‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 15 sur 97 · LIVRE I. XXXJ · texte numérisé non relu

LIVRE I. XXXJ

car la Sorbonne qai en fut alarmée vînt par députés s'en plaindre à M. Golbert, qui se rendit à leurs remontrances^ n'ayant pas pa disconvenir qu'il y avait du péril à laisser le pouvoir à des particuliers de disputer sur des matières de religion , qu'il CaJlait abandonner aux Facultés établies pour en connaître. Il fut en même tems résolu que dans l'académie occupée aux sciences que j'ai marquées , on ne disputerait point sur les matières de controverse ni de politique , à cause du péril qu^il y a de remuer ces sujets sans mission ou sans nécessité. U fut encore ordonné que les astronomes ne s'ap* plicpieraient point à l'astrologie judiciaire ^ et que les chimistes ne travailleraient point à la pierre philosophale : ces deox choses ayant été trouvées très-frivoles et très-pernicieuses.

Cette Académie n'était pas encore tout-à-fait établie, que M. Golbert fit]un fonds de la somme de cent mille livres sur l'état des bâtimiens du roi, pour être distribué aux gens de lettres. Tout ce qui se trouva d'hommes distingués pour l'é-» loqnence , la poésie , lès mécaniques et les autres sciences, tant dans le royaume que dans les pays étrangers , reçurent des gratifications , les uns de mille écus , les autres de deux mille livres , les autres de cinq cents écus, d'autres de douze cents livres, quelques-uns de mille livres, et les moindres de six cents livres. U alla de ces pensions en Italie, en Allemagne, en Danemark, en Suède et aux dernières extrémités du Nord : elles y allaient par lettres de change. A l'égard de celles qui se distribuaient à Paris , elles se portèrent la première année chez tous les gratifiés , par le conmiis du trésorier des bâtimens , dans des bourses d'or , les plus propres du monde ; la seconde année dans des bourses de cuir. Comme toutes choses ne peuvent pas demeurer au même état, et vont naturellement en dépérissant , les années sui-

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vantes il fallut aller .recevoir soi-même les pensions chez le trésorier, en monnaie ordinaire. Les années bientôt eurent quinze et seize mois ; et «piand on déclara la guerre à l'Espagne , une grande partie de ces gratifications s'amortirent. Il ne resta presque plus que les pensions des académiciens de la petite académie et de l'académie des sciences : ce qui a continué et continue encore jusqu'à présent. Mon frère le médecin a toujours eu deux mille livres d'appointement , comme étant de l'académie des sciences , sans compter les gratifications qu'il a reçues , comme travaillant aux dessins du Louvre , de l'Observatoire , de l'arc de Triomphe , et de plusieurs ouvrages faits à Versailles, comme je dirai en son lieu» Il fut résolu que l'académie des sciences s^assembleraît à la bibliothèque du roi, dans une salle-basse, et qu'elle y tiendrait ses assemblées deux fois la semaine , le mercredi et le samedi.

Deux choses ayant paru nécessaires, pour mettre l'académie en état de travailler et de répondre à ce que l'on se promettait de son établissement, saVbir un laboratoire pour la chimie, et un observatoire pour l'astronomie, M. Colbert ordonna que l'on construirait un laboratoire dans l'endroit de la bibliothèque qui s'y trouverait propre, suivant le plan et les dessins qu'en donnerait M. Duclos, à qui l'on fournirait tous les ustensiles, outils, drogues et vaisseaux dont il aurait besoin pour les opérations qu'il conviendrait de faire. MM. de l'académie furent chargés d'examiner où l'on pourrait bâtir un observatoire. Ils jetèrent d'abord les yeux sur Montmartre, comme un lieu d'où l'on découvrait aisément tout l'horizon ; mais on trouva que toutes les fumées de Paris, qui est au midi de cette montagne, étaient un obstacle perpétuel à toutes sortes d'observations. Après avoir encore revu tous les environs de Paris , on ne trouva point

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