MONSEIGNEUR
Hier, 2 mars, après la séance de la Sorbonnc je fus admis à parler à ces messieurs (i), qui m*out très honorablement
(t) Les docteurs en Sorbonne.
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accueilli et m*ont remercié de la marque d'estime que je leur avais donnée en leur adressant, en Tan 1621, une lettre par laquelle je soumettais tous mes livres à leur censure, les priant de vouloir bien prendre la peine de les revoir; je garde toujours la gracieuse réponse qu'ils me firent alors. Je leur ai exprimé de mon mieux le même désir en ajoutant gue^ bien que le garde des sceaux m'eût accordé un privilége pour tous les livres que je voudrais publier, je n'en profiterais que dans le cas où mes ouvrages seraient préalablement approuvés par la Sorbonne. Cette soumission leur a beaucoup plu.
En sortant de là je reçus de MM. Puteani une lettre du père Ghriétophe et une autre de vous, celle où vous me dites que la malle vous est parvenue en bon état le 24 avril. Je ne sais s'ils vous ont envoyé la clef comme je le désirais, afin que vous puissiez voir toutes mes pensées. Je vais faire imprimer les ouvrages qui ont été approuvés à Rome ; puis les autres, quand la Sorbonne les aura revus. Elle a depuis
quinze jours le livre de la Prédestination
nécessaire à ce siècle particulièrement ; je vous envoie le spécimen de Stigliola. Je désire que M. Gassendi m'écrive quelques détails sur sa famille, car je veux m'houorer de son nom dans un de mes livres. Je ne vous donnerai aucun conseil sur la manière de m'envoyer plus sûrement la malle; vous pourriez dire que c'est : le porc qui conseille Minerve (sic). Je l'attends avec anxiété. Je vous ai écrit, en môme temps que monseigneur Rossi, que les trésoriers m'avaient d(^à donné de Targent pour trois mois, outre celui
^6 tETlHES
que m'avait donné dès te commencement Sa Majesté. Grâce à Dieu, tontes mes affaires prospèrent, excepté cependant celle de mon neveu, qui est encore en prison, tandis que tous les autres ont été rendus à la Uberlé. Mais j*espère qu*il en S(Htira bientôt; Taccosation est totalement fausse. Ma tenue en France pourrait lui nuire, si elle était connue^ c'est pôor eela que je n*ai pasyoutu faire de démarches auprès d^ certaines personnes qui auraient pu intimider les méchants qui le persécutent.
J*ai vu ce que vous avez écrit à notre bon Galilée, c'est une loiiire digne de celui qui l'envoie et de celui \ qui die est adressi^Q, Je n'ai ces$é de faire ce que je dois pour dmh)^ a«ii i j'écrirais Uw ^ Sa Sainteté (1), ï taqueUe fécn^ toi»* jours el qf» m*ac€orcle faveurs et argent (taises ceta), iiii^is, conme 4'habitude» elle blâmerait to^on iioprudon^ceL
Je m'adresserai au cardinal Colonna, qui est de retour à Rome, et qui m'écrit lui-même en m'offrant ses services. Je suis toujours votre obligé, et je prie Dieu de vous accorder de longues années pour le bien des bons et la gloire de notre siècle. Vous trouverez dans celle-ci une lettre pour MM. Gastiues et Lambert.
(1) Urbain VIIL
DE GAMPAftfiLLA. 267
Je fialae de cceur M. Baroa «t tous les tàeu»% ainsi que M* Gasseodi, s*il est de retour» Adieu.
Ta. €*v»AaBi.iA.
