SUR LES FEES ET LES OGAES
pour punir celles qui avaient abusé de leur puissance, et récompenser celles qui avaient fait du bien '.
On voit encore dans tous les contes et dans les vieux romans de cbevalerie, où les fées jouent un si grand rôle, que, quoiqu'immortelles , elles étaient assujetties à une loi bizarre, qui les forçait à prendre, tous les ans , pei^dant quelques jours , la forme d'un ani^ mal , et les exposait , sous cette métamorphose, à tous les hasards , même à la mort , qu'elles ne pouvaient recevoir que violente. On les distinguait en bonnes et méchantes fées ; on était persuadé que leur amitié ou leur haine décidait du bonheur ou du malheur des familles. A la naissance de leurs enfans, les Bretons avaient grand soin de dresser, dans une chambre écartée , une table abondamment servie , avec trois couverts, afin d'engager les mères, ou fées à leur être favorables, â les honorer de leur visite , et à douer le nouveau->né de quelques qualités heureuses. Ils avaiept pour ces êtres mystérieux, qui étaient pour eux des divinités, comme on le voit dans Tacite, le même respect que les premiers Romains pour les Carmentes, déesses tutélaires tles enfans, qui présidaient à leur naissance, chantaient leur horoscope, et recevaient des parens un grand culte.
' Les Anglais nomment rette reine des fées- TVâtin/a; ils lai donnent ppur mari le fameux roi Oberon , qui a inspiré à Wieland un polTme ice'lèbre en Allemagne.
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Oa trouve Im fées chez tous les anciens peuples du Nord; et c^était uneopinioti partout adoptée, que la grêle et les tempêtes ne gâtaient paii les fruits dans les lieiui: qu'elles hfibitaient. jSlles venaient, le soir, au dair de la lune , danser dans les prairies écartées , et choisissaient les plus aimables bergers pour les enivrer de leurs faveurs. Elles se transportaient aussi vite que la pensée partout où elles souhaitaient, à cheval sur ua griflmu , ou sur un chat d'Espagne, ou sur un nuage d'azur. On assurait même que, par un autre caprice de leur destin , les fées étaient aveugles chez elles , et avaient cent yeux dehors.
Frey remarque qu'il y avait entre les fées, comme parmi les hommes , inégalité de moyens et de puissaQce. Dans les romans de chevalerie et dans les contes, on voit souvent une bonne fée, vaincue par une méchante qui a plus de pouvoir.
Les cabalistes ont aussi adopté l'existence des fées $ mais ils prétendent qu'elles sont des sylphides, ou es-» prits de l'air. On vit, sous Charlemagneetsous Louis^ le-Débonnaire , une muldtude de ces esprits , que les théologiens appelèrent des démons s les cabalistes, des sylphes ; et nos bons chroniqueurs , des fées.
Corneille de Kempen assure que , du tems de Lothaîre , il y avait en Frise quantité de fées , qui séjournaient dans les grottes autour des montagnes , et
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qui ne sortaient qu'an dair de la Inné. Olaûs Magnns'dit qn'on en voyait beaucoup en Suède , de son tems. Elles ont pour demenre , ajoute-4-41^ des antres obscurs y dans le plus profond des forets. Elles se montrent quelquefois, parlent à ceux qui les consultent , et s'évanouissent subitement. On voit, dans Froissard , qu'il y avait également une multitude de fées dans l'Ile de Céphalonie ; qu'elles protégeaient le pays contre tout méchef , et qu'elles s'entretenaient familièrement avec les femmes de l'Ile. IsCsJemFnes blanches de l'Allemagne sont encore des fées ; maïs celles-là étaient presque toujours dangereuses.
Leloyer conte que les Ecossais avaient des fées ^ ou Jairs, onjhirfolks, qui venaient la nuit dans les praî^ries y choisissaient des amans , les épousaient en secret dans leurs retraites , et les punissaient sévèrement s% étaient infidèles. Ces fées paraissent être les stHges, ou magiciennes dont parle Ausone y qui venaient, le soir , à la brune , prodiguer leurs caresses aux bergers de la Galédonie. Hector de Boëce, dans ses Anncdes d'Ecosse , dît que trois de ces fées prophétisèrent à Banquo , chef des Stuarts , la grandeur future de sa maison. Shakespeare, dans son Macbeth^ en a fait trois sorcières.
Il reste beaucoup de monumens de la croyance aux fées : telles sont les grDttes du Chablais, qu'on appelle
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les grattes des Fées. On n'y aborde qu'avec beaucoup de peine. Chacune des trois grottes a y dans le fond , un bassin y dont l'eau passe pour avoir des vertus miraculeuses. L'eau qui distille dans la grotte supérieure, à travers le rocher y a formé dans la voûte la figure d'une poule qui couve des poussins. A côté du bassin y on voit la forme d'un rouet, ou tour à filer, avec la quenouille. Les femmes des environs , dit Voltaire, prétendent avoir vu autrefois , dans l'enfoncement, une femme pétrifiée au-^dessus du rouet. Aussi on n'osait guère approcher de ces grottes ; mais depuis que la figure de la femme a disparu , on tôt devenu moins timide.
Auprès de Ganges , en Languedoc , on montre une autfc grotte de fées , ou grotte des Demoiselles, dont on fait des contes merveilleux. On voit à Merlingen en Suisse, une citerne noire , qu'on appelle le puits de la Fée. Non loin de Bord-Saintr*Georges , à deux lieues de Chambon , on respecte encore les débris d'un vieux puits , qu'on appelle aussi le puits des Fées , ou Fades, et sept bassins qu'on a nommés les Creux des Fades. On voit près de là , sur la roche de Banne , deux empreintes de pied humain : l'une est celle du pied de saint Martial ; l'autre appartient , suivant la tradition , à la reine des fées , qui , dans un moment de fureur , frappa si fortement le rocher, de son pied