LIVRE L xxrij
«pi'il ne fit point : ainsi la chose en demeura là. Ce fut une grande perte pour la petite académie ^ mais un bonheur pour M. Pélisson et particulièrenient pour MM. Racine et Despréaux , chargés depuis d'écrire l'histoire du roi par madame de Montespan , qui regarda ce travail comme un amusement dont elle avait besoin pour occuper le roi. Us en ont reçu de très-grandes récompenses en différens tems.
M. Golbert ayant formé cette petite académie , songea à en établir une plus grande et plus considérable , pour l'ayancement et la perfection de toutes les sciences. U se fit donner d'abord un mémoire de tous les hommes savans qui s'assemblaient alors chez M. de Montmort, conseillerd'état y amateur de toutes les sciences et de tous les savans, comme aussi de tous ceux qui étaient en réputation d'exceller en quelque science , soit dans le royaume , soit dans les pays étrangers. M. Chapelain , M. l'abbé de Bourseis et M. Carcavi furent ceux qu'il consulta particulièrement sur ce choix. Voici les noms de ceux qui furent choisis les premiers : MM. Carcavi , Roberval , Huygens , Frenide, Picard, Duclos^ Bourdelin, de la Chambre, Perrault, Anzout, Pecquet, Buot, Gayant, Mariotte et Marchand» Ttas bien de la peine à faire consentir mon frère à être de cette académie, non qu'il ne se tjtnt très-honoré du choix qu'on faisait de lui, « mais, disait-il, je n'ai point les qualités nécessaires pour être mis avec tant d'excellens honunes ■ » Cette modestie était sincère , quoiqu'il eût lui
' GUade Perraaity de rAcadémie Royale des Sciences , et médecin de U Faculté de Paris, dont il sera beaucoup question dans ces mémoires ^ fut un des plus fameux architectes du règne de Louis XIY.. n naquit à Paris , en i6i3, de P. Perrault, avocat au parlement» ori(paaire de Tours. U devint, sans aucun roattre, sans avoir vu Titalie^ et par la seule force de son génie, habile dans tous les arts qoi ont du
XXviij MÉMOIRES,
seul les talens de dix autres. La famille , qui se joignit k moi , et qui passa plusieurs jours à le presser, eut bien de
rapport au dessin. Dans le nombre .des connaissances q^u*H possëdaît à un hautdegrë, telles que la médecine, les mathématiques, la physique , les mécaniques, Fanatomie y il fit son capital de Tarchitecture , et y excella supérieurement. Nous avons de lui differens monumens, qui sont regardés comme autant de chefs-d*œovre : savoir, le péristyle du Louvre , TObservatotre , le magnifique arc de triomphe du Trône , la chapelle du château de Sceaux , le bosquet des bains d* Apollon , dans le jardin de Versailles, Fallée d*eau et la plus grande partie des dessins des vases, soit en marbre, soit en bronse, qui ornent ce parc. Outre tous ces ouvrages , qui peuvent être mis en pa-« rallèle avec ce que les anciens nous ont laissé de plus parfait pour le grand goût de Tarchîtecture , nous avons encore, de ce célèbre architecte, une traduction de Yitruve, qu*il fit par ordre de M.^ Golbcit, traduction remplie de mille observations très>curieuse» et très'^utiles à ceux qui veulent s'instruire de Tarchitecture .des anciens. Il nous a donné aussi V Abrégé des dix livres d'Architecture de Vitruve , dans lequel il a mis en ordre ce que cet ancien architecte a traité confusément, et il a rassemblé, sous le même chapitre , ce qui se trouve dispersé en plusieurs endroits, concernant un même sujet. Nous avons encore de lui un ouvrage intitulé : Ordonnance des cinq espèces de Colonnes , suivant la méthode des anciens , lequel contient une ma> nière infiniment plus aisée que toutes les autres, pour l'usage des cinq ordres.
