SUR MA MÈRE L'OTE
i^uELQUEs critiques ont avancé que les Contes de Charles Perrault avaient une origine arabe : car^ en France , on a lliabitude de croire les Français incapables de rien produire; et il suffit qu'un ouvrage soit bon y pour que les guêpes de la littérature cherchent k prouver qu'il est pris aux étrangers.
Les Contes des Fées ont presque tous unç origine nationale ; et nous ferons voir du moins que les Orientaux n'ont rien à y revendiquer. Les MiUe et une Nuits, le premier ouvrage remarquable qui nous ait fait connaître les charmantes rêveries de l'Orient , ne pararent qu'en 1 704 9 c'est-à-dire sept ans après la collection de Perrault ^ qui avait été imprimée en 1 697 , et qm était devenue très-populaire. Ces contes sont fondés généralement sur d'anciennes traditions. La
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Barbe-Bleue , le Petit Poucet, ne sont que de vieux contes de bonnes femmes ^ qui amusent depuis des siècles les enfans de la Basse-Bretagne ; Perrault s'empara de ces contes y qu'il écrivit avec quelque génie. Il est probable que l'auteur lisait aussi les vieilles légendes : car le conte de Peau-d^Ane est très-certainement tiré de l'bistoire de sainte Dipne , comme nous le montrerons dans les remarques sur ce conte.
Quoi qu'il en soit , les Histoires du Tems Passé produisirent de la sensation lorsqu'elles parurent ; et Dufresny y alors à l'affût de la mode pour les pièces légères , se hâta de faire jouer y au théâtre Italien , une comédie en un acte y intitulée les Fées , ou les Contes de ma Mère VOye. Cette pièce fut représentée en 1697 y un mois après l'apparition des Contes. On a joué , il y a quelques années , aux Variétés , un vaudeville qui portait le même titre ( les Contes de ma Mère rOye ), mais qui n'a pas l'originalité du , petit drame de Dufresny. Nous y reviendrons tout4^ l'heure.
Les Contes de Perrault ont eu y comme nous l'avons dit y une multitude d'édition^ > il n'est personne qui ne les ait lus dans son enfance > on les a traduits dans toutes les langues ; on les regarde y avec juste raison y comme le chef-d'œuvre du genre ; et jusqu'ici pourtant on n'a pas songé à en donner une édition
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digne des bibliothèques, où ils ont droit de figurer. Dans le dessein de réparer cette négligence, nous avons recherché ce qui peut donner du prix à notre réimpression ', et nous croyons devoir d'abord y à la masse des lecteurs , de courtes notices sur les fées , sur les ogres , et sur JUa Mère rOye, Nous nous occuperons à part de chaque conte , dans des notes particulières.
Si les merveilleuses histoires des génies sont trèsanciennes dans POrient, la Bretagne a peut-être le droit de réclamer les fées et les ogres. Nos fées^ ou fades {Jatidicœ ) , sont assurément les druidesses de nos pères. Chez les Bretons , de tems immémorial y et dans tout le reste de la Franee , pendant la pre-^ mière race de nos rois , on croyait généralement que les vierges druidesses pénétraient les secrets de la nature, et disparaissaient du monde visible, sans mourilr. Elles ressemblaient en puissance aux magiciennes àts Orientaux ; mais elles avaient cela de particulier , qu*on les faisait immortelles. On disait qu'ellies habitaient au fond des puits , au bord des torrens , dans les cavernes sombres. Elles avaient le pouvoir de donner aux hommes àes formes d'animaux , et faisaient quelquefois , dans les forets , les mêmes fonctions que les nymphes du paganisme. Elles avafent une reine ^ qui les convoquait tous les ans, en assemblée générale,