‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 27 sur 97 · LIVRE II. Iv · texte numérisé non relu

LIVRE II. Iv

qui venait de se passer , il se contenta de me dire que j'eusse mieax fait de ne point parler sur le dessin du cavalier , mais que je ne craignisse rien ; quUl était trop habile homme pour f air^ un incident dans la conjoncture où étaient les choses. Je crois effectivement que s'il eât reçu en ce tems-là les trois mille louis d'or que je lui portai quand il s'en alla , comme je le dirai ci-après , il aurait pu faire ({aelqu'incartade.

Le cavalier proposa deux choses pour la construction des fondations du Louvre , outre celles que j'ai marquées ci-devant, d'arroser le moellon , et de ne le point arranger : 1** de faire une retraite de deux pieds sur la troisième assise des fondations , ce qui n'aurait rien valu , parce qu'elle aurait posé sur la queue des libages de dessous ; cette retraite fut réduite à près de la moitié ; 2^ de fouiller la terre aplomb, ce qui n'aurait aussi rien valu, et ne fut pas suivi.

M. de Chantelou a rapporté , dans son journal , beaucoup de dires du cavalier Bemin , que je mettrai ici tout de suite pour 'éviter la peine de marquer les tems , les lieux et les rencontres où il les a dites : circonstances qui ne sont d'aucune utilité.

Un buste de marbre est comme un visage dont tout serait blanc, etc.

Il n'est pas honteux à la France d^avoir pris un architecte à Rome , comme il ne serait pas honteux à Rome de venir prendre en France un général d'armée , si elle en avait besoin.

Ayant demandé au pape Urbain YIII une dot pour une fille , que j'assurais avoir beaucoup de vertu : « Elle a une dot, me répondit le pape , si elle a de la vertu. »

Le Bemin estimait le Pasquin de Rome ( c'est un soldat

Ivj MÉMOIRES,

d'Alexandre , qui le soutient , lorsqu'il est blessé an siège de Tyr ) , le plus bel ouvrage de l'antiquité , et ensuite le Torse , qu'il disait être un Hercule.

Il dit que le pape Urbain YIII avait (ait, sur la Daphné, l'épigramme qui suit :

Quisguis amans sequiturfugitivœ gaudiaformœ » Fronde manus implet , baccas ceu carpit amaras.

Je l'ai traduite ainsi :

Qui suit une beautë dont le feu le consume y

Ne cueille en rattrapant qu*un fruît plein d^aniertuive.

Que les médailles qui avaient le moins de relief étaient des meilleurs mahres ;

Qu'il y avait à Rome un bouclier de quatre à cinq pieds de haut , qui ne pèse que deux livres , bouclier cependant à l'épreuve du mousquet. Il est de trois peaux de poissons l'une sur l'autre ; qu'il y a des manèges en Italie qui ont des descentes et des montées , pour y accoutumer les chevaux.

Il disait à M. le Nonce que c'était Dieu qui l'inspirait en faisant le dessin du Louvre •: que Michel-Ange n'avait fait en sa vie que neuf ou dix figures , quoiqu'il eût vécu ga ans; qu'Annibal Carache, pressé de dire son sentiment sur les fi-

gures de Michel-Ange , répondit qu'il faudrait avoir vu le corps des hommes dutems de Michel-Ange ; qu'il avait un grand ennemi à Paris , la grande opinion que l'on avait de lui^ UconceUo chetroQo dime; qu'il fallait mesurer l'eau avec une horloge.

Il dit à M.Colbert, qui louait son dessin , qu'il n'en était pas l'auteur, mais que c'était Dieu , que Paul III dit un jour :

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