LIVRE II. dri
« «Tai été surpris, me dil-il, da mémoire que tous m^avez envoyé; tout ce que tous marquez est^l yrai , etravez- TOQs bien examiné ? •— • Je ne crois pas , monsieisr , avoir ricp mis qui ne soit comme je l'ai observé ; mais n'y auraît-il pas de Timprndence dans la liberté qae j'ai prise? —Vous avez bien fait, me dit-il; continuez , on ne peut trop s'éclaircir sur une matière de cette importance ; je ne comprends pas , ajouta-t-il , comment cet homme Tenlend de Doos donner un dessin où il y a tant de choses mal coDçoes. » Dès ce moment même sans doute M. Colbert vit bien qu'il s'était mal adressé ; mais il fallait soutenir la gageure. Il crut peut-être aussi que par ses bons avis il remettrait le cavalier sur la bonne voie , et qu'en lui montrant ses fautes, on l'amènerait à l'excellent : mais il ne connaissait pas encore le cavalier.
n aurait été malaisé de trouver deux génies plus opposes. Le cavalier n'entrait dans aucun détail, ne songeait qa'à faire de grandes salles de comédie et de festins , et ne se mettait point en . peine de toutes les commodités , de tomes les sujétions et de toutes les distributions de logement nécessaires : choses qui sont sans nombre , et qui demandent une application que ne pouvait prendre le génie vif et prompt du cavalier; car je suis persuadé qu'en fait d'architecture il n'excellait guère que dans les décorations et les machines de théâtre. M. Colbert, au contraire , voulait de la précision , et savoir où et comment le roi serait logé ; comment le service se pomraît faire conunodément* Il croyait , et avec raison , qu'il fallait parvenir nonseulement à bien loger la personne du roi et toutes les personnes royales , mais donner des logemens conmiodes à tous les officiers jusqu'aux plus petits, qui ne sont pas moins nécessaires que les plus importans ; il ne cessait de
xinîj MÉMOIRES,
composer et de faire faire des mémoires de tout ce qa'W (allait observer dans la distribution des différens logemens, et fatiguait extrêmement l'artiste italien. Le cavalier n'entendait rien, et ne voulait rien entendre à tous ces détails, s'imaginant qu'il était indigne d'un grand architecte comme lui de descendre dans ces minuties. Il s'en plaignait à M. de Chantelou, et même d'une manière peu respectueuse : fc M. Colbert, lui disait-il, me traite de petit garçon (ce sont les termes du journal de M. de Chantelou qui m'a été communiqué depuis sa mort); avec des discours inutiles sur des privés et des conduits sous terre , il consomme des congrégations toutes entières : il veut faire l'habile et n'y entend rien ; c'est un vrai cocalone. » Il ajouta que M. Colbert lui avait voulu faire faire una malla creanca; qu'il l'y avait assez poussé, mais que la raison l'avait retenu.
Si le cavalier n'était pas content de M. Colbert , ce ministre était, de son côté, très-ioécontent de lui; il n'en témoignait pourtant rien au-deh«rs, et parlait toujours de lui avec une estime extraordinaire.
-Un jour M. Colbert dit au cavalier Bemin : « Nous allons nous embarquer dans un bâtiment qui coûtera bien des millions ; mais n'importe , le roi n'y aura poin^ de regret , s'il est tel qu'il y a tout lieu de l'espérer. Cependant je fais une remarque , que si nous n'y prenons garde , il arrivera que dans ce bâtiment, où il y aura des salles de festin , des salles de comédie , des salons d'une grandeur prodigieuse , des galeries admirables , et tout ce qui fait la majesté d'un grand palais , le roi sera obligé de coucher dans une chambre si petite, que la moitié des seigneurs et des officiers qui ont droit d'entrer, n'y pourront pas tenir. Ce serait assurément un grand reproche qu'on aurait à nous faire; car il faut poser *pour fondement que le Louvre