LE LORIOT
I^s loriots font leur nid sur des arbres élevés , quoique souvent à une hauteur fort médiocre ; ils le façonnent avec une singulière industrie, et bien différemment de ce que ifont les merles, quoiqu'on ait placé ces deux espèces dans le même genre. Ils rattachent ordinairement à la bifurcation d'une petite branche , et ils enlacent autour des deux rameaux qui forment cette bifurcation de longs brins de paille ou de chanvre , dont les uns , allant droit d'un rameau à Tautre, forment le bord du nid jar devant, et les autres, pénétrant dans le tissu du nid, ou passant par -dessous et venant se rouler sur le rameau opposé, donnent la solidité à l'ouvrage. Ces longs brins de paille ou de chanvre, qui prennent le nid par- dessous en sont l'enveloppe extérieure ; le matelas intérieur, destiné à recevoir les œufs, est tissu de petites tiges de gramen^ dont les épis sont ramènes sur la partie convexe, et paraissent si peu dans la partie concave, qu'on a pris plus d'une fois ces tiges pour des fibres de racines ; enfin , entre le matelas intérieur et l'enveloppe extérieure, il y a une quantité assez considérable de
mousse 9 de lichen et d'autres matières semblables, qui servent, pour ainsi dire, d'ouate intermédiaire, et rendent le nid plus impénétrable au dehors et tout à la fois plus mollet au dedans. Ce nid étant ainsi préparé , la femelle y dépose quatre ou cinq œufs , dont le fond blanc sale est semé de quelques petites taches bien tranchées, d'un brun presque noir, et plus fréquentes sur le gros bout que partout ailleurs ; elle les couve avec assiduité l'espace d'environ trois semaines, et lorsque les petits sont éclos, non -seulement elle leur continue ses soins affectionnés pendant très-longtemps, mais elle les défend contre leurs ennemis, et même contre l'homme, avec plus d'intrépidité qu'on n'en attendrait d'un si petit oiseau. On a vu le père et la mère s'élancer courageusement sur ceux qui leur enlevaient leur couvée, et, ce qui est encore plus rare , on a vu la mère prise avec le nid continuer de couver en cage et mourir sur ses œufs. Les loriots font la guerre aux insectes, et vivent de scarabées, de chenilles, de vermisseaux, en un mot, de ce qu'ils peuvent attraper; mais leur nourriture de choix, celle dont ils sont le plus avides, ce sont les cerises, les figues, les baies de sorbier, les pois, etc. Il ne faut que deux de ces oiseaux pour dévaster en un jour un cerisier bien garni, parce qu'ils ne font que becqueter les cerises les unes après les autres , et n'entament que la partie la plus mûre.