre en entier d'une enveloppe à claire -voie, d'une espèce d'abatis de petites branches épineuses et bien entre-
lacées; elle n'y laisse d'ouverture que dans le côté le mieux défendu, le moins accessible, et seulement ce qu'il en faut pour qu'elle puisse entrer et sortir. Sa prévoyance industrieuse ne se borne pas à la sûreté, elle s'étend encore à la commodité; car elle garnit le fond du nid d'une espèce de matelas orbiculaire, pour que ses petits soient plus mollement et plus chaudement; et quoique ce matelas, qui est le nid véritable , n'ait qu'environ six pouces de diamètre, la masse entière, en y comprenant les 0U7 vrages extérieurs et l'enveloppe épineuse, a au moins deux pieds en tout sens. Tant de précautions ne suffisent point encore à sa tendresse, ou, si l'on veut , à sa défiance ; elle a continuellement l'œil au guet sur ce qui se passe au dehors. Voit -elle
approcher une corneille , elle vole aussitôt à sa rencontre, la harcelle et la poursuit sans relâche et avec de grands cris, jusqu'à ce qu'elle soit venue à bout de récarter. Si c'est un ennemi plus respectable, un faucon, un aigle, la crainte ne la retient point, et elle ose encore l'attaquer avec une témérité qui n'est pas toujours heureuse. Ce que les chasseurs racontent de ses connaissances arithmétiques est étrange ; mais ces prétendues connaissances ne s'étendent pas au delà du nombre cinq.