‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 35 sur 97 · LIVRE Ilf. Ixxilj · texte numérisé non relu

LIVRE Ilf. Ixxilj

chacun des présens ; mais il fit réflexion que cette libéralité pourrait faire tort à l'Académie , parce que cette distribution irait â 8 ou 900 livres par an , ce qui serait regardé comme un bon bénéfice , que les grands de la Cour sollici^ teraient etferaient avoir à leurs aumôniers , aux précepteurs àt leurs enfans , et même à leurs valets de chambre. Cette réflexion le fit même hésiter pour les jetons : mais ayantconsidéré que la rétribution était fort modique , et qu'elle serait ml merveilleux aiguillon , pour exciter , ou du moins, pour déterminer les académiciens à assister aux assemblées, il se détermina â faire cette gratification à la compagnie. On lui doit en partie TachèYement du dictionnaire : car depuis ce rétablissement on a plus et mieux travaillé dix fois qu'on n'avait fait jusqu'alors.

Pour empêcher qu'on ne donnât des jetons à ceux qui viendraient après l'heure sonnée , ce qui commençait à se pratiquer par une espèce d'honnêteté qu'on avait les uns pour les autres, et qui eût anéanti tout le fruit qu'on en pouvait attendre, je n'entrai, exprès, deux ou trois fois, qu'un moment après l'heure sonnée : on voulut me mettre sur la feuille pour participer aux jetons ; je ne le souffris point, afin qu'étant établi qu'on ne me faisait point de grâce , lorsque j'arrivais après l'heure sonnée , personne ne s'en plaignît si on en usait de même à son égard.

Il arriva encore , en ce même tems-là , une chose qm donna bien du relief à la compagnie ; c'est que le roi approuva qu'elle vînt le haranguer, de même que le Parlement et les autres Cours supérieures , dans toutes les rencontres où il trouverait bon qu'elles se donnassent cet honneur. C'est à M. Rose , secrétaire du cabinet , et qui depms a été de l'Académie , que l'on doit cette distinction : voici comme la chose se passa.

\XXÏV MÉMOIRES,

Le roi jouait à la paume à Versailles , et après avoir fini sa partie , se faisait frotter au milieu de ses officiers et de ses courtisans, lorsque M. Rose, qui le vit de bonne humeur, et disposé à entendre raillerie , lui dit ces paroles : « Sire, on ne peut pas disconvenir que Votre Majesté ne soit un trèsgrand prince , trèsr4>oh , très-puissant , et trè^^sage , et que tontes choses ne soient très-bien réglées dans son royaume. Cependant j'y vois régner un désordre horrible, dont je ne puis m'empécher d'avertir Votre Majesté.— Quel est donc, Rose, dit le roi, cet horrible désordre? — C'est, Sire, reprit M. Rose, que je vois des conseillers, des présideus et au-r très gens de longue rqbe, àoat la véritable profession n'est pas de haranguer, mais bien de rendre justice au tiers et au quart, venir vous faire des harangues sur vos conquêtes , pendant qu'on laisse en repos là-dessus ceux qui font une profession particulière d'éloquence.Le bon ordre ne voudraitr-il pas que chacun fît son métier, et que messieurs de l'Académie française , chargés par leur institution de cultiver le précieux don de la parole«vinssent vous rendre leurs devoirs en ces jours de cérémonie, où Votre Majesté veut bien écouter les applaudissemens et le^ cantiques de joie de ses peuples sur les heureux succès qu'il plaît à Dieu de donner à ses armes ? — Je trouve , Rose , dit le roi, que vous avez raison : il faut faire cesser un si. grand désordre , et qu'à l'avenir l'Académie française vienne me haranguer comme le Parlement et les autres compagnies supérieures. Avertissez-en l'Académie , et je donnerai ordre qu'elle soit reçue comme elle le mérite. »

M ^ ^ *, qui était alors directeur, suivi de toute l'Académie en corps, alla haranguer le roi à Saint-Germain , à la suite du Parlement , et de la Chambre des Comptes etde la Cour des Aides. Elle fut reçue comme ces compagnies. Le grand

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