LIVRE IV. IXXXT
Joli, mahre de la pompe du pont-neuf, qu*on écoutait fort eo ce tems-là , parce qu'il se connaissait en ce qui regarde les eaux et les forces mouvantes , nivela le terrain , et dit qa^il y avait dix pieds de pente depuis Tendroit où Ton deyait le commencer , jusqu'à l'endroit où il devait finir. Si cela eût été vrai , Tentreprise n'e&t pas été possible , parce qu'il aurait fallu l'élever de dix pieds par un bout , et l'eau n'aurait pu demeurer qu'avec des peines et des dépenses incroyables sur une terre rapportée. M. Colbert fit venir MM. de l'Académie des sciences et leur ordonna déniveler le terrain où Ton voulait placer le canal ; il n'y trouvèrent (jaedeox pieds de pente, et l'on n'entreprit le canal que sur lenr parole.Ce qu'ils dirent était si juste , que le canal ayant été achevé, il ne s'est trouvé que deux où trois pouces d'erreur sur la longueur, qui est de neuf cents toises sur trente toises de la largeur. Le canal qui le traverse , et qui va de Trianon à la ménagerie, a quarante toises de largeur.Cette grande précision ne venait pas seulement de l'habileté des ttiveleurs , mais de la bonté du niveau , qui n'avait point eu de pareil jusqu'alors. Cette bonté consiste particulièrement en trois choses ; l'une, qu'au lieu de la ficelle que les maçons mettent ordinairement à leur niveau, MM. de l'Académie y ont mis un cheveu de femme fort long, qui mar-' que Taplomb du niveau avec une précision infiniment plus grande que ne fait le cordeau qui est aux niveaux ordinaires : la seconde, que ce cheveu est enfermé dans un tuyau de tôle qui empêche le vent de le mouvoir en aucune sorte. Il y a une ouverture à ce tuyau à l'endroit où le cheveu marque l'aplomb : cette ouverture est fermée par un verre qui empêche le vent d'entrer, et laisse passer la vue. La troisième consiste en ce qu'on met une lunette d'approche sur la traverse du niveau : cette lunette fixe tellement
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la vue qui vacille toujours ([uand le niveau est sans lunette, qu'on peut mesurer juste des distances de cent et deux cents toises , sans se tromper de l'épaisseur d'un ckeveu. Tous lefc ouvriers ne pouvaient comprendre comment on pouvait parvenir à cette justesse d opération ; car avec leurs niveaux ordinaires ils ne pouvaient pas niveler une distance de trente toises, sans se tromper de trois ou quatre pouces.
La guerre s'étant allumée plus que jamais, on fitententendre auj^roi que pour la faire avec succès, il fallait assigner un fondsà l'extraordinaire des guerres de soixante millions par an , sur le pied de cinq millions par mois. Le* roi en fit la proposition à M. Colbert, qui en fut effrayé, et qui dit d'abord qu'il ne croyait pas qu'il fût possible de fournir à cette dépense. Le roi lui dit qu'il y songeât, et qu'il se présentait un homme qui entreprendrait d'y suffire, s'il ne voulait pas s'y engager. M. Colbert fut un assez long tems sans aller chez le roi , travaillant chez lui à remuer tons ses papiers, sans que nous sussions ce qu*il faisait, ni encore moins ce qu'il pensait. Enfin, après un tems assez considérable , il me dit d'aller à Versailles , et de porter au roi les dessins de quelques ouvrages qu'il devait résoudre. Le roi« après les avoir examinés, m'ordonna de dire à M. Col- ' bert , qu'il vint le lendemain à Versailles, et qu'il y aurait conseil. Il y alla et les choses reprirent leur train ordinaire. On prétend qu'il avait pris la résolution de se retirer, voyant la difficulté qu'il trouverait à fournir à cette dépense de soixante millions , avec toutes les autres dépenses de TËtat , mais que sa famille lui persuada de ne point quitter la partie , et que c'était un piège qu'on lui tendait pour le perdre , en l'éloignant ainsi des afiaires. Pour moi je veux croire que son amour pour le bien public, joint à la connaissance qu'il avait que personne ne pouvait mieux que hai