‹ Œuvres choisies de Campanella: précédées d'une noticeChapitre 44 sur 70 · UNIES ENSEMBLE · texte numérisé non relu

UNIES ENSEMBLE

PRËUIËRE GANZONE.

Dieu tout-puissant, bien que l'inébranlable loi du destin et une longue expérience de l'inutilité des prières que je t'adresse et que tu exauces toujours contrairement à ce qu'elles te demandent m'éloignent de ta présence, voyant que tout autre secours me manque, je reviens, obstiné, vers toi. Si je pouvais trouver un autre Dieu, c'est à lui, oui, c'est à lui que je m'adresserais. Et l'on ne pourrait pas m'appeler impie, parce que je me tournerais vers celui qui me serait favorable, tandis que toi, tu me repousses. De grâce. Seigneur, pitié ! pitié ! car je] m'égare ; aie'pitié de moi avant que le temple de l'intelligence ne devienne une mosquée de la folie.

lis POÉSIES

Je sais bien qu'aucune parole humaine ne peut attirer ton amour sur celui que de toute éternité tu ne destinais pas à être aimé de toi. Je sais que ta volonté ne peut se repentir, et que toute Téloquence de la sagesse mondaine ne pourra exciter ta pitié» si tu as décrété que mon être se dissolve au milieu des misères qui m'environnent. Mais pourquoi te dire, à toi qui en es Fauteur, mes tourments, que le ciel, la terre et tous connaissent ? Si tout changement est une mort, Dieu immortel que j'adore, comment feras-tu pour changer ma destinée ?

Je reviens demander grâce à celui vers lequel me pousse la douleur. Je n'ai pas, il est vrai, assez d'éloquence pour attendrir un tel juge; mais ce qui me nuira ne sera pas du mdns le manque de foi, d'espérance et de charité. Si dans ce monde (comme l'enseignent plusieurs) la souffrance purifie l'âme et la rend digne de ta grâce, on ne peut trouver sur les Alpes un cristal plus pur que ma pureté. J'ai traversé dnquante prisons, j'ai subi sept tortures, douze ans d'injures et de privations, et je suis encore au fond de l'abîme.

Nous étions tous dans les ténèbres ; les uns étaient assoupis dans l'ignorance, et des musiciens gagés berçaient leur

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sommeil infâme; d'autres veillaient et prenaient les honneurs, la fortune et le sang d*autrui ; ils faisaient les maris d& tous les sexes et gourmandaient ceux qui étaient dans Taffliction. J'allumai un flambeau ; la nuit qui protégeait les forfaits disparut; mais voilà que les concussionnaires et les envieux, comme un essaim d'abeilles irritées^ fondirent sur moi pour venger ceux-ci leurs crimes découverts, ceax-là les voluptés interrompues de leur sommeil de bmtes» et les brebis s'entendirent avec les loups contre les chiens courageuXy et je suis resté la proie de leur voracité.

Grand pasteur, défends, de grâce, ton chien, ton flambeau des loups et des voleurs ! Fais connaître la vérité au troupeau ignorant ; car si tu laisses mépriser ma voix et ma lumière, ta voix divine et ton soleil seront aussi méprisés; ou si tu me punis d'un crime que j'ignore, donne-mci ta grâce pour m'en corriger; si tu ne me fais connaître mon erreur, je ne mérite pas d'en être puni. Je tiens toujours mon œil ouvert à ta splendeur, est-ce ma faute si elle n'arrive pas jusqu'à moi ? Tu délivres Bocca et tu fais Gilardo ton envoyé (2) ; pourquoi ? — L'intelligence te manque-t-elle ou la puissance ?

(1) Deux personnages de Tépoque^

Je parle avec toi, Seigneur, parce que tu me comprends; peu niMmporte les accusations d*au(rui. Je confesse que tu as de la sollicitude pour Tunivers, et que tu ne veux le mal d'aucune de ses parties, bien que tu les changes une h une pour le bien de Tensemble ; et c'est en quoi consiste l'harmonie de la nature. Nous appelons le mal et la mort de la qualité ou de l'essence pariiculière, ce qui est la vie animée et rhenreuse prospérité du tout, bien que le tout paraisse nuire aux parties. Ainsi, dans mon corps je vois la vie et la mort de plusieurs parties unies pour le bien de tout.