P«ris,5iiiaii63S>
Ma Métapkysijue arriviî daa« la œalte ; j'ai payé 30 éckis pour la ravoir. Je o*ai pu retrouver Toenvre d'Avvicennes que daas la bibliothèque du cardinal de Riehelieu, qui ne veut ni la donner ni Timpriaier. 8i tous yonlexi je le tenterai j)0urtant. J*in)|H*hnerai de «uit^ et je voua enverrai te tout
AU MÊME
MONSEIGI^EUR,
Aujourd'hui même, 26 inat^, à quatre heures de l'aprèsmidi, M. Diodaii est venu me dire que vous vous plaigniez de ce que j'ai mal parlé de M. Gassendi, votre ami et mon laaitre* Je suis aussi fàohé que vous d'une pareille ch^e,
car c*est une pure calomnie. Sachez même qu*on a écrit à Rome que vous avez des doutes que je ne cherche pas à résoudre. Aussi, le pape, qui m*aime du fond du cœur, en a-t-il ressenti un vif déplaisir et m*en a-t-ii fait écrire. D*un autre côté, plusieurs personnes digne de foi ont , dans les lettres qu'elles adressent à Rome , témoigné de la manière régulière dont je vis; elles ont dit combien on m'estimait ici, à la Sorbonne et partout ; mon humilité m*empêche de vous dire en détail toutes les louanges qu'on me donne, les vers qu'on m'envoie, etc. Quant à monsieur Gassendi, j'ai toujours dit que c'était un homme de mœurs excellentes et vraiment philosophiques, un grand mathématicien et un grand astronome, un admirable observateur, et que sa connaissance avait été un vrai bonheur pour moi. Quant à la philosophie épicurienne, qui consiste en atomes et en. . . •
interrogé sur ce point par plusieurs personnes
qui parlaient en riant de M. Gassendi, j'ai répondu que je regardais cette philosophie comme insuffisante pour donner des raisons sur tout, et que je pensais que M. Gassendi luimême ne la tenait bonne peut-être que pour les choses physiques. . . , et, pour preuve de cette assertion , j'ajoutai : qu'il m'avait dit un jour , en parlant des comètes , qu'elles sentent dans l'air, qu'elles sympathisent et qu'elles ont une caase finale Je ne me rappelle pas bien d'avoir dit cela, mais ce que je pjjis affirmer, c'est que M. Gassendi me l'a dit. Vous voyez bien que je n^ puis avoir avancé que sa philosophie fût vaine et incomplète.
J'at dit à tous, au contraire, que j'attendais avec anxiété
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le moment de son arrivée à Paris, pour avoir le bonhear de le voir, et toutes les fois qu'on a parlé devant moi de comètes et d'éclipsés^ j'ai préféré son opinion et ses observations à toutes les autres. D'ailleurs, quand ce n'eût été que parce qu'il est votre ami , sachant combien je vous suis dévoué et que je vais vous dédier un livre , vous auriez dû être certain que je n'avais pu dire du mal de lui«
De grâce, chassez celte pensée de votre esprit et ditesmoi quels sont mes calomniateurs , afin que je les fasse se rétracter en présence de témoins intègres, et croyez-moi votre serviteur dévoué et non un flatteur, nL
Ce sont des gens envieux de la protection que vous m'accordez , de ces gens qui disent et écrivent du mal de tous : de Galilée, de Télésio, de Copernic, de Siigliola, etc. J'attends la malle, puis je vous écrirai plus longuement. Je ne sais si Rossi vous a porté une de mes lettres et si vous avez reçu les autres. J'écris à la hâte. Adieu.
Th. Cam?a>ella.
Piiiis, -2umai UyTyn.
Je salue monsieur Gassendi, et je vous prie de lui communiquer la vérité ; j'estime plus une montagne d'or (sic) comme lui que mille de pierres , comme tous ces bavards rapporteurs. J'écris à la hâte et en colère, car je n'ai pas voulu différer plus longtemps. Ainsi, excusez mon griffonnage.
HÉP0W5E A LA LETTRP PRÉCÉDENTE (1).
PUIBESC AU RÉVÉREND PÈRE CàMPANELU.