Indépendamment de ces livres sur l'architecture , M. Perrault se distingua par plusieurs autres : tels sont sts Essais de Physique , s^s Mémoires pour servir à f Histoire Naturelle des Animaux , dressés sur les dissections faites dans l'Académie des Sciences ; enfin par un recueil de diverses machines de son invention , qui lui ont fait beaucoup d'honneur. Il mourut à Paris , le 9 octobre 16S8, âgé de 75 ans. Quoiqu'il n'eût guère exercé la médecine que pour ses amis et sa famille , la Faculté eut tant d'estime pour lui , qu'elle députa , après sa mort, à ses héritiers , pour avoir son portrait, qui fut placé dans les écoles publiques, parmiceuxdeFemel,d'Acakia, deRiolan et d'autres^ qui ont fait le plus d'honneur à ce corps. ( Noie de Patte. )
LivaE I. XXIX
la peine à le faire résoudre^ Dans la suite, M. Duhamel , aU)é de Saint-Lambert, fot admis daus l'Académie, à locGasion de la traduction qu'il fit des Droits de ia Reine, en latin , comme je le £rai ci-après* M. Fabbë Gallois le suivit . mon frère le médecin l'avait indiqué à M. Colbert, pour être son bibliothécaire , et c'est par là qu'il entra dans rAcadémie. M. Blondel , qui depuis a été mattre de mathématiques de Monseigneur le Dauphin , y entra ensuite, et ce fut moi qui le présentai. M. de Cassini fut proposé environ yers ce tems-là, par M. Carcavi, . qui le fit venir de Bologne, en Italie, où il était professeur, et lui fit donner neuf mille livres de pension. M. Carcavi espérait d'en faire son gendre ; mab ce projet ne réussit pas, et M. de Cassini prit alliance d'un autre côté. M. Dodart ayant été proposé par mon frère le médecin , fut reçu peu de tems après. A l'égard de M. du Yemay, il n'y fut admis qu'après la mort de M. Gayant, chirurgien, pour faire les dissections en sa place : ce fut mon frère qui l'indiqua , et qui l'aida de son crédit, de son argent, et même de son savoir, pour remplir d'abord avec dignité tout son emploi. Yers le même tems, M. de la Hire fut reçu dans Tacadémie.
Outre ceux que je viens de nommer , qui tenaient les premières places dans l'académie, il y en avait d'autres d'une classe inférieure , et qui n'y étaient que pour écouter , pour exécuter ce qui avait été résolu par la compagnie , et particulièrement pour faire les observations dont elle avait besoin. De ce nombre étaient le sieur Richer, qui alla en Cayenne , le sieur Niquet qui avait soin de la construction des modèles et des machines qu'on faisait faire , soit que ces machines fussent anciennes, comme la pompe du Pont-Neuf, les grues , les engins , les moulins à vent, etc. , soit qu'elles fussent de nouvelle invention , comme des machines à net-
HXX MEMOIRES,
loyer des ports de mer, à scier des pierres, à faire des bas de soie , des mbans , etc. Il y avait encore plusieurs de ces élèves dont les noms ne me reviennent pas. Le sieur Couplet fut nommé pour être comme Thuissier de la compagnie : depuis il fut fait concierge de TObservatoire , dès qu'on commença à le bâtir.
Il fut réglé que l'académie s'occuperait à cinq choses principales, aux mathématiques , à l'astronomie, à la botanique ou science des plantes, à l'anatomie, et à la chimie. M. Roberval, M.Frenicle , IVLHuygens et M. Blondel s'appliquaient particulièrement à ce qui regarde les mathéma-' tiques ; M. de Cassini , M. Auzout , et depuis , M. de la Ilire eurent l'astronomie pour leur partage ; M. de la Chambre , M. Perrault, M. Gayant, et, depuis, M. du Vemay, travaillèrent à l'anatomie; M. Duclos, M. Bourdelin, et, depuis, M. Borel, eurent soin de la chimie ; M. Dodard et M. Marchand s'appliquèrent à la connaissance des plantes et de tout ce qui regarde la botanique. M. du Hamel fut d'abord le secrétaire de la compagnie , et M. Colbert de Croissi l'ayant quelque tems après mené en Angleterre où il alla en qualité d'ambassadeur , M. l'abbé Gallois en fit la fonction. M. du Hamel étaQt de retour , reprit sa place , et l'occupe encore.
M. l'abbé de Bourseis demanda qu'il y eût des académiciens pour la théologie. M. Colbert l'ayant agréé, plusieurs docteurs en théologie furent ncnnmés , entre autres l'illustre M. Ogier , le plus célèbre prédicateur de son tems , qui après avoir charmé Paris , s'était fait admirer en Allemagne à la suite de M. Da vaux, ambassadeur, qui l'avait emmené €n qualité de son ami. Ce M. Ogier avait un frère qui a écrit ses voyages vers le nord, très-élégamment, sous le titre èHter Danicum, Les conférences de théologie durèrent peu :