Il n'y a doncpoint de mal dans le monde, et je souffre des maux innombrables pour le bien des autres parties et du tout. Mais si tu permets, ô mon Dieu, aux moindres parcelles de t^lnvoquer, si tu dispenses tes grâces sur tous les êtres, si tu adoucis leurs changements, en tempérant avec tendresse la nécessité, le destin et l'harmonie, la puissance^ l'intelligence et l'amour, oh ! j'espère, en revenant t'implorer de nouveau, que tu trouveras un remède pour adoucir mes terribles souffirances, ou que tu, me délivreras du doux et cruel amour de la vie.

DE CAMPANEUA. 121

Rien n'est au monde qui ne change, rien qui ne se plaigne de changer, et qui ne prie Dieu de soulager sa douleur. Il en est quelques uns qui sont exaucés, selon que tu Tas décidé de toute éternité, et beaucoup ne le sont pas. Comment donc savoir ce que je dois te demander, moi qui n'étais pas présent à ce que tu décidas dans ta toute puissance ? Donne-moi enfin quelque lumière qui me fasse entrevoir que la prière que je t'adresse dans la pureté de mon cœur sera exaucée, afin que j'espère te faire changer ta cruelle sentence et que le champ bien cultivé ne soit pas sans moisson.

La culture de mon champ, que j'ai labouré pour toi, me donne l'espoir que ma prière n'est pas destinée à être confondue, et qu'elle obtiendra merci devant toi, qui as tout prévu de toute éternité. Mais j'espère plus encore dans le soleil de l'intelligence, qui féconde mon champ et qui détruit les influences de tous les astres contraires. Le Christ, sachant qu'il ne pouvait éviter le calice amer, pria cependant, et range répondit qu'il fallait mourir. Moi, j'ai reçu une ré^ ponse favorable, après avoir prié.

Omoii hymne! dis au Seigneur : « Celui qui par ta vo- » Imité gît dans les fers, au fond d'une fosse, te demande » comment il lui serait possible de voler sans avoir des ailes. » Envoie-lui dire, ou dis-lui toi-même, si la fatale roue de » la fortune tourne avec justice, ou si Ton trouve au ciel 6 une bouche menteuse. » Mais attends, tu paraîtras trop audacieuse, sans ta compagne qui va parler.

r;^ DEUXIEME CANZONE.

Puisque tu as voulu que la semence fût bien semée, ta veux sans doute que la moisson soit bonne. Pourquoi donc le résultat équitable tarde-t-il? Pourquoi fais-tu les étoiles et donnes-tn tes dons à pins d'un prophète, si tout cela est en vain? Pourquoi Tennemi met-il en défaut les forces et les Tolontés divines? £t pourquoi fais-tu retomber sur moi ies malheurs que méritent mes persécuteurs? Pourquoi cette terre animée blasphème-t-elle sous le poids du destin et niet-dle Dieu, s'il ne se trompe pas ? Et pourquoi m*enveioppesta de tant de douleurs, moi qui t*aime? Tant que j'étais dans l'ignorance et dans le doute, j'obtenais tes faveurs;et maintenant que je t'adore, je suis plongé dans un abîme de misères»

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Puisque tn m'exauçais'pécheur, pourquoi ne m'exaucestu plus, lorsque je suis repentant ? Pourquoi rendis-tu la liberté à Bocca, qui blasphème ton nom, et me laisses-tu dans Tinfortune, la proie de mes ennemis et le jouet des traîtres? Voilà donc le coursier ailé que tu m*aTais promis? Chaque tyran maltraite les tiens, mais du moins il récompense ses flatteurs, tandis que tu affliges sans pitié tes fidèles et que tu laves dans leur sang les fautes des autres. Gomment s'étonner après cela que le crime grandisse, que les vices et les péchés se multiplient, qu'à notre confusion les méchants se vantent d*être les seuls heureux !