Votre paternité a donné tant de preuves de son estime pour le haut mérite de notre très-chpr Ri. Gassendi, et a montré un tel déplaisir de la mauvaise interprétation qu'on avait donnée à ses paroles , que nous nous trouvons parfaitement satisfaits. M. Diodati avait expliqué vos intentions dans sa lettre , et M. Henri Dorvale m*a dit de vive voix, ces jours-ci, combien vous avez été mortifié de ce qui s*est passé. Maintenant , pour parler en toute franchise , je vous dirai que, dès les premiers jours de votre arrivée à Paris , on m'écrivit que vous aviez critiqué la physique de M. Gassendi , et l'avis ne m'en vint pas de la personne que vous imaginez. Je ne voulus rien croire, et je préférai peus^* que c'était une mauvaise interprétation de quelques paroles dites en Tair, plutôt qu'un blâme positif de votre part.
(1) Cette lettre a été publiée en italien par M. Libri dans les notes de son HUUnre des Sciences mathématiques en Italie.
DE CAMPANBIXA. 274
C'est ppwfquôi je n'm parlai pas. Mais, quand j'écrivis enmie à iVl. Piodati , 09 «l'iiraii averti • d'an autre côté, de certains |iropo9 teons par vwis, qui non^seulement étaient désavantageiix à M, 6a9fS6»di, mais renfinràiaient un blâme iatoIéraWe^ à tel pmt, que Ji^ ne pus me conten» et que je vous en WmlH^^mat. ©autres tveitiasemeiitB ne tardérent pas k ui'arrivear «ur h peu de cas que viras Uiàei noaseufemeot de ce pei^nnage , mm de tous ies hommes distingués de France qui vous tomlMifent sous ia main. On disait que vous n'épargnieis pas même ce pauvre monsieur Naudé qui vous a été toujours si dévoué* Gela me paraissait trèsdur et me mnblait pouvoir amener pour v^us ies plus fâciieuses conséquences. Je ne ct*ois vraiment pas tout ce qu'on peut dire , et ils n'est pas impos^l>le qu'on invente quelque caiomnie poutre vous. Mais il est cependant difficile que ces feruits be «oient pas fondés sur quelques paroles ambiguës, et peuvent être diversement interprétées. A l'avenir, vous ferez sagement de peser bien les termes dont vous TOUS servire:} pour parler des littérateurs français, surtout de ceux qui ont du mérite ; autrement, je ne crois pas que cela vous réussisse. Le caractère de notre nation donne une grande liberté dans le choix des opinions, lorsque les raisons pour ou contre sont à peu près égales ou probables. Daps une leile variété dej sentiments, il ne faut pas se hâter de se condamner }es uns les antres. Il n'est pas indifférent d'y penser mûrement avant de prononcer une condamnation ; il est mieux de laisser à chacun son libre arbitre, lorsqu'il n'est pas absolument nécessaire de prendre un parti, car les opinions qui paraissent ridicules à certains hommes
(comme celles des chrétiens le sont pour les mahométans et celles des mahométans pour les chrétiens), interpré^ tées favorablement, peuvent passer pour des opinions très* graves et très-importantes parmi les docteurs de l'une et de l'autre loi. De même, en matière philosophique, si nous examinons les différentes idées des anciens philosophes grecs, il en est peu où Ton ne trouve des choses admirables, en les considérant avec indulgence, en laissant de côté ce qui ne nous convient pas, pour s'arrêter sur ce qui nous paraît digne d'éloges, et en faisant la part de l'ignorance où nous sommes de leur époque. Je suis d'un caractère à ne goûter que fort peu la peine que se donnent certaines personnes pour réfuter les opinions des autres; car je regarde le temps qu'on y met comme aussi mal employé que si l'on s'était amusé à combattre les sottises du premier venu qui aurait failli, soit contre la langue, soit contre la raison. Cela serait sans fin; la vie est trop courte pour qu'on en perde une partie en de semblables vétilles, sans une absolue nécessité. Il me semble bien plus noble d'étayer chacun notre opinion le plus solidement possible, sans nous occuper de combattre celle des autres, à moins que ce ne soit indispensable. Ainsi, laissons an peintre, au musicien et à l'architecte la gloire qu'ils ont pu mériter chacun dans leur art. Quand nous avons trouvé un sujet qui mérite d'exercer notre esprit, il faut supposer qu'il pourrait passer en des mains plus dignes que les nôtres, nous contenter d'aller à notre but, et exposer ce que nos lumières naturelles nous ont permis d'en tirer , sans faire de digres* bien contre ceux qui avaient eu d'autres vues.
