‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 29 sur 97 · LIVRE II. lix · texte numérisé non relu

LIVRE II. lix

Il faut achever ce qui regarde le cavalier Bernin , avant que de passer à autre chose. Lorsque les fondations du devant du Louvre , du dessin du cavalier Bernin , furent fort avancées, il demanda à s'en retourner, ne pouvant se résoadre à passer Thiver dans un climat aussi froid que le nôtre. La veille de son départ , je lui portai moi-même , et dans mes bras, pour lui faire plus d'honneur, trois mille louis d'or en trois sacs , avec un brevet de douze mille livres de pension par an, et un de douze cents livres pour son fils. Il me dît pour toute réponse , que de pareils bonjours seraient bien agréables , si l'on en donnait bien souvent : qu'à l'égard du brevet , il croyait qu'il pourrait être payé une année ou deux , et pas davantage. Je lui répondis que les promesses du roi étaient solides , et qu'il n'ayait aucun sujet de pouvoir en douter. Je fus surpris d'une si bizarre réception. On lui promit trois mille louis d'or par an , s'il voulait rester ; six mille livres, pour son fils, et autant au seigneur Mathias son élève ; neuf cents au sieur Jules , six cents livres au sieur Cosme , camerier , et cinq cents livres à chacun de ses estafiers , et en cas que le sieur Mathias demeurât seul, on lui promit douze mille livres par an. *

' Comment concilier ce qui est rapporte ici avec ce que dit Voltaire , dans son discours sur Fenvie :

A la voix dft Colbert Beraini vint de Rome ;

De Perrault f dans le Loarre, il admira la main :

Ah ! dit-il , il Parir renferme dani son sein

Des travaux si parfaits , un si rare génie ,

Fallait-il m*appeler du fond de Tltalie ?

Sî le Bemin avait admiré le dessin de Perrault le médecin , son ■m D*aarait certainement pas manqué de le rapporter. Si Ton corn-

Ix MÉMOtAES,

Quand il fat question de bâtir sur les^ fondations du câ" valier Bernin , M. Colbert, qui commençait à se dégoûter du dessin qu'il avait donné , voulut que le roi , qui était h Saint-Germain , vint voir à Paris le modèle du dessin * du cavalier , achevé avec beaucoup de soin et de dépense , et que Sa Majesté décidât de l'exécution en présence de toute sa cour , afin d'être disculpé envers le public , si ce dessin venait à être généralement désaprouvé. La veille du jour pris pour cette résolution , je mis sur la table de M. Colbcrt

pare aussi ce que dî^ Yoltaire , dans son Siècle de Louis XIF", lorsqu^il traite du gouvernement intérieur du royaume, avec ce que rapporte ici M. Perrault , on y trouvera bien de la dîGFërence. «On "» appela de Rome , dit cet écrivain, le cavalier Bernin, dont le nom >» était célèbre par la colonnade qui entoure le parvis de St-Pierre , » par la statue éqaestre de Constantin, par la fontaine de la place a» Navone. Des équipages lui furent fournis pour son voyage. Il fut » conduit à Paris en homme qui venait honorer la France. Il reçut, » outre cinq loais par jour pendant huit mois qu*il y resta , un présent » de cinquante mille écus, avec une pension de deux mille écus , et » une de cinq cents pour son fils. Le Bernin , par reconnaissance , fit M d^uis, à Rome , la statue équestre du roi , qu*on voit à Versailles. » Mais quand il arriva à Paris avec tant d'appareil , comme le seul » homme digne de travailler pour Louis XIV , il fut bien surpris de » Voir le dessin de la façade du Louvre, du côté de Saint-Germain— » PAuzerrois, qui devint bientôt après, dans l'exécution , un àt% plus » augustes monumens d'architecture qui soient au monde. Claude M Perrault avait donné ce dessin , exécuté par Louis le Vau et Dor^ » bay. 11 inventa les machines avec lesquelles on transporta des pier- » res de cinquante^deux pieds de long, qui forment le fronton de ce » majestueux édifice. » ( Note de Patte, )

^ On peut voir, dans le livre d'architecture , nommé le Grand Marot , le projet du cavalier Bernin , qui y est gravé tout entier.

( Note de PatU, )

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