‹ Œuvres choisies de Campanella: précédées d'une noticeChapitre 65 sur 70 · TRÈS -CHER · texte numérisé non relu

TRÈS -CHER

Monsieur votre frère est de retour ici. Je n*ai pu avoir la satisfaction de lui parler. Je suis surpris que vous ne m*ayez pas encore fait la grâce et le plaisir de me dire votre opinion sur le livre de Sensu rerum que je vousai envoyé,

(1) Cette lettre, entièrement inédite, et dont nous donnons le dernier paragraphe en fac-similé, fait partie de la précieuse collection d*aulograplies de M. Feuillet de Conches, qui a bien voulu nous la

communiquer.

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ain&i fpxe su? e^rUioes choses dontieTOu^aip^rlé. Je pense, d'après cela, que Monsieur votre frère me tiendra lieu de la lettre que j'attendais de vous. Mais, puisque je n'ai pa le voir encore, il faut que je vous avertisse que, si le porteur de la présente passait à Aix, vous le considériez comme mi philosophe digne de votre généreuse attention. Il m*a montré un modèle très-exact de la nouvelle sphère de Copernic, où l'on peut facilement distinguer le» t^ois mouvements de la terre, ses rapports au firmament et d'autres choses curieuses. J'aurai la première copie de cette sphère de la main d'un très-habile ouvrier auquel j'en ai confié le modèle, et comme il exécute cette copie en papier, j'espère pouvoir vous l'envoyer (à cause de sa petilf99» ^ de sa légèreté), à vous qni faites collection de choses intéressantes.

Le porteur de la présente demandera à M. Gassendi quelques détails sur ce que son admirable perspicacité à observé et sur d'autres choses dont il m'instruira. Il sera également chargé de vous remettre cette nouvelle sphère. II est inutile que je vous le recommande avec plus d'instance. Il se nomme Louis Ludovisi, gentilhomme Lucquois.

Je suis toujours à vos ordres. L'impression ne marche pas. Il n'y a ni sécurité, ni commerce, ni possibilité d'imprimer chez les libraires, si ce n'est de très-petites choses. La guerre est ennemie des Muses. Que Dieu y pourvoie I Je le prie de vous conserver pour le bonheur des bons et de m'iccorder de pouvoir vous montrer toute Tosiime et b recon*

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naissance que je vous dois. Je n*âi pu voir Monsieur votre neveu pour lui rendre mes devoirs. Je vais à la chasse. Adieu.

T. Cabipanell^..

Paris, 20 ociobrc iti^.

Stm^ÊmtéÊmmm

AU GRANP pue FERPINAND 1)1.

Depuis que J'ai commencé à saisir quelque vérilé 46 ce monde et de son auteur, je me suis cru obligé de rtpp^ter les nations des écoles tmmaines à Técole de la suprême intelligence, et j'ai comprit ccônfakû de reconnaissance tmfê les iiommes d'étude, et ttu>i particulièrement, nous devkms aux princes de la maison de Méifids, qui, en faisant pliMibr m Italie k» litres de Platon, «co&nus à nos ancdtres^ nous délivrèrent du joug d*AristoCe et partant de tous tes sophistes. l'Italie coamiença dès^lors h etamioer h philosophie 4^ nations sm^ la raison et Texpérieiioe; elle étudia d'après la nature ti non d'après les paroles des hommes^ Grftoe è ce tnenfait, j'ai réformé toutes les sdences, suivant la nature et bs livres de Dieu* Les fiièGlcs futurs nous ji^rootl car le sîiob présent crncifte mn blenfaitMirs, mbis |k ressosctte-

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ront le troisième jour du troisième siècle. Or, ayaat imprimé beaucoup dans ce pays (ou Dieu m'envoya, à ce que je

crois, pour cette fin et non pour celle que les liommes qu^ ignorent les secrets du destin proclament), j'ose envoyer à votre altesse le second volume de mon Traité de la Philo^ Sophie naturelle, rendue plus claire, plus courte et plus forte, avec la réfutation de tous les systèmes des sectes du monde. J'établis dans ce traité la philosophie chrétienne, c'est-à-dire, la seule vraiment rationnelle; j'y ai ajouté la philosophie maraie, la politique et l'économie, revues et augmentées de dissertations; j'y ai joint également la Cité du Soleil, idée de la meilleure des républiques et d'une ville inexpugnable et si parfaite qu'on peut, seulement en la visitant, apprendre toutes les sciences et leur histoire. Un traité du gouvernement ecclésiastique s'y trouve aussi. Dans la première question : an sit aidenda nova philosophia ? vous verrez le témoignage de ce que les philosophes doivent à la maison de Médicis.

En particulier je lui dois beaucoup pour les grâces que m'a faites le grand duc Ferdinand, l'an 1593 (Laurent Osimbardi, Baccio, Valori et Ferrante de Rossi doivent 8*en souvenir). Vous verrez dans ce traité pourquoi je n'allai pas à Pise, suivant l'ordre qui m'en avait été donné par son altesse. Le père Médicis savait toute la vérité à cet égard, et je regrette bien sincèrement qu'il soit mort sitôt. Vous verrez encore dans ce livre que sur certains points je ne suis pas de la même opinion que l'admirable Galilée, votre philosophe et mon ami, dépuis l'époque où il me porta à Padoue une lettre du grand duc Ferdinand. On peut différer de sentiment, et

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cependant. être d'accord par la volonté. Je sais que c'est un homme si franc et si parfait, qae mes objections (il y a échange de permission sur ce point entre nous) lui feront plus de plaisir que l'approbation des autres.

C'est au même grand duc Ferdinand que je voulais dédier mon livre de Sensu rerum^ mais je ne le pus faire à cause de la persécution si connue dont je fus l'objet. Aujourd'hui, ce livre est imprimé ; si votre altesse le désire, je le remettrai au comte Bardi, votre résident, qui vient me voir souvent, car il aime la vertu. On s'aperçoit facilement dans son

commerce qu'il s'entend en politique et en sciences; il fait honneur à sa patrie autant qu'à celui qu'il représente ici.

Je suis aux ordres de votre altesse, et je demande à Dieu qu'il vous accorde un bonheur toujours croissant pour le bien des gens vertueux et de l'Italie notre patrie commune, qui a toujours reçu et espère recevoir encore des bienfaits de la prudence et de la vertu delà maison de Médicis.

Je suis, de votre allesse sérénissime, le très-humbie et très-dévoué

FRÈRE, Th. Campaivslla

Paris, 6 juillet 1C58.

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