‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 6 sur 97 · LIVRE I. xiiî · texte numérisé non relu

LIVRE I. xiiî

nauld répondait à iine certaine objection qu'on lui arait faite : « Je n en sais rien , répondit il. — D'où vient ^ lui dis- je , que vous ne le lui avez point demandé ? — Je n'ai jamais parlé à M. Amauld , me répliqua-t-il. Je n'ai point voulu le voir, pour être assuré, autant qu'on le peut ttre, que les sentimens que j'ai sur les matières de la grâce , ne me viennent point de la chair et du sang ; que ce n'est point l'amitié qui m'engage à soutenir une opinion plutAt qu'une autre , et pour avoir lieu de croire que ce n'est que Dieu seul qui me l'inspire. >* Non-seulement il avait peur que la chair et le sang n'eussent part aux sentimens qu'il avait sur les matières de la foi , mais il craignait que ceux avec qui il conversait ne fissent la même chose à son égard et ne se rangeassent à son opinion par amitié pour lui. On le vit bien , dans une circonstance que je vais raconter. U était fort ami de M. Varet , qui fut depuis grand-vicaire de monseigneur l'archevêque de Sens , qui était un excellent homme. M. Varet, fort jeune encore, et élevé par sa mère , femme très-pieuse , dans la crainte terrible d'être empoisonné par les mauvaises doctrines que l'on voyait se répandre alors dans TElglise , était fort embarrassé sur le fait de mon frère , qu il était comme obligé de voir souvent, à cause de l'amitié , du voisinage , et de Talliance qu'il y avait entre sa famille et la nôtre , M. Pépin , notf e cousin germain , ayant épousé mademoiselle Varet sa sœur* Il connaissait mon frère pour un très-homme de bien , prêtre et docteur de Sorbonne , mais soupçonné de jansénisme* Mon frère , qui remarqua son embarras , lui dit : « N'êtesvous pas persuadé que la doctrine de saint Augustin , sur la matière de la grâce, est la doctrine de l'Ëglise P — Oui, lai dit M. Varet , et je sais même que les canons du concile de Trente ^ sur la grâce , sont composés des propres

xiv MÉMOIRES,

termes de saint Augustin. » Mon frère lui dit ensuite : u Vous n^aurez donc point de répugnance à lire les écrits de ce père sur la matière de la grâce? — Non assurément , lui dit le jeune Varet. — Lisez-les donc , monsieur , lui dit mon frère , après cela nous parlerons tant qu'il vous plttra sur cette matière. Juscpies-là nous n'en dirons pas un mot , s'il vous plaît : nous avons mille autres questions de théologie que nous pourrons examiner en attendant >» Au bout de quelques jours , M. Varet voulut parler de la grâce : mon frère lui demanda s'il avait lu tout saint Augustin sur cette matière. » Non , lui dit M. Varet — ^Parlons donc d'autre chose , » lui dit mon frère. Quand M. Varet eut lu tout saint Augustin , sur la matière de la grâce , mon frère lui en laissa parler ; mais il trouva qu'il poussait les dioses un peu trop loin , et il fut assez long-tems à le faire rentrer dans les justes bornes qu'il faut garder dans cette matière.

Après avoir été exclu de la Sorbonne avec les soixantedis antres docteurs de son même avis , non-sèulement il n'y alla plus , mais il ne voulut plus continuer d'aller aux assemblées àes prêtres de Saint-Etienne-du-Mont , sa paroisse. Le curé , qui vit que cette assemblée était comme sans ame , mon frère n'y allant plus { car c'était lui qui proposait et résolvait une grande partie des questions et des cas de conscience qui s'y agitaient ) , le vint prier deux ou trois fois d'assister à ces assemblés. » Gomment pouvezvous ^ monsieur , me faire une telle prière ? lui di^it mon frère ; je suis un de ceux dont vous dites , dans votre prône , que la doctrine est empoisonnée , et vous voulez que j'assiste à vos conférences ! » Le curé eut beau l'en prier, il crut ne devoir pas répondre à ses instances. Mille gens lui disaient tous les jours qu'il devait signer le formu-

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