‹ Œuvres choisies de Campanella: précédées d'une noticeChapitre 62 sur 70 · VUI · texte numérisé non relu

VUI

AU MÊME

TRES-ILLUSTRE SEIGNEUR

Je VOUS remercie de ce que vous voulez bien penser à moî, et plus encore de ce que vous faites pour Monseigneur de Peiresc, si digne d'être honoré. Je continue, avec Tapprobation de tous, rimpression de mon livre dédié au Roi et au cardinal-duc. Le père Mostro et le père Provincial auraient tout aussi bien fait de ne pas chercher à faire naître des discordes entre la maison Barberino et ces Messieurs ; car ils ont écrit aux nonces que , bien que mes livres fussent approuvés par la Sorbonne et par le cardinal-duc, par mes juges et par Rome elle-même, il fallait toutefois qu'ik fissent tout leur possible pour qu'ils ne se répandissent pas. Ils donnent ainsi à penser aux nonces que ces Messieurs sont des ignorants ou des hérétiques, qui ne connaissent pas les erreurs

et ne savent pas corriger Mes maîtres ont

déjà dû voir que mes livres n'ont jamais causé de scandale et qu'ils ont porté de bons fruits, comme je l'écris à la congrégation sacrée de propagande^ et que «.»., ».

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j'humilie l'orgueil des persécuteurs. et il

le verra l)ientôt imprimé. De grâce, tâchez de les faire taire,, et qu'on n'ajoute pas foi aux paroles de mes envieux. Faites aussi votre possible pour que te père Mostro me rende mon livre. Il ne m'a ni écrit, ni fait répondre ; s'il ne me l'envoie pas cette fois-ci, je me défendrai de manière à le faire re pentir de sa méchanceté. Je vo^ prie d'agir de concert avec le comte Castelvillano, pour qu'il ne puisse plus donner de mauvaise excuse.

Je suis, etG ,

Twm*^ ÇjPKPAN«l44,

Farji», â octobre la^.

AU MÊME

TRES-ILLUSTRE SEIGNEUR

Quatre volumes de mes oeuvres sont déjà imprimés; cette semaine on terminera l'impression de mon ouvrage intitulé : RMith fnetaphyikaruM » eti diie-hitil Htres. Vûm Verrai

DE GAMPANSIXA. 255

ip^ cette œuvre est la bible des philosophes. Je désirerais avoir une occasion pour vous renvoyer promptement» car vons avez toujours favorablement accueilli ce qui vous venait de moi. J'ai fait beaucoup contre les hérétiques et pour sa Sainteté; Monsieur le connétable, le comte de Castelvillano et notre Favilla le savent. Je ne Fécris pas à mes maîtres, parce que mes lettres ne parviennent pas au Pape ; ces Messieurs, que mes ennemis trompent et qui se moquent et se rient de tout ce qu'ils ne peuvent faire par leurs instruments, pleureront bientôt sur leur aveuglement à Tégard de mes avis. Je vous supplie de m'avoir la censure qui est faite depuis deux ans sur mon livre de la Prédestination, Le père Mostro et le père Général ne craignent pas, avec les régents espagnols de la Minerve , de troubler TÉglise dans le seul but de me faire du mal. Us n*ont pu, cependant, obtenir une condamnation du Saint-Office. Mostro voudrait détruire jusqu'à mon nom ; car il a défendu à Monseigneur Brugiardo qu'on me nommât dans l'oraison funèbre de Monseigneur de Peiresc. Ses bouffonneries indignes ^donnent chaque jour de nouveaux scandales à l'Église romeiaei et les docteurs d'ici sont déjà tout prêts à me venger.

Àiasib je vous prie de me faire avmr la censure, et, si je ne parvieis à démontrer que leurs opinions sont héritiqoes et les miennes catholiques, je consens à brûler tout mes livres. Conmâérez combien c'est une chose importante pour moi» et faites ce que Dieu vous inspirera. Je finis, en vous saluant

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humblement et en priant pour votre élévation, qui n'est re« tardée peut-être que par la trop grande splendeur de vos mérites.

Thomas Cavpanella.

Paris, 37 juillet 1657.

A PEffiESC (1).

MOiNSEIGNBUR,

Je suis parti de Rome pour la France, sous un déguise « ment, à cause des dangers qui me^ menaçaient ; j'ai apporté des lettres de recommandation du cardinal Barberino, pour ses amis et pour les princes et gouverneurs qui peuvent m*être utiles; j'en ai aussi du comte de Noailles, ambassa-

(1) Celle lettre est en latin dans l'original ; elle a été traduite par M. Jules Kosset.

