‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 12 sur 97 · LIVRE I. xxiij · texte numérisé non relu

LIVRE I. xxiij

M. Golbert ne connaissait guère d'autre repos que celui qui se trouve à changer de travail , ou à passer d'un travail difficile à un autre qui Test un peu moins. Dès le même jour il voulut qu'on-commençât à travailler devant lui , et ce fut à mettre par écrit ce qu'il venait de nous dire. Je fus choisi pour tenir la plume , qui m'est toujours, demeurée. U nous quitta pour aller chez le roi. A son retour, nous ayant trouvés chez lui , il approuva ce que nous avions rédigé par écrit, et m'ordonna d'avoir un registre pour y mettre tout ce qui serait fait et résolu à l'avenir. Le i5 février suivant, un commis de M. Colbert m'apporta une bourse fort propre dans laquelle il y avait cinq cents écus en or : cette gratification, toujours continuée, et augmentée de cinq cents livres en Tannée 1669 , a duré sur ce même pied jusqu'en i683. Dans ce tems-là , les Suisses venaient d'arriver pour renouveler leur alliance avec la France. Il fallut faire une médaiUe sur ce sujet, et ce fut le travail dont s'occupa notre naissante académie. M. l'abbé de Bourseis fut celui qui y eut le plus de part , car le vers qui en fait la légende est tout de lui :

Nuiia dies sub me nato^ue hocfaedera rumpet.

Peu de jours après, M. (lolbert demanda une devise pour Monseigneur le Dauphin, qui n'avait encore que trois ou quatre ans. J'eus le bonheur d'en faire une qui fut agréée préférablement à plusieurs autres. Le corps est un éclat de tonnerre qui sort de la nue avec ce mot : Et ipso terret in ortu . £Ue fat mise sur les enseignes du régiment de Monseigneur le Dauphin , et sur les casaques de ses gardes. Quand il n'y avait pas d'ouvrage de commande, l'académie travaillait à revoir et à corriger les ouvrages, soit de prose, soit de vers,

Xxiv MÉMOiaES,

qui se composaient à la louange du roi , pour les mettre en état d'être imprimés à l'imprimerie du Louvre. Il en a été corrigé de quoi faire un très-gros volume , et j'ai rendu les manuscrits de ces différens ouvrages , qui remplissent deux fort grands porte-feuilles. Chacun de ceux qui composaient cette petite Académie , travaillait aussi de son côté à des ouvrages particuliers sur les belles actions de Sa Majesté.

M. Colbert nous demanda des dessins pour des tapisseries qui devaient se faire à la manufacture des Gobelins. Il en futdonné plusieurs entre lesquels on choisit celui des Quatre Ëlémens , où l'on trouva moyen de faire entrer plusieurs choses à la gloire du roi. Comme ces tapisseries se voient tous les jours , et que les estampes avec le discours qui les accompagne, forment un beau volume, je n'en dirai pas davantage. J'observerai seulement que toutes les devises sont de moi. A d'autres que mes enfans je n'aurais pas fait cette remarque , et moins encore ce que je vais dire. Ayant porté à M. Colbert quarante-huit devises pour cette tapisserie , seize dé l'abbé de Bourseis, seize de l'abbé de Cassagnes, et seize de ma façon toutes mêlées les unes avec les autres , afin qu'il en choisit seize sans savoir qui en était l'auteur, il s'en trouva quatorze* des miennes. Dans la joie que j'en eus , je ne pus m' empêcher de le lui dire. Sur quoi il me demanda quelles étaient les deux autres devises de ma façon qu'il n'avait pas adoptées. Les lui ayant marquées : « Ces deux-là, me dit-il , me semblent aussi bonnes que les deux que j'ai prises à leur place : il faut les joindre avec les autres , et qu'elles soient toutes de vous. » On fit ensuite le dessin de tenture des Quatre Saisons de l'année^ sur le modèle de celle des Quatre Ëlémens : on l'a aussi gravée et accompagnée de semblables explications. Des seize devises qui ornent cette tenture , il y en a neuf de moi.

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