IV
AU MEME
De sa prison.
TRES-ILUISTnE SEIGNEUR,
Je viens de nouveau vous supplier de presser mes deux affaires : la permission que frère Denis de Castelvetere aille. 5 Rome, et le mémoire du père Général au roi catholique,
pour me réclamer au nom de mon ordre. Parce que
.a répondu durement aux propositions de
l'iiluslrc lîarberino, et il ne feint 'de me regarder comme
S4^ ^xxfi]E;s
49iigiBmi^ 41»» pour «'exempter de d^ndre an booiip^ dont rinnocence est connue de tou3. Je tous supplie encore d'engager M. Schoppe à en dire deux mots à Sa Sainteté en lui présentant mon livre : du Gouvernement Ecclésiastique; car Favilla, qui est d'une timidité désespérante, se refuse depuis un an \ le faire lui-même.
Ainsi, n'attendez pas qu'il se décide à solliciter pour moi, mais chargez vous vous-même de ce soin avec le chevalier del Pozzo. Je suis à vos ordres, et je prie Dieu de vous accorder ses faveurs. Amen.
Au reste, vous pourrez agir autrement que je ne vous l'indique, suivant ce que vous conseillera votre prudence.
Je suis désespéré d'ap^eodr^ que plusieurs copies du
Reminiscetur ont élé répandues à Naples et
s'en servent comme s'il était d'eux. Favilla ne veut pas traiter de rimpresslon. Vous voyez donc bien qu'il faut que frère Denis aille à Rome,
Je suis, etc.
Thomas Campanella.
llfapies,15ftoAU«M,
D£ CAMPANÊLLA. 2^5
AU MEME
De sa prison.
TBES-ILLUSTHE SElGNEURt
Celui qui tous (irésentera cette lettre, tkfû Jean-^Cliarieâ Coppula, tti<m disciple. Ta négotier mes affaires auprès de 9s Sainteté, je vùùi supplie de faire etlsorteqalIiiemanf|uepas l'audience de Sa Sainteté, ainsi que celle du tuès-iliustre Bar<« berino ; de grâce, aidez-le dans ses négociations. Je crois que tous troUTerez sa coufersatlon très^agréabte, car c'en un fiôUime d'un rare esprit et d'utte sateie terto* J'eqidre ftm^ toir un jour tous ' prouter ma reooniialsstBce k Rome mêdie ; tnou espoir est en Dieu. Je wk eonnat tùojmtê i totre serriee, et je prie Dieu de tous eûToyer te pontirir dé tenir eu aide à tous les homnies tertaeux (^primés e» ftaMe. Amen.
Je suis, etc.
TbOIAS CâSPAliniLA*
Ifapics. iSsoplembre M»a<.
2/iii LETTRES
AU MEME
TRES-ILLUSTRE SEIGNEUR
Avant tout, je tous dirai ce que vous devez déjà savoir ; c*est que, pour fuir les persécutions et les trahisons dont j'étais la victime à Rome et à Naples, je me suis réfugié auprès du roi très-chrétîen. J'y ai trouvé tant d'humanité, de franchise, de bien-être, de sûreté, de repos, que je vois bien que Dieu a voulu consoler ma vieillesse.
Ce n'est pas qu'il n'y ait ici comme autre part quelque danger à craindre et dont il faille se garantir; mais pour ce qui regarde Sa Majesté très-chrétienné, elle m'a traitée si honorablement en présence dé tant de gentilshommes, qu'aucun prince, soit laïque, soit ecclésiastique ne peut se vanter d*avoir été aussi bien reçu d'elle que je l'ai été. J'écris tous les détails de ma réception à son excellence de Noailies, mon libérateur ; il vous dira par combien de pièces de vers j'ai été salué, combien de cadeaux m'ont été adressés, et quelle pension le roi m'a accordée; il vous donnera encore d'autres détails. Je vous en parle également, parce que je vous suis
DE GAMPANËLLA. 2&5
tout dévoué, et aussi parce que Virgile dit : Pauca tamen
subei'unt prisccB vestigxa fraudxs ; sachez
qui ju$qu*à présent ont écrit de Rome contre moi ; mais tout ce que les satellites de TÂchitopheliste (1) ont fait pour me nuire est devenu une honte peureux. Gloire à Dieu. Loisde mon passage à Aix, après avoir loué dignement Sa Sainteté et son éminence fiarbcrino^ dans la maison de monseigneur de Peiresc (qui mérite toutes les louanges, et qui est digne
d'honorer la pourpre romaine « si les maîtres
\ouiaient y penser un peu), on parla de vous avec de grands éloges.
