‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 34 sur 97 · LIVRE III. Ixzj · texte numérisé non relu

LIVRE III. Ixzj

royale , ce qui forma une belle petite biblîothèqtte. Il fit encore acheter tous les livres de ceux de la compagnie i qni, étant morts , n'avaient point d'I^ëritiers qui pussent les fooniir ; ce qui alla à sept ou huit cents volumes. L'iiK tention était que tous ceux de la compagnie qui composeraient des ouvrages ) eh missent un exemplaire à cette blibliotkèque ; ce qui , avec le tems, aurait fait un amas'dt livres très^beaux et très»honorables à la compagnie ; mais cela n'a pas été observé fort exactement.

Lorsque j'entrai dans l'Académie , rélection des académidens se faisait de cette sorte. Un mois après la mort d'm académicien , un de la compagnie , après en avoir parlé avec quelques-uns de ses amis de la compagnie , disait : Nous avons perdu M. un tel ^ etc. , je crois que nous ne poarrions mieux faire que de jeter les yeux sur M. un M, pour remplir sa place : vous connaissez son mérite, etc. Pe« de tema après ma réception, je dis qu'il me semblait que Dieu avait bien assisté l'Académie dans le choix de ceux qu'elle avait reçus jusqu'alors , vu la manière dont elle les nommait; mais que ce serait le tenter que de vouloir contirner à en user de la sorte ; que ma pensée était qa'il faudrait dorénavant élire par scrutins et par billets , afin que chacun fût dans une pleine liberté de nommer ceux qu'il lui plairait. On crut que cette pensée ne ve* ■ait pas de moî seulement , mais qu'elle pouvait m'avoir été inspirée par M. Colbert, ou du moins qu'il l'avait approuvée ; et Ton demeura d'accord de prendre cette voie à Tavenir : oe qui a été exécuté. Pour faire ces élections et se. créer des officiers, j'ai dpnn^ une petite machine fort commode, et j'ai ai lait la dépense avec plaisir.

M. Colberl ayant observé que les assemblées de l'Aca- ^mie ne se faisaient pas avec la régularité nécessaire

hxij MÉMOIRES,

pour avancer le travail du Dictionnaire, dont on s'occupait depuis plus de quarante ans , y établit Tordre qae je vais dire. Il n'y avait point dlietore réglée à laquelle l'assemblée dût commencer ses séances , ni à laquelle elle dût finir; les uns venaient de bonne heure , les autres fort tard ; les uns y entraient lorsque les autres commençaient à en sortir ^ et quelquefois tout le tems se passait à dire des nouvelles. Il fut résolu qu elle commencerait à trois heures sonnailles, et qu'elle finirait lorsque cinq heures sonneraient. Pour l'exécution exacte de ce règlement , M. Colbert fit donner une pendule à l'Académie , avec ordre au sieur Thuret, horloger, de la conduire et de l'entretenir. Ce ministre , voulant bien entrer dans les plus petits détails, fit donner un registre couvert de maroquin, où le secrétaire écrivait toutes les délibérations de la compagnie ; des écritoires ^ des flambeaux , de la cire , du bois, et il étaUit des gages à une des mortes payes du Lquvre , pour ouvrir, fermer et nettoyer les salles où la compagnie s'assemble , et pour en être comme l'huissier et le concierge.

Afin d'eqgager encore davantage les académiciens à être assidus aux assemblées , il établit qu'il leur serait donné quarante jetons par chaque jour qu'ils s'assembleraient , afin qu'il y en eût un pour chacun , en cas qu'ils s'y trouvassent tous ( ce qui jamais n'est arrivé ) , ou plutôt pour être partagés entre ceux qui s'y trouveraient; et que s'il se rencontrait quelques jetons qui ne pussent pas être partagés, ils accrottraient k la distribution de l'assemblée suivante. Ces jetons ont , d'un côté , la tête du roi , avec ces mots : Louis-le-Grand; et, de l'autre côté, une couronne de laurier avec ces mots . A rimmoriçliié; et autour ^ Protecteur de V Académie Française.

M. Colbert projeta de faire donner un demi-louis d'or à

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