LE GEAI
Les geais sont fort pétulants de leur nature ; ils ont les sensations vives, les mouvements brusques, et, dans leurs fréquents accès de colère, ils s'emportent et oublient le soin de leur propre conservation , au point de se prendre quelquefois la tète entre deux branches, et ils meurent ainsi suspendus en l'air ; leur agitation perpétuelle prend encore un nouveau degré de violence lorsqu'ils se sentent gênés, et c'est la raison pourquoi ils deviennent tout à fait méconnaissables en cage , ne pouvant y conserver la beauté de leurs plumes, qui sont bientôt
cassées^ usées , déchirées , flétries par un frottemeot continuel.
Leur cri ordinaire est très -désagréable, et ils le font entendre souvent ; ils ont aussi de la disposition à contrefaire celui de plusieurs oiseaux qui ne chantent pas mieux , tels que la crécerelle , le chathuant, etc. S'ils aperçoivent dans les bois un renard, ou quelque autre animal de rapine, ils jettent un certain cri très- perçant, comme pour s'appeler les uns les autres , et on les voit en peu de temps rassemblés en force, et se croyant en état d'imposer par le nombre , ou du moins par le bruit. Cet instinct qu'ont les geais de s'appeler, de se réunir à la voix de l'un d'eux, et leur violente antipathie contre la chouette, ofiFrent plus d'un moyen pour les
attirer dans les pièges , et îl ne se passe guère de pipée sans qu'on en prenne plusieurs; car, étant plus pétulants que la pie, il s'en faut bien quils
soient ausgi défiants et aussi rusés. Ils n'ont pas non plus le cri naturel si varié , quoiqu'ils paraissent n'avoir pas moins de flexibilité dans le gosier, ni moins de dispositions à imiter tous les sons^ tous les bruits , tous les cris d'animaux qu'ils entendent habituellement, et même la parole humaine. Le mot Richard est celui, dit -on, qu'ils articulent le plus facilement. Ils ont aussi, comme la pie et toute la famille des choucas, des corneilles et des corbeaux, l'habitude d'enfouir leurs provisions superflues , et celle de dérober tout ce qu'ils peuvent emporter : mais ils ne se souviennent pas toujours de l'endroit où ils ont enterré leur trésor ; ou bien , selon l'instinct con^mun à tous les avares, ils sentent plus la crainte de le diminuer que le désir d'en faire usage, en sorte qu'au printemps suivant les glands et les noisettes qu'ils avaient cachés et peut-être oubliés, venant à germer en terre et à pousser des feuilles au dehors, décèlent ces amas inutiles, et les indiquent, quoique un peu tard, à qui en saura mieux jouir.