LIVRE un Ixxix
ter à la hauteur du rez-de*chau3sée du château de Yer^ vailles, hîen loin de pouvoir s'élever sur la montagne. Tout ]e monde sait que la Seine , à Tendroit de Saîut-Germaînen-Laye, est plus basse en été de quatre-vingts pieds que ie rez-de-chaussée de Versailles. Or, de croire que la Loire, en quelque endroit que Ton la pi^enne, soit plus hante que la Seine de quatre-vingts pieds , il n'est pas aisé de se l'imaginer. — Les imaginations , dit M. Riquet, doivent le céder à des mesures justes que l'on a prises. — Ces mesures , reprit M. l'abbé Picard, ne sont pas aisées à prendre , et je doute que les niveaux ordinaires soient suflGsamment bons pour des distances aussi grandes que celles-là. » Us se dirent encore plusieurs choses où je vis que M. Riquet n'était pas bien sûr de son affaire.
Je fis le rapport fidèlement de cette conversation k M. Colbert, qui , quelques jours après , nomma M, l'abbé Picard et plusieurs autres de l'Académie des sciences , pour aller tout de nouveau niveler la pente qu'il pouvait y avoir de la rivière de Loire à Versailles. On leur donna des ordres da roi pour entrer dans tous les lieux où ils auraient besoin de faire passer leur niveau , avec un exempt de la Prévoté pour les faire exécuter, en cas qu'il s'y trouvât quelque résistance. Le nivellement fut fait avec toute l'exactitude possible , et avec des niveaux d'une justesse infiniment plus grande que celle des gens de M. Riquet, la plupart maçons de village ; et il fut trouvé que l'eau viendrait plus bas que le pied du haut de Versailles, et qu'ainsi elle ne produiraitpoint les effets pour lesquels on avait désiré de l'avoir. Cette précaution n'épargna pas seulement au roi 2,^00,000 livres, et peut-être beaucoup davantage ( car ces sortes de dépenses excèdent toujours de beaucoup les projets qu'on en dresse), mais le trouble , l'inquiétude et le dommage
IxXX MÉtoOTRBS,
qu'on aurait fait dans tous les pays où Ton aurait passé en leur faisant acheter très-cher la grâce de ne pas traverser leurs terres , sans compter la honte d'avoir bouleversé tant de bois, de villages et de maisons inutilement. Ce fut une grande satisfaction pour moi d'avoir contribué à détourner cette folle entreprise.
Dans ce tems-là, ou à peu près, des ingénieurs proposèrent d'élever la rivière des Grobelins un peu au-dessous de Bièvre, pour en amener une partie À Versailles. De bons bourgeois de Paria; très-ignorans en fait d'élévation d*eau et de tout ce qui en dépend , étaient les cautions et les associés de ces ingénieurs. Us me faisaient pitié , car je voyais qa'ils s'allaient ruiner dans une entreprise qui ne pouvait réussir. Je crois que M. Colbert le voyait aussi bien et mieux que moi : mais tout ce qui pouvait aller à donner des eaux 4 Versailles était si sacré et si bien reçu du roi , que ce ministre écoutait tout avec une bénignité inconcevable ^ et se donnait des peines incroyables pour vérifier tout ce qu'on proposait, quoique convaincu, la plupart dutems , que ce n'était que de pures visions*
C'était aussi vers ce tems-làque M. Colbert faisait rechercher des métaux en plusieurs endroits de la France , sur les avis qu'on lui donna qu il y en avait abondamment de toutes les façons : car les ministres ne manquent jamais de gens qui leur donnent des avis suivant leurincIinat,îon ; et M. Colbert eût été fort aise que toutes choses se fussent trouvées en France : il me renvoyait tous les échantillons de ce qu'on fouillait , pour les faire éprouver dans les fourneaux de l'Académie des sciences. Après plus de cinquante mille écus de dépenses , il se trouva que les frais de la fouille excédaient de beaucoup le produit ; et qu'il était beaucoup plus expédient d^acheter du plomb et de l'étaîn en Angle-