LIVRE III. Ixix
songeai plus, et il fallut solliciter puissamment presque tons ceux de la compagnie qui me voulaient nommer , de n'eu rien faire , en leur représentant de quelle conséquçnce il serait, qu'à mon occasion, l'intention de M. Golbertne fût pas exécutée. M. de La Chambre fut donc élu, et j'attendis encore. Le procédé de TAcadémie, dont j'étais fort content , déplut tellement à mes frères , et ils me fatiguèrent si fort là-dessus , que je laissai passer MM. Régnier ctQiiînault, et plusieurs autres; mais enfin M. l'abbé de Montignjr, évéque de Léon, étant mort, l'Académie me nomma sans que je fisse aucune sollicitation.
Le jour de ma réception , je fis une harangue dont la cdltfpagnie témoigna être très-satisfaite , et j'eus lieu de croire que ses louanges étaient sincères. Je leur dis alors qA mon discours leur ayant fait quelque plaisir , il aurait fait plaisir à toute la terre, si elle avait pu m'entendre ; qollme semblait qu'il ne serait pa& mal à propos que l'Acadëmie ouvrît ses portes aux jours de réceptioi. , et qu'elle 66 fh voir dans ces sortes de cérémonies, lorsqu'elle est parée , de même qu'il est très-bon qu'elle les ferme lors- <[a'ell& travaille à son Dictionnaire , parce que^ le public n est pas capable de connaître les beautés de ce travail , qui ne se peut faire sans disputes , et même quelquefois sans chaleur. Ce que je dis parut raisonnable, et d'ailleurs la pivert s'imaginèrent que cette pensée m'avait été inspirée par M. Colbert ; ainsi tout le monde s'y raqgea , et l'approuva d'une commune voix. Il n'y eut que M^ Chapelain , rigide observateur des coutumes anciennes , qui s'y opposa <{iielqae tems, prétendant quïl ne fallait rien innover : mais il ne fut suivi de personnet
Le premier qui fut reçu ^près moi , fut M. l'abbé FJé~ chicr , évéque de Ntmes. Il y eut une foule de monde et de
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beau inonde à sa réception, et le public témoigna une extrême joie de ce nouvtl établissement.
On peut dire que T Académie changea de face k ce moment : de peu connue qu'elle était , elle devint si célèbre, qu'elle faisait le sujet des conservations ordinaires. Outre que les harangues du récipiendaire et du directeur étaient plus étudiées et plus châtiées que lorsqu'elles se faisaient à hui»-clos , plusieurs de la compagnie lisaient de leurs ouvrages sur. toutes sortes de sujets agréables. L'abbé Talle-^ mant le jènne prononça trois ou quatre fois des discours d'éloquence trèfr-beaux, mais surtout si bien prononcés qu'il enlevait lous les auditeurs. La satisfaction qu'en reçut le public , et particulièrement M. Colbert, fut cause d^sa fortune ; il lui fit donner par le roi le prieuré de Sausseuset proche Yemon, et une pensiwi de i«5oo liv., espéitat qu'il en ferait un excellait prédicateur. Il avait commencé* dès sa jeunesse , à s'appliquer à la prédication , où il réussit beaucoup ; mais , ayant voulu s'y remettre après dix années d'interruptioB , il ne se retrouvaiplus le même , et abandonna tout.
Dans ce tems, M, le chancelier , protecteur de l'Académie , vint k mourir. Le roi , qui aime cette compagnie , ne dédaigna pas de lui succéder dans la place de protecteur de l'Académie française. II voulut qu'elle thit à l'avenir ses assemblées dans le Louvre , au même endroit où se tenait le conseil^ lorsque Sa Majesté y logeait M. Dumetz, garde des meubles de la couronne , eut ordre de meubler cet appartement ; ce qu'il fit avec une propreté et même une magnificence qui marquaient l'amour qu'il a pour les belles-lettres et ceux qui en font profession^ M. Colbert , affectionnant fort l'honneur de la compagnie , porta le roi à lui donner tous les livres douUes de sa bibliothèque