Cependant je prends toujours ta défense auprès de mes amis. Je leur dis que tu réserves une autre vie pour récompenser les tiens; que les méchants sont toujours malheureux dans leur conscience , que toujours les âmes superbes sont tourmentées par la colère, l'ignorance et les soupçons, et que leurs injustes prospérités finissent par s'écrouler. Mais mes amis me demandent pourquoi, si les méchants sont intérieurement malheureux, tandis que nous ne le sommes qu'en apparence, pourquoi ta volonté se complaît dans notre malheur, et pourquoi, si les autres êtres et nous, fils d'Adam , devons nous transformer pour le bien du tout,

1 2k POÉSIIiS

pourquoi une pareille uiulatiou uo s'accomplit-elle pas sans" douleur.

Il est vrai que si elle se faisait sans douleur, les chose» n'auraient ni sentiment ni jouissance, un contraire ne sentirait pas son contraire ; s'il n'y avait plus entre eux de combat, il n'y aurait plus de génération et le cahos immense absorberait la création. C'est pourquoi il faut que, dans le moment où elle doit changer, une chose sente, pour qu'elle résiste à l'autre et qu'elle se transforme exactement, suivant la volonté qui régit le monde; or, ici ton intelligence m'a vaincu. Seigneur! après avoir disputé avec toi, fatigué, abattu, j'efface mes arguments et je passe à un autre sujet.

Je nie disais, doutant de mon propre jugement: de même que je me soucie peu de la destruction, des fruits et des animaux dont je me nourris, et que je suis sans pitié pour les vers qui sont eu moi et que je détruis, ainsi le soleil, père des hommes, et la terre, leur mère, détruisent leurs enfants ; ainsi Dieu ne paraît prendre aucune pitié de nos maux, mais s'intéresser seulement an tout. De là vient qu'il se plaitpour sa sa gloire à nous faire passer de vie en vie ; car on ne sort jamais du cercle qu'il trace. Peut-ôtrc aussi Dieu se transforme <t-il doucement comme Prot{c, et dans ce changement

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absorbe- t-il la nature. J*ai avancé des choses plus incroyables.

Mais non, je reconnais que tu es immuable; cai* les prières et les changements de chaque être furent prévus par toi et rien ne t*est nouveau. Je comprends que ta première volonté ait pu se diviser en deux volontés composées d'être et de non être; l'tme de ces volontés forme la créature et l'autre la fait agir. Je comprends que la créature est par toi et non par elle-même. Car par elle-même elle change et par toi elle résiste au néant et s'efforce de tMmiter. Elle cherche à représenter ton idée en passant par des transformations successives, car^ n'étant pas infinie, elle ne peut représenter ridée infinie en une SQule transformation. Voilà ce qui cause la douleur dont le bien résulte.

Les erreurs de la nature, qui sont, je le déclare aussi, la source de celles de notre existence, ne viennent pas de toi, ô mon Dieu ! mais ont leur origine dans la guerre continuelle des contraires, et cette guerre vient du néant. 11 ne te convient pas de finir cette lutte et défaire qu'une chose en soit une autre; car le bien qu'amènent tant de changements n'aurait plus lieu; ta gloire cesserait d'être écrite .dans les êlres iauonibiables qui se transforment, et qui sont heureux,

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quand ils m raHMrocbeDt de ton essence »^ et malheureux, quand ils tendent à la mutation à laquelle le néant les appelle. D'où je conclus que ta sagesse ne sommeille pas, mais que moi, absorbé dans le néant, je m'égare.

De même que le fer^ matière impure, se rouille, s'il n'est pas travaillé par le forgeron, de même les cboses nées du néant tendent toujoiirs à retom-ner au néant. Mais Dieu empêche qu'elles s'annullent, et les fait passer «i une existence nouTeHe» S'il nous translorme, nous et nos fautes, nous ne deroDs pas nous plaindre, maislui rendre grâces ; et je dois le bénir plus que tout autre, moi qui vaut moins et qui, pour mon indignité, subis tant d'infortunes! iVlaissi avec des lambeaux de Tieux linges nous faisons, du papier qui sert à nous immortaliser, que ne fera»*tu pas de nous, ô mon iMeu, toi qui en sais plus que nous !

