‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 11 sur 97 · LIVRE I. XXJ · texte numérisé non relu

LIVRE I. XXJ

Dès la fin de l'année 1663, M. Colbert ayant prévu ou sachant déjà que le roi le ferait surintendant de ses bâtimens, commença k se préparer à la fonction de cette charge, qu'il regarda comme beaucoup plus importante qu'elle ne paraissait alors entre les mains de M. de Ratabon. Il songea qu'il aurait à faire surveiller , non-seulement à acheyer le Louvre, entreprise tant de fois commencée et toujours laissée imparfaite , mais à faire élever beaucoup de monumens â la gloire du roi , comme des arcs de triomphe, des obélis- <pes, des pyramides, des mausolées ; car il n'y a rien de grand ni de magnifique qu'il ne se proposât d'exécuter. 11 prévit qu'il faudrait faire battre quantité de médailles pour consacrer à la postérité la mémoire des grandes actions que le roi avait déjà faites, et qu'il croyait devoir être suivies d'autres encore plus grandes et plus considérables : que tous ces grands exploits seraient mêlés de divertissemens dignes du prince, de fêtes, de mascarades, de carrousselset d'aottres délassemens semblables , et que toutes ces choses devaient être décrites et gravées avec esprit et avec intelligence pour passer dans les pays étrangers , où la manière dont eBts sont traitées ne fait guère moins d'honneur que les choses mêmei^. Il voulut en conséquence assembler un nombre de gens de lettres , et les avoir auprès de lui pour prendre leurs avis , et former une espèce de petit conseil pour toutes les choses dépendantes des belles-lettres. Il avait déjà jeté les yeux sur M. Chapelain, qu'il connaissait, comme il m a &itllionnenr de me le dire plus d'une fois , pour l'homme du monde qui avait le goût le meilleur et le sens le plus droit pour toutes ces matières ; sur M. l'abbé de Bourseis, ^ il regardait de longue main comme un prodige de science et de littérature, et sur M. l'abbé de Cassagnes , qui, par une pièce en vers qu'il avait faîte , où Henri IV donne des ins-

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iructioiis au roi son petit-fils , avait mérité son estime et sa bienveillance. Il lui poanquait un quatrième , car il voulait que cette assemblée fût au moins de quatre personnes. Pour l'avoir, il s'adressa à M. Chapelain, qui, de son propre mouvement , et sans que j'en susse rien , m'indiqua à lui avec des éloges beaucoup au-dessus de ce que ^e méritais. M. Golbertlui demanda si j'étais le frère du receveur-général à.ts fmances , et si c'était moi qui avais fait deux odes , l'une sur la paix , et l'autre sur le mariage du roi. M. Chapelain lui ayant dit que oui : « Je suis déjà très-content de ses poésies, lui dit-il, et M. le cardinal a pris grand plaisir à les lire dans son voyage ; mais il serait bon que je vbse de sa prose. » Us convinrent que M. Chapelain me prierait, comme de son chef,, de composer une pièce en prose sur l'acquisition de Dunkerque que le roi venait de faire. Je la fis , telle que vous Tavez lue dans le premier recueil de mes ouvrages. Elle plut , et le troisième jour de février i663 , nous nous rendîmes, M. Chapelain et moi, suivant l'ordre qui nous en avait été donné, chez M. Colbert. On nous mena dans une chambre où nous trouvâmes M. l'abbé de Bonrseis et M. l'abbé de Cassagnes , qui avaient été aussi mandés. M.Colbert étant venunous trouver, commença par demander le secret sur ce qu'il nous allait dire : ensuite il nous déclara pourquoi il nous avait fait venir ; que c'était pour se faire « ainsi que je viens de le marquer , une espèce de petit conseil , qu'il pût consulter sur toutes les choses qui regardent les bâtimens , et où il pût entrer de l'ei^rit et de l'érudition ; qu'il souhaitait que nous nous assemblassions chez lui deux fois la semaine , le mardi et le vendredi.

Ce dernier jour fut choisi , parce qu il ne se tenait point de. conseil, et qu'il le prenait pour se reposer, ouplutÀt pour travailler à d'autres affaires que celit^s du courant ; car

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