DE CAMPAKËLLA. 257

deor da roi très-chrétien à la cour de Rome ; ces lettres sont écrites au nom de son maître, auquel je vais offrir mes services. Comme M. Bourdelot vous l*a écrit, je suis à Marseille où je vais reprendre les vêtements de mon ordre ; j'attendrai ici mes livres que monseigneur de Noaiiles doit m*envoyer, car j*ai été forcé de quitter Rome en toute hâte et sans pouvoir même faire mes adieux à mes amis. Vous êtes le [Mécène des hommes vertueux Je manque d'argent, mais rien ne me manquera à Paris. J'aimerais mieux attendre auprès de vous qu'à Marseille, et ne revêtir que chez vous rhabit de mon ordre; je n*ai rien voulu faire sans avoir votre avis. Je vous demande, en grâce, de prendre une détermination et de vouloir bien m'envoyer une voiture on une litière, car, autant à cause de mes longs travaux que de ma vieillesse, je ne puis plus monter à cheval. Mon hôte me croit de Tordre des Minimes, tandis que je suis, comme vous le savez, de celui des Prédicateurs, et votre cloche (1), à laquelle vous avez écrit souvent (2).

^e ne veux ni ne dois ouvrir mou ame qu'à vous seul. Salut.

Marseille, chez Monsieur Gastincs, 29 octobre 1634. Vous pouvez écrire à mon hôte, afin que j'agisse en votre nom, comme le comte de Noaiiles agit au nom du roi.

(1) Campanella en italien veut dire cloche.

(2) Peircsc avait souvent écrit à Cauipanella pendant qu'il était rn en Piison.

Quand je vous verrai, je vous dirai des choses sur{>retiaate9. Salut (1).

AU MÊME

MONfiEia^ËUR]

Le 9 février, j'ai va le roi très-chrétien, qui a paru aussi satisfait de moi que je Tai été de ses bontés. J'ai admiré tant d'humilité et de douceur unies à tant de majesté; il a fait quelques pas au-devant de moi ; il ne s*est pas couvert et m*a embrassé deux fais. Quand je lui parlais, il m*écoutait avec un grand intérêt et me prouvait par ses réponses qu'il savait ce que j'avais fait pour lui. Je crois lai avoir bien parlé ; quand à lui, il paraissait heureux de me voir et plein de compassion pour mes malheurs. Il s*fitte4dri$sait san^ rien p^dre,

(1) Celle lettre a pour signature une petite cloche dans rorigioal.

toutefois, de sa dignité royale ; il est resté eoiistamment debout, aibsi que tous les assistants. Il m*a dit : Vous êtes le bien venu (sic), rien ne vous manquera ; je tous prends sous ma protection. Soyez en paix et tranquille stir l'avenir. Le brevet de la pension qu'il m'accorde est fait, mais je ne l'ai pas encore va, et je ne sais quel en est le chiffre; c'est pour

cela que j'ai tardé à vous écrire... J'ai écrit

à Rome poul* la caisse Elle sera envoyée à

M. Gastiùes, à Marseille ; vous lui écrirez aussi. Les tné-

daiUes^ le et le télescope de Stigliola sont en

route pour votis. J'écris i la hflte. Je suis à vos ordres.

Ttt. CAVPAIVELtA.

Paris, 9 (iiaH 1635.

AU MÊME

Je vous ai écrit plusieurs lettres pour Lyon, en les recommandant à M. Robert Galilée, et une autre, eufm, par l'entre-^ mise de MM. Puteani. Je ne reçois pas de réponse, et ^ comm«

je suis trèS'împatient de tous dire les nooTelles favears du roîy je Tons écris de nouveau. M. Boutiilier est Tenu me porter le brevet d'une pension de 150 liyres par mois^ ce qui fait 600 écus français, et 270 écus romains.

Je remercie Dieu et la libéralité du roi, qui a même dit qu'il voulait doubler cette somme ; mais je me contente de

peu, et avec la tranquillité je me trouve riche

J'ai écrit à MM. Gastines et Lambert de prendre la malle qui doit m'arrivcr d'Italie sur la galère de monseigneur de Piios et de vous l'envoyer. Je leur ai appris que je n'étais plus frère Lucîo Berardi, minime, mais bien Th. Campanella, de Tordre des Prédicateurs, afin qu'ils sachent quel est leur obligé. Si par hazard ma lettre n'était pas arrivée, chargezvous de leur dire ce que je leur ai écrit et combien je leur ai de reconnaissance. M. Bourdelot me mande de Rome qu'il enverra au comte de Noailles tous les objets, et qu'il y joindra ce que je lui ai dit de vous faire parvenir.

Hier soir, mon domestique me lisait cette nouvelle de Bocace où il est parlé de la merveilleuse réception et de l'accueil splendlde fait à Saladin par Rovellode Pavie; je pensai, en l'écoutant, qu'il n'y a que vous qui puissiez être comparé à cet hôte si plein de magnificence et de courtoisie, et je me suis félicité de ce que notre temps produisait des hommes aussi grands que ceux des temps passés. J'ai écrit sur cette généreuse hospitalité à Rome, à M. le chevalier Pozzi, qui avait reçu, avaut mon arrivée à Paris, quatre livres de ma main, et le nonce Bolcgneiti veut que re soit moi qui les aie

donnés au libraire auquel on a écrit. Le pape a fait dire aussi au cardinal iVlazarin qu'on m'accordât toutes les grâces qu'il serait possible de m'accorder, et qu'on me donnât secrètement ce qu'il me donnait à Rome, mais en me priant

de ne rien publier sans les en avertir.