Vers le 30 octobre, je trouvai à Aix une feuille imprimée de ma Médecine. Puis, à Lyon, j'appris que quatre livres en avaient été publiés. Comme j'étais habillé d'une manière assez étrange et que je passais incognito, je me bornai à dire à rimprimeur que Gampanella n'était pas content de la manière dont son livre était imprimé. J'arrivai vers la fin de novembre à Paris. Je restai vingt jours consécutifs chez mon* seigneur de SaiiU-Flour, homme d'une bonté et d'une oUir geance incomparables. Il parle peu, mais agit beaucoup. J'étais déjà son obligé, car son frère (le comte de Noailles) a été mon libérateur; mais la manière dont il s'est conduit à mon égard a doublé mes obligations envers sa famille. En arrivant j'écrivis à monseigneur le nonce Bolognetti, puis» quand je fus remis des fatigues du voyage, et que j'eus ro-
(1) Le mot est presque illisible dans le mauuscril ilalien. Peutèlrc vcul-il faire allusion à la trahison d'Arhitopbcl.
2û6 LETTRES
pHs tùtf^ habits de moine, j'allais le tisiter et Je me mis tout entier à ses ordres» eotmne je le devais an représentant de $a Sainteté. 11 mé reçut très-bien et me pria de ne rien im«primer Sans loi en faire psrt je lui dis ce qui était tmi, qde j*dYais écrit d'Ait au Pape de me donner pour juges le car-* dinal de Richelieu et la Sorbonne, et que j*atais écrit dand le même sens à son Eminence Barberino, en ajoutant que je n'Agirais Jamais contre leur fOlonté, autant par devoir de religion que par la reconnaissance que Je dois à Sa Sainteté.
La Prédestination Tient d*êlre imprimée. Le nonce ise plaint de moi, comme si j*en avais moi-même dirigé rim** presâoD en secret, aûn de me soustraire à sa censtire. Il a cbercbé à empêcher le privilège de m'être accordé; maïs le garde des sceaux l'avait déjà prévMia, sans que j'eusse be« soin de lui en parler, sachant bien que je n'y suis pour rien, mftis que c'est M. Gaffarello qui a tout fait, puisque c'est lui qui a apporté le livre de Venise. Notre Saint Père ainsi qae Je Saint Office savent également que j'ai donné tons mes livres à Schoppe, à Don Virginie Césarini et à tout le rmmie (1). Favilla m'écrivait, en outre, lé 20 décembre, que vous lui avee fait voir les quatre livres de ce même ouvrage, ce qui prouve évidemment qu'il vous était déjà parvenu à dette époque, avant mon arrivée à Paris, et par conséquent avani que J'eusse vu le nonce.
Je vous supplie de dire tout cela à Monsieur le cardinal, (1) C«Ue phrase est en frauçâis dans l'origihal.
DE GAMPANEUA '2til
mon maître, afinqa*il sache que je suis orthodoxe, comme je le fus toujours, et que je ne ferai jamais rien dont il puisse me blâmer. Si le Nonce écrÎTait, car ces Messieurs italiens et
espagnols l'ont un peu gagné On m V
fertit qu'il a dit que je parlais mal des Espagnols dans ce livre. Or, je n'ai jamais dit de mal de ces gens-là, ni verbalement, ni par écrit Je suis venu pour la paix et non pour la discorde. J'attends la permission de Monsieur le cardinal et les écrits faits sur les poèmes de sa Sainteté, en mémoire de ses bienfaits et de sa protection, protection qu^on à cherché à m'enlever en s^adressant à l'Espagne. On a commencé par m'emprifionnert et à présent on me retient loin de l'Italie, tout cela ptr envie. Que Dieu leur pardonne et ouvre leurs yeux à la vérité ! Je sais tot^ours à vos ordres et je pria Dieu «té «.i.ké moi*
Je suis, etc.