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La trop grande étendue d*an livre empêche qne les personnes de condition le lisent ; ce qui fait que les travaux d'un écrivain sont privés de leur juste salaire et ne voient pas le jour, les libraires ne voulant pas faire de si grandes dépenses.
Il ne m'appartient pas de vous donner des conseils, à vous de qui je devrais plutôt en recevoir sur semblable matière. Mais vous excuserez l'abondance de cœur qui me fait parler et dont vousêtes cause vous-même par toutes vos bontés. Soyez certain que vous conserverez bien mieux votre grande con« sidération en ne vous détournant pas de votre chemin , pour nettoyer la route où vous devez passer, surtout dans une contrée aussi pleine de boue et d'épines, bien qu'il fût à désirer ' que cette route fût plus propre. Vous pouvez vous occuper beaucoup plus utilement en enseignant aux autres ce qu'ils ignorent Excusez-moi, de grâce, et écrivez votre traité de physique sans vous arrêter à prouver que celle d'Ëpicure ne vaut rien. Nous n'eu avons que quelques fragments ; si nous la possédions en entier , peut-être ne vous paraîtrait-elle pas aussi ridicule. Quoique le système des atomes ne vous plaise pas, il n'est pas bien de dire tout crûment : il ne me plaît pas, surtout quand il n'est pas bien connu et quand on voit d'autres personnes graves rester eu suspens sans se moquer et sans mépriser la rose parca qu'elle a des épines. Quelquefois les principes les plus ridicules en apparence donnent naissance aux plus importantes et aux plus précieuses découvertes. L'idée des antipodes, qui paraissait absurde jadis, est maintenant adoptée par tout le monde, et ne peut
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pias être révoquée «n doute. La fâibl«6se de Vespdt httmain est trop grftniie pour pouvoir péiiéiirer d'un mibI ooop tous lesBecrelsde la nature. Il ifaim une gradation qui» par divers «toyens, noos Gondoiae an but ; et fa brièveté de la vie empêche qu'une seule personne y suffise ; il faut réunir les ofaservatlons d'un grand nombre de penseurs des siècles présents et des siècles futurs pour arriver à la meilleure solution ; il faut avoir de Tamour et du respect les uns pour les autres, pour recueillir le fruit désiré et choisir toujours de préférence ^interprétation la plus favorable. Du reste, je suis enchanté que le livre vous soit parvenu , et je suis fort étonné quMl soit resté si longtemps en route. J*ai reçu de Rome, de M. Menestrier, la petite Brebis en bronze dont vous m'aviez p^rlé, et que lui avait remise M. Bourdelot; je trouve ce bronze vraiment antique et bien conservé ; mais je n'ai pas encore pu comprendre h quel usage il servait. Peut-être accompagnait-il quelque statue de Mercure , près duquel on plaçait souvent de pareils animaux. Je vous renverrai parla première occasion, car elle pèse trop pour vous être adressée par la poste. Je vous serai toujours très-reconnaissant de votre bon vouloir, et je vous prie d'excuser la faiblessse de mon esprit et de me continuer votre bonne grâce. Quant au livre e/e Titulù, il est inutile de le faire copier, puisque vous iroulez le livrer à l'impression; mais je ne souffrirai pas que vous laissiez de côté tant d'hommes illustres d'Italie et de France, et que vous vous croyez dans l'obligation de dédier cet ouvrage à quelqu'un d'aussi indigne que moi de figurer parmi tant de personnages éminents \ je ne cherche pas cet honneur, et le nom d^ami me suffit sans aucun faste. Je
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finis en priant Dieu de ?o«s accorder tcms vosdiÎAir», la paix ' de Fâme, et je vous fais mes très-humbles rcrérences.