Soyez persuadé que je vous ai une plus grande reconnaissance que ne devait être celle de Saladin pour Rovello. J'ai demandé pour juges le cardinal-duc et la Sorbonne. M. Gaffarelli, qui est parti il y a six jours pour Rome, passera peutêtre par Aix et vous donnera de plus amples détails. J'ai écrit à M. Galilée de m'indiquer comment je dois faire tenir les vingt pistoles à de Rossi, et je n'ai pas encore de réponse* Je crois vous avoir écrit également que mon neveu a été emprisonné à Naples, et qu'à Rome mon frère a été obligé de s'enfuir eu abandonnant tous ses biens; je lui ai envoyé tout l'argent que j'ai pu réunir, c'est pour cela que je n'ai pas acquitté plutôt ma dette. J'ai bon espoir, car je vois que Dieu ne m'abandonne pas; je me porte mieux qu'autrefois, et je vis en paix au milieu de personnes charitables qui n'écoutent pas les mauvaises insinuations de

mon Gain de Rome, car, au contraire, ils m'en

avertissent, ils m'estiment plus que je ne le mérite et me comblent de faveurs. Je suis à vos ordres et je prie Dieu de vous envoyer toutes les félicités de la terre et du ciel. Je salue de cœur M. Gassendi, et je l'attends ; offrez aussi à tous les vôtres l'hommage de mon respect et de mon affection.

Th. Campaivella.

Paris, 16 mars l65o.

202 USTWSS

uni.

AU MÈMEv

HOffâËIGNEtlB^

Le lendemaiti du Jtrar oâ j« vous ai écrit pour la dernière fois, Vôtre gracieuse lettre m'est arrivée. Vous me dites qlie M. DiMati venait de ypms écrire sur les œuirres de Cremo* liitio, ail moment où Je vous iiarlais avec détail des ftTours qtie ces mebsiem*B m*accordeiit%

Je voudrais que vous fussiez iHett persuadé <|ue J^estime plus, et que je prétère la vertu à tbus le^ bieUs du mobde, auxquels la nécessité seule doDUe du prit, et non riuclltiation rationnelle ; cependant c^e^t gfàcé â vOds et à tes bie^s que je puis m^occUper de mes travaux. 3e vous avais répondu le jour même, mais M. foiodati ayant vu ma léttk-e, se chargea de vous répondre lui-même, au sujet de ces deux livres quil connaît mieux que moi.

J*ai écrit pour avoir la métop/ufsique que Favilla avait donnée à un imprimeur qui ne Ta pas rendue. Je n*ai pu la

DE GA3fl>ANELLA. 2AS

repreadi'e^d'en pajlmt cinquante éett»; qtt> UiféY Vtk arrivera dans une malle que vous recevreB tnentôt fA achressi

une lettre au etèlH^. tiastineset Lam^

bert dans le pK que je vons ai envoyé, parte que )e pentak que les galères allaient plos vite. La lef Ire que je vof»» éeri<* vais était incluse dans celle de M. Robert Galilé^^ q<^ vom mande qu*il ne W pas reçue ; mais je m'aceuse de «e retard; car je ne l'ai pas envoyée à M. de Saint^-Floiir, ni à MM* de Fay ou Isau, tuais au courrier, par te sacristain dn eoiivefil< Je m^étonne que vous ayez ridée de me rendre les quelque» curiosités que je vous ai données. Je vous dois tout ce que je suis, et j'espère que Dieu me permettra de le proclamer à la face de tous, comme je le fais m<UQtenant à. P^s, où je m*appuie de votre nom. Je suivrai exactement vos avis et je vous en remercie.

Le roi part demain pour la Picardie et le prince de Gondé pour la Lorraine; Rohan passe un traité dans la Yalteline. J'ai parlé hier avec Créqui, qui m'avait fait appeler; il part pour l'Italie. Sassonia écrit au roi qu'il se soumet à lui, s'il veut l'aider.

Je suis toujours dévoué à Sa Majesté, et je commence à jouir des délices de Paris. Si M. Gassendi est de retour, saluez-le de ma part.

Vous vous êtes conduit dignement avec Galileo Galilée ; j'ai écrit à de NoaiUes et à quelques autres de favoriser vos tiitehtiotM philoëôphiqaeB.

L'impression de la traduction des Dialogues est terminée ; d'antres livres suivront bientôt. Je suis fâché qu'en passant par Lyon M. Gaffarelli n'ait pas donné mou livre de Médecine à personne, et surtout qu'il ne vous en ait pas envoyé un exemplaire. Cependant sans moi il n'aurait pas obtenu de privilège. Peut-être réparera-t-il son oubli dès son arrivée à Rome. Je suis à vos ordres et je présente mes humbles salutati<»is à M. Baron. Tout le monde parle ici de vos prodigalités vis-à-vis du cardinal de Lyon, ce qui me donne occasion de renchérir sur les éloges qu'on fait de vous. Adieu,

Th. Gampatwella.

Paris, 1S avril tesi;.

AU MEME

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