LIVRE I. XJ
champêtre ou pastorale , pour avoir été berger chez Admete ; et qu'il a imaginé le burlesque , pour avoir bâti les murs de Trpie avec Neptune , parce que c'est dans les ateliers des maçons et de toutes sortes d'ouvriers , qu'il a appris les expressions tHviales qui entrent dans la composition du burlesque.
n ne manque à cette imagination que d'être ancienne , poar être estimée des savans. Il y a deux vers , dans le sixième livre de V Enéide, qui ont été fort estimés : c'est dans l'endroit où Virgile dit que les héros conservent, dans les Champs-Elysées, les mêmes inclinations qu'ils ont eues pendant leur vie. On voyait là , dit la traduction , le codier Tydacus ,
Qui , tenant Tombre d*ane brosse , Nettoyait l'ombre d'un carrosse.
Cyrano fut si aise de voir que les charriots n'étaient qjœ des ombres , de même que ceux qui en avaient soin , qu'il voulut absolument nous connaître. Cette pensée était du docteur de Sorbonne.
Votre oncle le receveur-général , ayant fait le portrait de votre oncle le docteur , dont je parle ici , je me contenterai de rapporter quelques circonstances de sa vie , qu'il a oubliées. Quand il soutint sa tentative , il était déjà en si grande réputation en Sorbonne , que le professeur itant monté en chaire dans les écoles extérieures, dit à ses écoliers : « Je ne vous ferai point de leçon , parce qu'il vous sera plus utile d'aller entendre le bachelier qui fait sa tentative. Je vous y invite tous, et j'y vais moi-même, m Outre que mon frère avait beaucoup étudié, Dieu lui avait fait la grâce d'entrer si bien et si avant dans l'esprit de la
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religion , que j'oserais dire que peu de geos ont mieux sa que lui le véritable système . de la religion chrétienne. M. Beaurin , dont j'ai déjà parlé , Tenait de fois à autre lui faire des questions et des objections. Mon frère le docteur répondait juste à toutes les difficultés de mon ami , et le renvoyait toujours content. Je me souviens qu'il me disait un jour : ^ Quand je rais à M. de Ste-Beuve ( c'était un. excellent homioe ) , au bout de deux ou trois argumens il me ferme la bouche avec ces deux mots : alUtudo ! Et voilà qui est fait* M. le docteur « continuait-il en parlant de mon frère , n'en vient point là. 11 me mène de vérités en vérités , dont il me fait voir la liaison ; et il me découvre une si merveilleuse économie entre tous les mystères de la religion chrétienne , que je le quitte plein de conviction ; personne ne parle conrnie lui des choses de la foi. »
Quand il harangua en Sorbonne , pour la défense de M, Amauld, M. le chancelier , après avoir demandé qui il était f comme Ta Remarqué mon frère le receveur , dit qu il souhaiterait qu'il y eût beaucoup de jeunes docteurs de sa force , à quoi il ajouta ces propres paroles : « Il a parlé en avocat , et non pas en docteur. .» M. le chancelier voulait dire qu il u^avait pas battu la campagne , comme la plupart des docteurs , en rapportant de belles citations , mais qu'il était venu au fait et au fond de l'affaire ; ce qui avait charmé de telle sorte M. le chancelier , qu il avait empêché deux ou trois fois que celui qui tenait le sable , et qui ne laissait opiner chaque docteur qu'un quart d'heure, ne lui imposât silence. Son discours dura près de cinq quarts d'Heure , et on attendait qu'il parlât encore , lorsqu'il mit fin à sa harangue.
On jugerait de là qu'il.était en grande liaison avee M. Arnauld ; cependant lui ayant demandé un jour ce que M. Ar-