ThOBIAS CAIIPAlfELlA.
Paris, 14 Blan I6â5.
AU MEME
TRES-ILLUSTRE SEIGNEUR
Votre lettre m'a été on ne peut plus agréable, surtout a cautô de la personne qui me renvoyait et de l'intention dans laquelle elle m'était écrite. Je tous remercie du fond de Tâme de tous vos bons offices auprès de son éminence Barberino, auquel je dois deux fois la vie, en sa qualité d'ami de notre très-saint Père.
Je désire vivement que son éminence soit bien persuadée que, loin de vouloir lui fair^e éprouver le moindre déplaisir, je suis disposé à la servir en tout et partout Le temps marche, et Ton verra bientôt combien je m'emploie à servir tous les siens. Après Pâques, j'ai envoyé à sa Sainteté quelques unes des choses que je sais pouvoir être utiles au bien de tous. Je pense que son éminence en aura eu connaissance.
J'ai envoyé autre cl.ose h l'ambassadeur mon protecteur. Ici on ne dort pas. Je n'écris pas, pour ne pas déplaire à Mci-
DE CAMPANfiLLA. 2/|^
sieurs les nonces, auxquels je ne le cède pas en véritable franchise, et que je surpasse en dévouement autant par devoir que parce que c'est mon penchants Je désire que voas soyez mon avocat et mon curateur pour mes affaires avec ces messieurs, certain de ne pouvoir trouver un guide plus sûr que vous. Il faut que j'imprime ma Théologie, qui se compose de trente livres, et ma Métaphysique, qui en forme quinze ; je dédie la première an cardinal duc et la seconde au roi très-clirétien. Je dois publier aussi beaucoup d'autres ouvrages, entre autres, des discours sur la physiologie, l'éthé* tique, la politique, l'économie et la Cité du Soleil, ainsi que d'autres opuscules qui ont tous passé les monts, et se sont répandus en France et en Allemagne, comme le savent Favilla et mon cher comte. J'avais toujours demandé qu'on ne les imprimât pas, parce que je les avais depuis corrigés et améliorés. Maintenant, toute excuse serait vaine. Tous ces ouvrages me sont demandés d'Angleterre, d' Allemagne et par mes Français. Ainsi, il faut que son éminence Barberino se contente de la censure qui en sera faite par les personnes que désignera monseigneur le cardinal duc et par mes très-savants frères de Saint- Jacques (1), autrement, ils ne seront revus que par h Sorbonne et les pères susdits. Je ne parle pas, bien entendu, des ouvrages que j'ai apportés avec l'approbation de Rome.
Vous avez raison de dire que je devans publier un livre théologique sur... mais, en vérité, je ne suis
(1) Il y avait ud couvent de Dominicains dans la rue Saint
Jac<iues.
250 LEtTRES
pas Tâifleur dé ces souises qu^an vient â*imprlmer et qui, lors de letir âppâritioû, ra^ont fort étonné. It est Trai que j*ai donné H etaminet tin centon thomistiqne, contre les pseudo-thomistes, sous le titre de la Prédestination et de la Réprobation, liTre nécessaire contre Fathéisme et le calvinisme, et qni s'étaie des opinions de saint Thomas et des théologiens. Dèsl qu*il sera examiné, je f'imprimerd«
J'en ai parlé plusieurs fois à aa Sainteté, à Rome, eu lui cUflant que &i les princes séculiers, ni les théologiens ne peuvent lui obéir par convicliont mais seulement par force; car ils raiwBuent de la manière suivante : Ou Dieu existe ou il s'existe pas. S'il n'existe pas, vivons^ tyrannisons, faisons ce qu'il nous plaît par la force, par les sopbîsmes et l'hypocrisie. S'il existe, il nous a destinés au ciel ou à l'enfer de tout éternité, comme disent les pseudo^ thomistes , et il uou& pousse au moment prévu k une bonne ou à une mauvaise action, san» que nous soyons libres d'agir autrement. Donc, puisque notre sort est fixé même avant notre naissance, que chacun fasse ce qui lui plaît, car Dieu ne peut augmenter notre félicité, ni diminuer notre peine, encore moins nous }a remettre, et tout le mal que nous ferions ne saurait nous enlever la félicité, ni accroître la peine à laquelle nous sommes destinés. Sa Sainteté me dit de combattre ces arguments, et je l'ai fait dans ce livre.