Mais pourquoi aî-je été plus exposé qu'un autre aux misères de hi vie? C'est parce qoe sans doute je dois attendre aussi un mei&eur sort dans cette vie ou dans l'autre. Dîeo montre sa force dans atrtruî et sa sagesse en moi ? Mais poùrquc n'a-t-î! pas rétmi sa force et sa sagesse en moi ? jparce que je suis partie et non tout. Pourquoi David fut-il à la fbîsfortet sage? Parce que cela était alors nécessaire et qtre ce ne l'est pfcrs aujoufd'bui. Mais pourquoi tout

D£ CAMPA]N£LLÂ. 127

cela esMi ainsi et non autrement ? Seulement parce que Tordre fatal le veut, et que Dieu Ta décidé de fa sorte. Matheureux ! pfus je cherche à savoir et moînis je sais î Ayez pitié de mol, Seigneur ! si vous poirvez abréger mon mal, sans vous détourner de vos autres volontés.

O mon hymae ! dis h mon Seigneur que je confNreiidi que toute chose poorraH être melDeiire eii soi, mais imni Bieilleore poor Fensemble de Vwûfen; qtie m toi» le» astrar, qfri, cofDDMi moi, aspirent h être pli» grands, étaient les égaux do sekil, ils seraient déjâi dispersés* Mais j'ai d'antres choses à lui dire. Attends ta trcisRine sœnr, |qai to tardera pas à parler. Toi, tn resteras an Miien et pem-étre tn scrats ainsi pins forte.

TROlSiËlUË CANZONË.

Je viens ^ toi, Seignetn* totrt-ptrî»anl, Dietr ifltge par excellence, être tout d'amour, premier et ttnfqoe. Pardomienons notre faate or^inelfe ; que la fetafe sentence cesse désorn&ais; que les hommes ne se nuisent pins les cms atrx autres ; qu'ils reviennent, ainsi qne je les y invite» à ta loi natareHe dont, ris se sont écartés potfr tomber dans pki-

sieurs erreurs; chacun cherche à se faire le Dieu des autres, à éblouir le malheureux peuple qu*on force, par une crainte aveugle, à persécuter ceux qui Taiment C*est pour leur avoir prêché la lumière primitive que je suis dans les fers.

O mon Dieu ! je te prie, par Tunité vivante et vraie, ennemie de la discorde, de la mort et de la fraude; par la puissance universelle, par Tintelligcnce première et par le premier amour qui ne fout qu'un. Délivre*nous des maux suscités par les ennemis du courage, de la raison et de l'amour, c'est-à-dire la tyrannie, le sophisme et l'hypocrisie, qui se répandent partout et qui poussent le corps et l'âme à se combattre aveuglement au milieu de pièges et de labyrinthes où il ne faut point s'engager, quand on n'est point fort Hélas ! j'en suis un exemple, moi, à qui tu donnas la clef pour en sortir sans me donner des armes.

Par les mêmes qualités, essence, vérité et bonté, si je parviens à démasquer ceux qui se cachent derrière de fausses vertus pour nous opprimer, je te prie de nous pardonner la faute originelle. .Jusqu'à présent quia jamais vu sur la terre ta volonté faite comme elle Test dans le ciel? Qui a pu déchirer le voile de Tignorance et secouer le joug de l'impiété? La liberté seule nous rendra forts, sages et heureux. L'expo-

rience de six milic ans nous démontre que le contraire amc nerait notre ruine.

Oh! fais, je t*ea prie, je t'en supplie et je t'en conjure, par les grandes influences qui affermissent le règne de Tunivers, h nécessité, la destinée et l'harmonie, tes filles et non tes égales {!) ; par Tespace, qui est la base de tes desseins ; par le chaud ot par le froid, grands générateurs; par le ciel ca par la terre, par les fruits de leur opposition, par le temps, par tes statues vivantes, les étoiles, les hommes et les animaux, et par toutes les autres choses de la création ; par le Christ, ton intelKgence et ta raison première, oh ! fais que je sois délivré de ma longue et cruelle captivité !

