‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 37 sur 97 · LIVRE III. Ixxvij · texte numérisé non relu

LIVRE III. Ixxvij

ment les mêmes choses. M. Colbert, fôchë de voir de l'obstacle à la satisfaction qu'il espérait donner au roi , poussa un peu M. Tabbé Picard , en lui disant qn'il devait prendre garde à ce qu'il avançait; que M. Rlquet n'était pas un homme ordinaire , et que la réussite du canal de la communication des deux mers était un préjugé qu'il ne se trompait pas aussi lourdement qu'on voulait le faire entendre. MJ'abbé Picard , sans répondre un seul mot à M^ Colbert , fit une révérence et se retira. Ce procédé me surprit un peu, et il me parut que ce ministre ne s'y attendait pas«

Ceci se passa au bout de la bibliothèque de M. Colbert. €ûmme il retournait gagner son cabinet , je lui dis que s'il le jugeait à propos je mettrais aux mains M. Riquet et M. labbé Picard , sans que Tun ni l'autre s'aperçût que Ce fftt à dessein, et que je lui rapporterais le plus fidèlement qu'il me serait possible la conversation qu'ils auraient ensemble ; que je pilerais M. Riquet de vouloir bien m'instroire de son dessein , et que M. Tabbé Picard que j'aurais mandé , survenant là-dessus , je les ferais entrer facilement en une dispute qui pourrait éclaircir bien des choses. M.Colbert approuva ma pensée , et le lendemain matin je les envoyai prier tous deux de me venir trouver*

Quand M.Riquet fut venu, car j e l'avais mandé le premier , jehii dis : « M. Colbert m'a ordonné , monsieur , de prendre connaissance de la belle entreprise que vous allez commencer pour faire venir une partie de la rivière de Loire, parce qu il ▼eut que je lui en rende compte, et que j'entre dans le détail de cette affaire pour en régler les paiemens avec vous. Je vous Avoue , monsieur , poursuivis-je , que la chose me paraît bien difficile ; car Versailles est sur une éminence*, et la nvière de Loire est assurément dans le plus bas des plaines où elle passe. — Cela est vrai, monsieur, reprit-iJ, mais le

{zzviij MEMOIRES,

niveau est plus juste que tous les raisonnemens que Ton peut faire à la boule-vue et sur de simples apparences. J'ai fait jeter des niveaux depuis la Loire où je la veux prendre , jusqu'à l'endroit où je la dois mener, et je suis sûr de mou affaire. J'ai de la pente au-delà de ce qu'il m'en faut. — On m'a dit^repris-^je, que vous promettiez de rendre l'eau de la Ivoire sur le haut de la montagne de Satorl. -*- Je ne sais ce qu'Us me content, m'înterrompit-il , de la montagne de Saint-Satori.-*Iln'y a point, lui dis-je, de saint à cette montagne : elle se nomme simplement la montagne de Satori ; et vous avez apparemment fait espérer que vous conduiriez là l'eau que vous promettez : car M. le Nôtre dit^ il y a deux jours, au roi, en raccompagnant sur les bords du canal de Yersailles, que ce serait une belle chose de voir descendre les vaisseaux de la rivière de Loire avec leurs voiles le long dé la montagne , en manière de ramasse , et s'en venir flotter sur le canal. M. le Nôtre n'a pu parler ainsi, que le roi lui eût dit que vous amèneriez l'eau de la Loire sur la montagne de Satori. Le roi n'a pu le dire qu'après M. Colbert, ni M. Colbert, qu'il ne l'ait appris de votre bouche,—* Ce que j'ai promis, répondît M. Riquet, je le ferai en galant homme. "

Dans ce moment M. l'abbé Picard eptra dans mon cabinet. «< Monsieur, lui dis-je, vous aimez les belles choses, et surtout celles qui ont du merveilleux. On va faire à Versailles ce que l'on n'a jamais cru possible. M. Riquet s'engage d'amener une partie de la rivière de Loire sur le haut de la montagne Satori : jugez quels jets d'eau l'on pourra faire, ayant une rivière en ce lieu là. — 11 ne faut plus de pompes ni de moulins, répondit M. l'abbé Picard; mais je tiens la chose bien difficile , et monsieur me pardonnera, s'il lui plaît, si je doute que l'eau de la Loire puisse mon-

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