Je vous prie de faire en sorte que le père Mostro et le père Grioii, mes perpétuda persécuteurs gratuits ^ ne paissent persuader à ces Messieurs d'en empêcher l'impression.
D£ caiipànellA. 354
Pe plus, je yops enym ci*joipte une kfiœ pour le p^ Uostro ; iloiu^eï-Ia lui ou faites-bluidoanerfNU* FaTiIb<Hip9r le comie^ et tacfae^ de Ini fiîre reodf ^ nion livre, qu'il g/u^ contre toute justice, pjûsqu'il lut approuvé par 1# jperiH)ii»e qui devait eu juger, et par le père Général et par Itoitro luimCme. J*ai écrit au cardiual Autoine, k sa 3a«Ateté, ii saa excelleuce Tambassadeur et au père marioif Jiecrélaîre de ïindex, afiu qu'ils me rendent mes livres imprioiés, qui ïï» -sont refusés, non pour cause religieuse, n^iis par .motif pf^*tique. Le livre contre les athées porte de grands fruits ici, car tous les hérétiques sont devenus athées; Técole opposée ne les combat pas ; si vous vouiez faire réimprimer ce livre à Rome, rien ne s*y oppose, si ce n'eit deux mots qui déplaisent k sa Sainteté, parce qu'ils lui semblaient contraires & la bulle.
Jj» autt'ei ohservMioos du père M^stro hwI aans ionàê^ ment Faviiia ^ le père Mariai le sar eut fateo* Aim, i« nmB supplie d'appuyer la demande de l'ambassadeur qui doit les lui redemander. Die plas> la Monarchie d'Espagne, imprimée à Jesi, m'est nécessaire. £lle a été approuvée par le père Mostro lui-même et par l'ordre. £Ile ne m'est refusée que parce qu'ils disent que, tout en défendant les droits de l'Église, elle déplaira aux souverains. Ceci, comme vous le voyez, n'est qu'un faux prétexte du père Mostro, puisque ce livre est écrit pour accorder le pape avec les souverains. Je vous prie de m'aider de tout votre pouvoir, s'il est vrai, comme vous l'avez dit à plusieurs personnes » que le cardinal Vérospi et d'autres sont disposés b agir en ma faveur,
Monseigneur de Peiresc me demande le livre de Jesi avec instance; de grâce, ayez la bonté de lui en envoyer un exemplaire. Vous pourrez Tavoir, soit du commissaire du Saint- Office, soit de mon ami Tinquisitcur d'Ancône. Tâchez, je vous supplie, de le faire pour Monseigneur de Peiresc, auquel j*ai mille obligations. Non-seulement il m*a témoigné le plus vif intérêt, mais il m'a généreusement donné quarante doublons espagnols à mon passage à Aix. Je lui écris que je vous ai chargé de ce soin.
Tous aurez appris par les nonces les deux victoires que vient de remporter sa majesté très-chrétienne, ainsi que ses dispositions contre la Flandre. Quant aux conséquences^ votre admirable jugement les comprendra sans peine. Je travaille sur des matières fort difficiles pour le service du Roi et du Pape. D'autres vous diront les grâces et les honneurs dont on m'accable. Je vous salue et suis, comme toujours, à «vos ordres, et je prie Dieu de combler tous vos désirs.
FftàRE Thomas Cahpaneila.
P..tis, 4juin tfx"V;.
DE GAUPANEUA* 253