‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 4 sur 97 · MEMOIRES · texte numérisé non relu

MEMOIRES

extraire en même tem& L'été , lorsque cinq heureë étaient sonnées, nous allions nous promener au Luxembourg. Comme M. Beaurîn était plus studieux que moi , il lisait encore de retour chez lui ; et , pendant la promenade , il me redisait ce qu'il avait lu.

Dans ce tems-là vint la mode du burlesque. M. Beaurîn, qui savait que je faisais des vers , mais qui jamais n'avait pu en faire, voulut que nous traduisissions le sixième livre de V Enéide , en vers burlesques. Un jour que nous y travaillions, et que nous en étions encore au commencement, nous nous mîmes à rire si haut des folies que nous mettions dans notre ouvrage , que mon frère , celui qui fut depuis docteur de Sorbonne , et qui avait son cabinet proche du mien , vint savoir de quoi nous riions. Nous le lui dimes , et comme il n'était encore que bachelier , il se mit à travailler avec nous, et nous aida beaucoup. Mon frère le médecin , qui sut à quoi nous nous divertissions , en voulut être : il en fit mtkne plus lui seul , à ses heures de loisir , que nous tous ensemble ; ainsi , la traduction du sixième livre de VEneide s'acheva ; et l'ayant mise au net le mieux que je pus , îl y fit deux estampes à l'encre de la Chine , très-belles. Ce manuscrit est parmi les livres de la Tablette où il n'y a que ceux de la famille. Cet ouvrage nous donna occasion de faire celui des Murs de Troie, ou de V Origine du Burlesque , dont le premier livre a été fait en commun et imprimé ; le second n'est que manuscrit , et a été composé tout entier par mon frère le médecin. Le ridicule est poussé un peu trop loin , dans ces Murs de Troie ; mais il y a d'excellens morceaux. £n gros , le sujet en est bon ; car il est ingénieux de dire qu'Apollon a inventé la grande poésie , comme fils de Jupiter , puisque cette poésie s'appelle le langage des dieux ; qu'il a inventé la poésie

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