Si tu me délivres, je té promets de prêcher à toutes les nations un Dieu libérateur, vrai et vivant ; si la fin à la((uellc ta me destines n'est pas trop indigne d'une aussi grande pensC-e, je te promets d'abattre les idoles et de détruire le culte de tout faux dieu et de tous ceux qui se servent de Dieu et ne servent pas Dieu. Je te promets d'élever l'étendard de la r«8on pour combattre le vice honteux, d'appeler à la liberté les âmes esclaves et d'humilier les superbes, et de ne pas chanter les hymnes nouvelles dans des temples de fange

(1) Gonlralremenl à la pensée des Païens qui les déifiaient.

qu'insultent la foudre et les animaux, et par lesquels Sion dépérit, mais de te faire un temple du ciel, et des autels des étoiles»

Par pitié ! que Tamour éternel s'attendrisse sur ma misère, et que rintelligence suprême attire sur moi la compassion de la force divine ; tu vois, ô mon Dieu I sans que je te le dise, le dur supplice de mon long enfer. Voilà douze ans que je souffre et que je répands la douleur par tous les sens ; mes membres ont été martyrisés sept fois ; les ignorants m*ont maudit et bafoué; le soleil a été refusé à mes yeux; mes muscles ont été déchirés, mes os brisés, mes chairs mises en lambeaux ; je couche sur la dure, je suis enchaîné, mon sang a été répandu ; j'ai été livré au plus cruelles terreurs; ma nourriture est insuffisante et corrompue. N'en est-ce pas assez, ô mon Dieu ! pour me faire espérer que tu me défendras!

Les puissants de ce monde se font un marche-pied des corps humains; des oiseaux captifs de leurs âmes ,une boisson de leur sang, de leurs chairs une pâture à leurs cruautés, de leurs douleurs et de leurs larmes un jeu pour leur rage impie; de leurs os des manches aux instruments de torture usés à nous faire souffrir, et de nos membres palpitants des espions et de faux témoins, qui nous font nous accuser quand

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nous sommes innocents. Ils veulent que tonte langue maudisse la yertu et exalte leurs vices ; mais du haut de ton tribunal tu vois tout cela mieux que moi, et si ta justice outragée et le spectacle de mon supplice ne suffisent pas pour t'armer, que du moins, Seigneur, le mal universel t*émeuve, car ta Providence doit veiller sur nous !

Viïl.

Soit par fatalité, soit à cause de mon peu de mérite, si je n'étais pas digne d*avoir sept montagnes (1) et de posséder de nouvelles sciences et une volonté ardente, pourquoi m'asta donné, pour réunir la grande assemblée, le premier cheval blanc (2), Tintelligence et la force de vaincre tant de bourreaux? Tous les prophètes que tu envoies sont donc menteurs? £t tout âme sainte qui espère voir ta justice attendra donc en vain, tandis que les méchants triomphent ? Ta divinité méconnue a besoin, à cette heure où elle se tait comme une idole muette, de prodiges plus grands encore que ceux qui furent vainqueurs des monstres de Samarie, d'Egypte et de Chaldée.

O hymnes ! nées toutes trois jumelles de ma tête aux sept monts, au son dolent de ma cloche rêveuse qui berça votre

(1) Allusion à la conformation de sa tête.

(2) Le cheval blanc est le signe allégorique de Tordre des dominicadns.

enfantement, allez vers le Seigneur, la figure et la voix tristes, et criez-lui : ayez pitié de la douleur de notre père ! allez, et qu'aucune de vous ne revienne vers moi des sphères éternelles, si ce n*est pour m*annoncer le terme heureux promis à mon histoire (soit que le messager ait été véridlque ou menteur) (3), et pour me chanter au retour: vive! vive Campanella !

(V) Ln personne qui lui avait fiilt espérer sa délivrance.

1>£ CAMPÀNELLA. 133

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