‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 21 sur 97 · LIVRE II. xlr · texte numérisé non relu

LIVRE II. xlr

san du cayaiier : « C'est, dît Tabbé, M. Le Brun qui fait courir ce bruit , parce que le cavalier ne loue pas ses ouvrages, qui en effet ne valent rien, » J'ai toujours remarqué dans les Italiens un grand acharnement sur IVL Le Brun ; j'en rapporterai dans la suite plusieurs exemples , et je dirai seulement ici que c'est une marque bien assurée qu'ils regardaient ^M. Le Brun comme un des plus grands hommes qu'il y ait jamais eu pour la peinture.

Revenons au buste du roi ' : le cavalier y a réussi , ipioiqu'il y ait plusieurs défauts. Le front 'est trop creux , et diminue quelque chose de la belle physionomie de l'original. M* Yarin fut le premier qui s'en aperçut, ou du moms qui osa lé dire. Le nez est un peu trop serré , et Técharpe, à laquelle on donne tant de louanges ^ n'est pas bien entendue. Comme elle enveloppe le bout du bras du roi f ce ne peut être qu unei écharpe qu'on a mise sur le buste du roi, et non pas t'écharpe qui était sur le corps du roi quand on a fait son buste , parce que cette* écharpe alors n'environnait pas son bras de la manière qu'elle l'environne.

Pendant qu'il travaillait à ce buste , on se disposait à l'exécaâon de son dessin pour la façade du Louvre. Il fît ^ devis le plus ample que l'on ait jamais fait, et le plus rempli de précautions inutiles, qu'il fallait cependant regarder comme des effets d'une prudence consommée* Il fit venir de Rome des murateurs : c'est ainsi que Ton nomme

en cette ville ceux que nous appelons ici des maçons , prétendant que nous n'entendions rien à bâtir. Il voulait qu'on

observât deux choses qu'il est bon de pratiquer en Italie ,

où l'on se sert de possQlane an lieu de sable, mais qui ne

' Ce buste se voit à Versailles, dans la salle de Ye'nus.

xlv) MÉMOIBES,

valent rien en ce pays ; la première d'employer le moelle» dans les fondations sans le dresser uapeu avec le martraw; et le poser par assises , mais tel fa'il se présente, et sans ancwi arrangemoC. C'est, disait-il, quêtant jeté àFaven- Uire, il fait mie meilleure liaison avec le mortier , et nn corps plus solide. En second lieu, il voulait qu'on mouillât le moellon en le mettant en œuvre. Nos entrepreneurs, soutenaient vigoureusement le contraire , en sorte qu'il fut résolu qu'on ferait un essai des deux constructions dans la place du palais Mazarin. Les murateurs bâtirent à leur manière deux murs de cinq ou six pieds de haut, sur lesquels ils firent une voûte de la même construction que les murs, c'est-à-dire de moellons posés à l'aventure. Nos entrepreneurs élevèrent des murs de la même hauteur , et construisirent au-dessus une voûte de la même forme et figure que celle des Italiens , avec les mêmes matériaux , mais employés à la manière qu'on le pratique en France. L'hiver ayant passé sur ces deux édifices , la voûte italienne tomba d'elle-même au premier dégel, et la françabe demeura ferme , et se trouva plus forte qu'elle n'était quand ils l'achevèrent Xes murateurs furent fort étonnés , et s'en prirent à la gelée qui avait tout gâté : comme si c'était une chose fort extraordinaire qu'il gelât en hiver.

Gomme le dessin du cavalier Bemin n'était pas bien conçu , et qu'il ne pouvait être exécuté qu'à la honte de la France, )e fis un mémoire de quelques-uns des défauts dont il était rempli : car je ne jugeais pas à propos, d'en remarquer un bien grand nombre pour la première fois. J'envoyai ce mémoire à M. Colbert , qui était alors à Saint-Germain. La première fois qu'il vint à Paris , après l'avoir reçu, il me fit entrer avec lui dans son jardin, et ^quitta même l'audience qu'il donnait, pour me parler.

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